Livre de Nicolas Diat
Facebook Twitter Linkedin

Dans ce nouveau livre, Nicolas Diat nous conduit sur la route de ces hommes qui consacrent leur vie à Dieu en se retirant des bruits du monde. Il a visité huit abbayes (Lagrasse, Cîteaux, Sept-Fons, Solesmes, En-Calcat, Fontgombault, Mondaye, La Grande Chartreuse) pour nous livrer le témoignage des moines sur la mort et sur leur manière de l’appréhender.

Au fil de la plume légère de l’auteur, le lecteur comprend qu’il ne s’agit pas tant d’une description de la mort que d’une véritable analyse de la vie des moines. À chaque chapitre, il rappelle l’histoire de l’abbaye et inscrit la vie des religieux dans ce cadre de transmission et d’héritage. Qu’il s’agisse de la vie ascétique des moines de la Grande Chartreuse, de la règle bénédictine de la congrégation de Solesmes, de la règle augustinienne des prémontrés de Mondaye, chacune est un cadre privilégié dans lequel le moine se prépare à mourir dans la perspective du Ciel. Un apprentissage qui ne voit pas la mort comme une fin, mais comme un passage vers la Vie éternelle : «Pour ces hommes, la mort est un examen de fin d’année difficile à surmonter, et la Vie éternelle s’apparente aux grandes vacances. La vie terrestre est une simple école pour comprendre Dieu. Les élèves ne sont pas faits pour rester sur des bancs en face d’un tableau noir. Après l’examen, ils partent sur d’autres chemins».

Si la mort n’est qu’une étape avant le paradis, une «porte» vers le ciel que chaque moine se prépare à ouvrir tout au long de sa vie, elle peut s’accompagner de grandes souffrances. À Cîteaux, la mort violente d’un frère causée par une maladie provoqua un vif émoi. On meurt dans une abbaye comme dans le monde et les mêmes problèmes s’y posent sur la fin de vie (Sédation ? Poursuite des traitements ? Maintien à l’hôpital ou retour à l’abbaye ?) : «Dans une abbaye, la mort n’est pas toujours enveloppée de ce sentiment de grandeur spirituelle» rappelle l’auteur. On y meurt aussi à tout âge. À l’abbaye de Lagrasse, frère Vincent est mort à 35 ans d’une sclérose en plaques, «avec une grande facilité» nous apprend le livre, malgré une vie douloureuse en raison de traitements lourds.

La prière et parfois les larmes des frères, la beauté du visage des morts ou leur crispation douloureuse, l’obéissance à la règle et la préparation pour rejoindre le Ciel : on découvre dans le livre de Nicolas Diat ces vies données à Dieu, tournées vers Lui. Pour rejoindre le Ciel, quatre murs valent autant qu’un grand espace de liberté.

À la question : «Depuis combien de temps êtes-vous en Chartreuse ?», le chartreux Dom André répondit : «Cela fait soixante ans… Soixante ans, ça passe vite !»

Nicolas Diat, Un temps pour mourir. Derniers jours de la vie des moines, Fayard, 2018, 234 pages.

Pierre Hardon

 

>> Revenir à l’accueil