Président du Mexique
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Un «ouragan national» a titré la presse du pays : l’élection présidentielle mexicaine, qui s’est déroulée dans un climat de violences sans précédent, a été saluée comme un succès historique de la Gauche au niveau national, mais également régional et local. Les attentes des Mexicains, écœurés par la corruption et l’impunité de leurs élites, sont à la hauteur de ce succès.

Pour cause de décalage horaire, les journaux français de lundi n’ont pas fait de titres sur le résultat de l’élection présidentielle mexicaine, qui a eu lieu le 1er juillet. Et puis, après la défaite de l’équipe du Mexique en huitièmes de finale de la coupe du monde de football, le sujet n’était plus d’actualité.

Pour autant, il convient de s’intéresser à la victoire d’Andres Manuel Lopez Obrador (appelé aussi par ses initiales : «AMLO»), qui pourrait même être qualifiée de plébiscite, tant l’écart avec ses adversaires est important. Élu avec 53 % des voix au premier tour, il devance de trente points le candidat arrivé en deuxième position, contre vingt points estimés avant l’élection. Cette victoire s’inscrit après deux tentatives infructueuses en 2006 et 2012.

Le temps de l’élection et le temps de l’exercice du pouvoir

Le Mexique fait partie de ces pays où le système électoral prévoit un laps de temps important entre l’élection et la prise de fonction, car le président élu ne sera réellement aux affaires qu’au mois de décembre 2018. C’est pour le moins étonnant, car les attentes de réformes sont importantes et attendues dans ce pays clef de l’Amérique centrale et plus globalement de l’Amérique latine. Ce temps de préparation est d’autant plus important qu’AMLO est élu pour une période de six ans non renouvelable, et le temps lui sera compté.

Dimanche dernier était donc une journée d’élections, car outre l’élection présidentielle, il y avait le renouvellement de l’Assemblée législative et du Sénat, élections largement gagnées par la coalition d’AMLO : son parti, le Mouvement de régénération nationale (Morena), le Parti du travail (PT) et Rencontre sociale (PES, évangélique). La coalition a aussi gagné la bataille municipale de la ville de Mexico, dont le président élu a été maire de 2000 à 2006. En France, on appelle cela l’ «effet majoritaire», quand les élections législatives viennent confirmer le résultat de l’élection présidentielle, alors que là-bas, c’est le grand chelem ! AMLO devrait donc avoir les moyens d’action qui lui sont nécessaires.

Quel programme ?

Tacos et tequila, Cancun,… Non, ce n’est pas un programme de vacances qu’a annoncé le président élu, même si son programme politique se résume assez simplement : «Je ne volerai pas, je ne mentirai pas, je ne trahirai pas le Peuple»… Presque un extrait des dix commandements bibliques.

Car c’est bien de cela que le Mexique a besoin : le président sortant est soupçonné de corruption, l’enquête sur les 43 étudiants d’Ayotzinapa disparus en 2014 n’a pas donné de résultats probants et vient d’être rouverte, le pays est gangrené par l’influence des cartels de la drogue, et même la campagne électorale a été sanglante, avec plus de plus de 140 candidats aux différentes élections et politiciens qui ont été assassinés… pour ne parler que des événements les plus médiatiques.

Le classement politique du président élu n’est pas non plus évident, car il se situe clairement à la gauche des anciens présidents, dont les partis ont subi un revers électoral. C’est le président des classes populaires, et il a même été jugé «castro-chaviste» par ses adversaires… La question est de savoir s’il sera dans la lignée des Chavez, Lula,… et autres dirigeants d’inspiration bolivarienne, qui n’ont pas tous été exemplaires en termes de corruption, et c’est bien cela dont ne veulent plus les Mexicains.

Des enjeux majeurs dans la relation inter-américaine


La place très particulière qu’occupe le Mexique dans la région en fait le pays pivot de l’Amérique centrale


La place très particulière qu’occupe le Mexique dans la région en fait le pays pivot de l’Amérique centrale. D’ores et déjà se dessinent un certain nombre de sujets avec les États-Unis, qui ne pourront pas être traités séparément : la renégociation de l’accord de libre-échange ALENA (Accord de libre-échange nord-américain, appelé NAFTA en anglais) et la question des migrants, qui s’était cristallisée lors de l’élection américaine, avec la volonté du président américain de faire payer au Mexique la construction du mur frontière entre les deux pays.

L’immigration est très certainement le sujet le plus délicat, d’autant plus que le Mexique est aussi un pays de passage pour les migrants des autres pays d’Amérique centrale et du sud, ce qui rend naturellement plus difficile sa résolution. Le Saint-Siège s’est exprimé récemment à ce sujet en rappelant «la place centrale de la personne humaine», en particulier dans les actions visant à réguler les flux migratoires1. Cette intervention a eu lieu au moment où il a été révélé que des enfants de migrants illégaux étaient séparés de leurs parents aux États-Unis, ce qui a soulevé une vague de protestations.

Comment les deux présidents, celui des États Unis et celui du Mexique, populistes l’un comme l’autre et qui ont chacun une forte personnalité vont traiter ces sujets, cela reste une question ouverte.

Sur le plan intérieur, les attentes sont importantes et le programme pas très détaillé non plus, à tel point que les milieux économiques s’en sont inquiétés. La dérégulation du secteur de l’énergie, qui avait fait perdre à la société Pemex (la compagnie pétrolière nationale) sa suprématie sur le marché, sera-t-elle poursuivie ou infléchie, c’est encore trop tôt pour le dire. Ce qui sera décidé sur la réforme de l’énergie, secteur clef, donnera le ton et la direction des autres réformes.

Le Mexique est un peu à la croisée des chemins : les attentes sont fortes et la question est bien de savoir quelle orientation sera effectivement prise, une fois passées les promesses de campagne.

Alexandre Germain

Photo : Alex Cruz / EFE / SIPA


1 – Voir zenit.org

 

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