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L’amour des plus pauvres

Migrants derrière des barbelés
Photo Boris Grdanoski / AP / SIPA

Dans The Tablet, Adrian Pabst, observateur politique à l’Université du Kent, analyse les difficultés que posent les phénomènes migratoires. Il constate l’opposition de deux doctrines : la première, utilitariste, établit un calcul coût/avantage des migrations d’un point de vue économique, pour définir si les migrations sont un bienfait ou non pour un pays. La seconde, libertaire, fonde la légitimité des migrations sur les droits personnels et individuels de chacun, notamment celui de vivre là où on le souhaite (sur le modèle de l’Union européenne, par exemple). Cependant, «chacune [de ces doctrines, NDLR] est silencieuse sur ce qui constitue le bien commun et une bonne vie».

La doctrine sociale de l’Église propose une troisième voie : «Si nous sommes appelés à aimer ceux qui sont à côté de nous, cela exclut-il l’amour pour ceux qui vivent loin, comme le réfugié libyen dans un camp italien ou l’enfant mexicain détenu à la frontière américaine? Bien sûr, la compassion et la charité devraient être étendues aux réfugiés qui ont perdu leur maison et ont besoin d’un abri. Cependant, il est important de ne pas être déconnecté de nos voisins immédiats dans notre désir de servir les étrangers. Nous sommes nés dans un endroit particulier et faisons partie d’une communauté locale. C’est ce qui nous donne un sentiment d’appartenance. Seul Dieu peut aimer tout le monde de la même manière. L’Église est appelée à être une fraternité universelle de solidarité, en particulier de solidarité avec les pauvres, d’où qu’ils viennent. Dans la doctrine sociale de l’Église, l’accueil des pauvres est connu comme la préférence accordée aux pauvres.»

L’amour de charité nous demande d’aimer, dans l’ordre, ceux qui sont le plus près de nous : Dieu, puis soi-même, puis le prochain : sa famille, ses voisins, ses concitoyens. Il nous demande aussi d’aimer ceux qui sont dans la détresse, la pauvreté, même ceux qui sont nos ennemis. L’amour des migrants, c’est le devoir d’aimer tous les hommes avec lesquels nous sommes solidaires, selon la nature et parce que nous sommes tous les enfants d’un même Père. C’est cela la préférence accordée aux pauvres. Mais secourir ceux qui sont dans la détresse est prioritaire quand on a les moyens de le faire ! C’est même un devoir !

La Sublime Porte, colosse aux pieds d’argile ?

Reçep Tayyip Erdogan a été élu pour un nouveau mandat présidentiel à la tête de la Turquie. Avec 52,5 % des voix, il a cependant dû s’allier avec le parti ultranationaliste du MHP (Parti de l’Action Nationale). Le Washington Post voit dans cette nouvelle élection du président turc d’une part la puissance d’Erdogan et l’impuissance de ses adversaires à s’entendre, et d’autre part les faiblesses politiques nées pendant la campagne et qui s’amplifieront après l’élection.

«Erdogan dirigera le pays avec un nouveau système présidentiel, disposant de pouvoirs étendus et de peu de contrôles, espérant faire de la République de Mustafa Atatürk un “Erdoganistan”. Qu’importe le point de vue, le pays est coupé en deux. Erdogan est sans doute le politicien le plus populaire, mais une moitié du pays reste dans le camp des anti-Erdogan. Cela comprend les Kurdes, les laïcs et quelques-uns des intellectuels – professionnels urbains, académiciens, avocats. Durant la campagne, Erdogan a accusé le parti pro-kurde d’être “terroriste” et l’opposition du parti républicain laïque (CHP) de “marcher bras dessus, bras dessous avec les terroristes”. Tous ces “terroristes” seront dorénavant dans l’opposition au parlement turc. Le second casse-tête de l’homme fort de Turquie viendra du nationalisme qu’il a déchaîné. Durant cette élection, son parti pour la justice et le développement (AKP) n’a pas réuni autant que par le passé, passant de 49 % aux élections générales en novembre à 42 %. Cela a obligé Erdogan à former une coalition avec les ultranationalistes du parti d’Action Nationale (MHP). Depuis le coup d’État manqué en 2016, Erdogan compte sur le MHP et son dirigeant, Devlet Bahceli, pour passer des lois au parlement. Maintenant que son parti a perdu la majorité, il n’a pas d’autre choix que de continuer à dépendre des ultranationalistes. Cela signifie qu’il n’a aucune marge de manœuvre sur la question kurde ni sur l’assouplissement des libertés, et devra poursuivre des politiques de sécurité strictes. Ce n’est pas un moyen de stabiliser la Turquie.»

Edorgan rêve d’un État musulman «démocratique». En 1923, Mustafa Kemal Atatürk fit de la Turquie un État moderne, mais il le voulut «neutre». Edorgan veut les deux : l’islam et la démocratie. Il utilise les instruments de cette dernière (le vote du peuple), ce qui satisfait les Occidentaux, tout en étant fidèle aux principes de l’exclusive théocratie de l’islam. La quadrature du cercle !

Timeo danaos et dona ferentes(1)

Le Président de la République française a été accueilli au Vatican par le pape François. Une rencontre placée sous le signe de l’Europe et des problématiques populistes et migratoires. Jean-Marie Guénois, spécialiste de la religion au Figaro, affirme que cette rencontre ne tombera pas dans l’oubli :

«À l’image de cette très longue rencontre : 57 minutes, quasiment le double de ce qui était prévu ! Elle avait commencé avec un pape très détendu, mais un président visiblement intimidé. Et s’est conclue de manière presque amicale, voire fraternelle, puisque le président français et le pape se sont embrassés pour se dire au revoir ! Un geste presque jamais vu, hors protocole. Et qui laisse augurer une issue positive de l’invitation à venir en France que le président français a laissée à son hôte pontifical.»

Cependant, le président de la République, jamais avare “d’en même temps” rappelle que certains points “entre la tradition et la modernité contemporaine” sont sous tension.

«Terminant par une conférence de presse dans les magnifiques jardins de la Villa Bonaparte, ambassade de France près le Saint-Siège, le président a d’ailleurs assuré avoir croisé le fer avec le pape, notamment sur des “sujets qui fâchent” mais pas comme “une conviction face à l’autre”, ni dans le “rapport de force”, mais dans une discussion de “philosophie pratique”. Au Latran, le président avait du reste confié que son rendez-vous avec le pape avait été l’objet d’une “tension féconde, d’un dialogue libre et franc et d’une amitié profonde. La tension entre la tradition et la modernité contemporaine, entre principes auxquels nous ne renoncerons jamais et qui unissent la France et le Vatican”. Ce qui ne va pas “sans difficultés”, mais il faut “accepter le déséquilibre, historique, éthique”, en particulier dans les moments tragiques de l’histoire.»

Emmanuel Macron cherche à plaire aux catholiques et multiplie les signes d’amitié ! C’est nécessaire étant donné que sa gauche le déserte. Jusqu’où tiendra l’opération «charme» ? Attendons de voir les projets de loi de la rentrée, surtout les projets sociétaux !

(1) Je crains les Grecs, surtout quand ils apportent des cadeaux.

Intercommunion : la question de la «grave nécessité»

À Genève, le pape François a rappelé qu’une conférence épiscopale n’avait pas vocation à décider que les époux non-catholiques de certains catholiques puissent accéder à la communion de manière générale. Le National Catholic Register rapporte que : «Le pape a déclaré que, bien que les évêques allemands aient tenté d’établir des lignes directrices lors de leur conférence épiscopale, le Code [du droit canon] ne prévoit pas cela. Il prévoit l’évêque du diocèse, mais pas la conférence, car une chose approuvée par une conférence épiscopale devient immédiatement universelle.»

«La conférence peut étudier et donner une direction et des opinions pour aider les évêques à gérer les cas particuliers», a ajouté le pape. «L’Église particulière, le code le permet ; l’Église locale [conférence épiscopale] ne peut pas, parce qu’elle serait universelle», a-t-il affirmé. […] Le canon 844 du Code de droit canonique permet généralement aux conférences épiscopales d’établir des normes concernant les circonstances dans lesquelles les chrétiens non catholiques peuvent être admis à l’Eucharistie. […] En cas de danger de mort ou “si le jugement de l’évêque diocésain ou de la conférence des évêques l’exige, les ministres catholiques peuvent administrer licitement la pénitence, l’eucharistie et l’onction des malades aux protestants” qui ne peuvent approcher un ministre de leur propre communauté et qui le demandent de leur propre chef, à condition qu’ils manifestent la foi catholique à l’égard de ces sacrements et soient convenablement disposés», dit le canon. Le même canon note que « l’évêque diocésain ou la conférence des évêques ne doit pas établir de normes générales sauf après consultation au moins avec l’autorité locale compétente de l’église ou de la communauté non-catholique intéressée ».»

La question de l’intercommunion repose sur l’interprétation de l’incise «grave nécessité». Selon le National Catholic Reporter, il y a grave nécessité pour un époux non catholique qui est en voie de conversion, donc qui adhère au fond de sa conscience à la foi catholique, s’il se trouve face à la mort, d’accéder à la communion et au sacrement de la réconciliation, même s’il n’a pas encore pu remplir toutes les abjurations qui lui permettraient de manifester son adhésion à la foi catholique. C’est l’interprétation «a minima» que donne le journal. Elle s’oppose à l’interprétation «a maxima» qui est celle de la Conférence épiscopale allemande, qui ne demanderait qu’une sympathie consensuelle pour la foi catholique. Quant au pape, il ne tranche pas la question. S’appuyant sur la lettre du cardinal Ladaria, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, qui rappelle les principes de l’intercommunion, il remet la décision au niveau local, celui de l’évêque diocésain. Mais qu’est-ce que cela change ?

La prophétie de Paul VI

Le magazine The Tablet rappelle que l’encyclique Humanæ Vitæ du pape Paul VI a été une véritable encyclique prophétique, bien que critiquée à sa publication et ignorée par les catholiques.

Elle est un véritable «défi à « l’exaltation de l’auto-satisfaction » d’aujourd’hui. Paul VI écrivait qu' »un homme qui s’habitue à l’utilisation de méthodes contraceptives peut oublier la révérence due à une femme » et peut finir par « négliger son équilibre physique et émotionnel, la réduire à être un simple instrument pour la satisfaction de son propre désir ». Il se lit comme une prophétie étrangement précise du moment où nous sommes aujourd’hui, avec les scandales entourant Harvey Weinstein et le mouvement #MeToo. “La contraception est-elle la cause de tout cela ?” C’est bien sûr une autre question.»

Après avoir été sévèrement critiquée, voire honnie, par une bonne partie des théologiens catholiques, l’encyclique Humanæ Vitæ semble connaître un timide recours en grâce. Peut-être la constatation inévitable d’un pan-sexualisme effrayant permettrait-elle de faire comprendre que la question, sous-jacente, n’est pas une affaire de «pilule» mais une question de redécouverte et de mise en œuvre de la vertu de chasteté.

Pierre Hardon

 

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