Livre de Sabrina Debusquat
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La préface du livre de Sabrina Debusquat, J’arrête la pilule, écrite par le docteur Spiroux de Vendomois, nous dit toute l’audace qu’a eue son auteur de remettre en cause, soixante ans après son autorisation libre sur le marché, la sacro-sainte pilule contraceptive. Sabrina Debusquat annonce la couleur : «Ce livre a été écrit dans une perspective constructive et non polémique. En plus de poser un constat, il cherche à comprendre1».

Le constat

La pilule est le troisième moyen de contraception artificielle dans le monde, en première position en Europe… La stérilisation, pour différentes raisons (confort ou contraintes de pauvreté), est actuellement le premier moyen de contraception dans le monde. Le deuxième, c’est le dispositif intra-utérin (DIU). La pilule arrive en troisième position sur le podium mondial, mais, dans les pays développés, c’est la deuxième méthode favorite.

La pilule est la première contraception en Europe. Aujourd’hui, 41 % des Françaises âgées de 15 à 49 ans prennent la pilule, jusqu’à 52 % pour les 15-24 ans. On estime que 90 % des Françaises nées après 1952 l’ont prise ou la prendront au moins une fois dans leur vie. Le paradoxe français, c’est que plus d’une Française sur quatre ayant eu recours à une IVG prend la pilule… Y aurait-il un problème ?

Un AVC à l’origine d’un questionnement

C’est l’accident vasculaire cérébral de Marion Larat, une jeune étudiante, qui a fait éclater le scandale de la réalité des effets de la pilule contraceptive. Cet accident, qui l’a laissée handicapée à 65 %, est dû à la prise d’un comprimé de Méliane, une pilule de troisième génération fabriquée par le laboratoire Bayer. Marion prend un avocat et, très vite, les langues se délient : une centaine de plaintes atterrissent à l’étude. C’est le point de départ d’un questionnement pour de nombreuses femmes. Dès 2014, la tendance se confirme, la pilule n’a plus la cote auprès des Françaises.

Le type de pilule que prennent 90 % des femmes est la pilule œstroprogestative (dite «pilule combinée»). Elle contient deux hormones (œstrogène et progestérone), et elle est sensée imiter les hormones naturelles du cycle féminin (règles – pic d’œstradiol – ovulation – pic de progestérone – règles, et ainsi de suite). Dans le corps de la femme, la pilule combinée s’invite de façon grossière : la dose d’hormones synthétiques ingérée par la femme est de 10 à 100 fois plus élevée que celle que produirait naturellement le corps.

La pilule œstroprogestative empêche la grossesse en reproduisant un état proche de celui d’une femme enceinte. Le cerveau de la femme reçoit le message qu’une grossesse a lieu (taux de progestérone) et «endort» les ovaires. Tous les effets secondaires de la pilule trouvent leur explication dans ce déséquilibre initial. D’une manière logique et mécanique, la pilule entraîne une baisse du désir sexuel.

Nous en sommes aujourd’hui à la quatrième génération de pilule combinée, chaque nouvelle génération cherchant à diminuer au maximum la quantité d’hormones.

Un peu d’histoire…

La première pilule contraceptive, élaborée par le docteur Pincus, est lancée aux États-Unis le 9 mai 1960 et produite par la compagnie GD Searle. La libération sexuelle de la femme a été mise en avant et a permis de justifier la mise sur le marché de la pilule. Mais, en réalité, les fonds qui ont permis les recherches sur celle-ci proviennent pour la plupart de cercles eugénistes décidés à éradiquer la pauvreté et les dysgéniques (terme utilisé par les eugénistes pour désigner les indigents et les délinquants qui pourraient, en se reproduisant, nuire à l’héritage génétique de l’espèce humaine). En pleine guerre froide, le péril rouge menace les États Unis, et l’idée de réduire les populations de pays sous-développés semble être la solution pour barrer la route au communisme. De grandes campagnes d’essai de la première pilule (ou même de stérilisation) sont lancées à Porto Rico, en Caroline du Nord, etc. On est bien loin des façades philanthropiques de la féministe Margaret Sanger (à l’origine du Planning familial), de Katherine McCormick ou de Clarence Gamble (toutes deux multimillionnaires).

Les nombreux effets secondaires de la prise de cette première pilule furent passés sous silence. Il semble que les intérêts politiques et économiques étaient plus importants que la santé des femmes. Derrière une apparente décontraction liée au mouvement beatnik de l’époque ou à des magazines tels que Play Boy, les propos restent très misogynes : les hommes aiment la pilule parce qu’elle les dégage de toute responsabilité et leur permet de profiter du corps des femmes.

Mais, alors même que nous n’en connaissions pas le fonctionnement précis ou les effets à long terme, la pilule a été prescrite à une immense population de patientes saines.

Un scandale sanitaire et écologique

Chaque jour en France, sept femmes se retrouvent à l’hôpital à cause de leur pilule œstroprogestative et 1,6 en meurent chaque mois. Le potentiel cancérigène (le nombre des cancers du sein a doublé), le risque d’accidents vasculaires cérébraux ou d’embolies sont élevés. Les instances sanitaires mondiales publient des études fausses et interprètent les résultats toujours au profit de la pilule. Comme l’indiquait en 2010 The Journal of the American Medical Association, «nous sommes désormais dans une situation où la préservation des parts de marché l’a apparemment emporté sur les préoccupations concernant le risque potentiel de nuire aux patientes». C’est sur cette science bancale qu’un médecin généraliste ou qu’un gynécologue se base pour informer ses patientes.

D’autres effets secondaires moins impressionnants, mais terriblement gênants – et pas toujours pris en compte par les médecins hommes – viennent gâcher la vie de nombreuses femmes qui prennent la pilule : migraines, jambes lourdes, nausées, douleurs mammaires, infections vaginales, dépression, hypertension, anémie, prise de poids, endométriose, perte de libido… Pour la sexologue Catherine Solano, «nous sommes en train de sacrifier l’élan sexuel de toute une génération» tant les femmes consultent pour perte de désir sexuel. Les hormones de synthèse contenues dans la pilule agissent comme de vraies voleuses de vitamines et de minéraux essentiels. Les carences en zinc induites par la pilule seraient une des pistes sérieuses pour expliquer l’augmentation des cas d’autisme.

Les hormones de synthèse contenues dans la pilule sont des perturbateurs endocriniens de première catégorie, qui affectent la faune (poissons, mammifères, amphibiens…) la flore, mais aussi les êtres humains, simplement par l’eau du robinet. Les hormones sont indestructibles dans les eaux usées. Pour l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), «les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques d’origine naturelle ou artificielle qui peuvent interférer avec le fonctionnement des glandes endocrines […] responsables de la sécrétion des hormones. Notamment en mimant l’action d’une hormone naturelle.» N’est-ce pas la description même du fonctionnement de la pilule ?

Par comparaison, le bisphénol A (récemment interdit dans les biberons et les boîtes de conserve) est 1 000 fois moins puissant qu’une des molécules principales de la pilule, l’éthinylestradiol, alias EE2, un œstrogène synthétique. C’est l’œstrogène synthétique le plus puissant après le distilbène, qui a fait les dégâts que l’on connaît. Comme l’explique la toxicologue spécialiste de l’évaluation des risques en santé-environnement Annette Lexa, «la même molécule est considérée comme un médicament pris intentionnellement par une femme pour éviter la grossesse ou comme un perturbateur endocrinien lorsqu’il est rejeté dans l’environnement.»

Comprendre

La fin du silence

De plus en plus de femmes osent raconter haut et fort l’expérience qu’elles ont de la pilule, expérience si mauvaise qu’elles préfèrent désormais s’en passer. Pourtant, les changements hormonaux induits par la pilule ne sont pas immédiatement réversibles après son arrêt ; on parle de «cicatrice immunologique». Tant et si bien qu’une troisième vague de contraception (après la première, issue depuis la nuit des temps de l’expérience qu’avaient les femmes de leur corps, la deuxième étant la pilule aux hormones) serait donc en train de voir le jour : celle des femmes qui disent : «J’arrête la pilule.»

De nombreux témoignages permettent de prendre conscience «des concessions, des sacrifices qu’ont faits les femmes pour assumer la charge contraceptive.» Alors que la pilule devait libérer les femmes, ces dernières sont aujourd’hui plus nombreuses à considérer que c’est plutôt le fait d’arrêter qui est une libération. Ce qui ressort dans l’étude de Sabrina Debusquat, c’est le sentiment de trahison : «Si j’avais su !»

La pression sociale

Pourtant, la pression sociale est encore forte pour la femme qui veut arrêter de prendre la pilule. Sur ces questions de vie, notre monde est toujours machiste ou inconscient. La vie professionnelle est une nécessité pour beaucoup de femmes, et une grossesse n’est pas toujours la bienvenue. La femme n’est pas disponible comme un homme à cause de ses enfants ? Carrière freinée, salaires moins élevés de 12 %… Les femmes savent ce qui les attend si elle n’ont pas recours à une méthode de contraception, et c’est pour cela qu’elles prennent la pilule ou un autre moyen de contraception. Sabrina Debusquat les décrit tous. La puissance masculine semble intouchable, sacrée.

Pour l’auteur, la prochaine étape sera donc celle du partage de la «charge contraceptive» au sein du couple. Le terme de «charge» exprime bien le côté pesant, grave et contre nature.

Les limites de l’ouvrage

Si Sabrina Debusquat dévoile une vérité en découvrant à quel point la pilule contraceptive abîme le corps de la femme et par conséquent les relations mêmes au sein du couple, on peut se demander si elle va jusqu’au bout de son combat de femme devenant heureuse de sa féminité. Pour elle, la douceur et le don de soi sont les fruits d’un dévouement culturel appris, ces vertus ayant été longtemps les seules qu’avait la femme pour se valoriser (!). Elle laisse entendre que la désaffection des femmes envers la pilule pourrait servir l’idéologie de certains, qui aimeraient remettre le foyer et les enfants au centre de la vie des femmes ; que certains courants religieux profiteraient de la crise de la pilule pour propager «leur vision rétrograde du rôle de la femme». De fait, les extraits choisis des épîtres de saint Paul aux Éphésiens ou à Timothée sont tronqués et viennent confirmer l’idée fausse de la domination de l’homme dans la religion.

Heureusement, les femmes pensent. Mais pensent-elles bien ? Elles ont trouvé des alliés inattendus et se servent de méthodes naturelles initialement portées par des mouvements religieux pour les mettre au service de leur mode de vie moderne et résolument féministe. Ainsi les «inconvénients» inhérents aux méthodes naturelles seraient partagés : température contre préservatif. Toujours cette sacro-sainte égalité ?

Sabrina Debusquat nous parle d’un «mécanisme qui consiste à créer la vie» tellement puissant qu’il prend une place importante dans l’inconscient des femmes et que «toute tentative de le désamorcer ne peut que se payer de conséquences». La femme moderne est alors tiraillée. Elle doit souvent faire plus que les hommes pour s’imposer dans le monde de l’entreprise, et elle fait taire violemment son désir de maternité pour sa carrière. Pour l’auteur, la question se pose : faudra-t-il faire une grève du sexe pour avancer ? Il faut comprendre ici : pour que les hommes partagent avec les femmes la charge contraceptive.

Il y a encore un sursaut de vérité, car toutes ses réflexions l’amènent à écrire que «tout cela nous prouve que nous ne pouvons pas envisager la contraception en séparant aussi grossièrement le corps et l’esprit». Ouf ! Les méthodes naturelles laissent ouvertes des possibilités qui obligent le couple à communiquer et à renouveler chaque mois haut et fort son désir de concevoir ou non.

Nous l’aurons bien compris, la génération post-pilule a la gueule de bois. Tout ce qui semblait être «réglé» depuis la création de la pilule revient sur le tapis. Il faut redéfinir les rapports entre les hommes et les femmes et permettre aux jeunes femmes d’intégrer leur biologie, leurs spécificités et leurs différences dans leur identité. Ces nouvelles féministes considèrent la médicalisation systématique de chaque étape de leur vie comme une forme de domination exercée sur elle. Pour Sabrina Debusquat, «il est temps que celles qui se sont battues pour la pilule se réconcilient avec celles qui aujourd’hui la critiquent, car leurs buts sont les mêmes. Le meilleur reste à inventer.»

Mais ce meilleur ne nécessite-t-il pas de sortir d’une mentalité contraceptive qui s’applique aussi bien à des méthodes naturelles qu’à des méthodes artificielles, pour entrer dans une connaissance et une pratique de la vertu de chasteté (qui n’est pas la continence !) qui, loin de frustrer le plaisir, l’épanouit dans une véritable sexualité et une paternité responsable ?

Alors, femmes de tous pays, certes, unissez-vous, mais peut-être pourriez-vous oser lire aussi Humanæ Vitæ pour y voir la véritable sagesse de notre mère l’Église, qui parle d’égalité en dignité entre homme et femme, et/ou faire l’IKW pour y voir plus clair ?

Sabrina Debusquat, J’arrête la pilule, Les liens qui libèrent, 2017, 304 p.

Recension réalisée par Anne Lecointre

 


1 – Sabrina Debusquat, J’arrête la pilule, p. 217.

 

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