Franc-maçonnerie : loge de Marseille

La bande de Gaza, «une proie entre deux fauves1»… Depuis plusieurs années, la bande de Gaza est une véritable bombe à retardement : revendications autour des réfugiés, blocus de l’État hébreu, sentiment d’humiliation suite à la reconnaissance par Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël. De plus en plus isolés sur la scène internationale, les Palestiniens se sont engagés dans un mouvement de protestation massif, qui engendre des violences.

Depuis le début des manifestations dans la bande de Gaza, on dénombre une quarantaine de palestiniens tués et 1 700 autres personnes blessées par balles. Des dizaines de milliers de Palestiniens se rassemblent tous les vendredis à quelques centaines de mètres de la frontière israélienne, près de la barrière de séparation entre Israël et la bande de Gaza, pour la «Marche du retour».

Un «cauchemar dans le cauchemar»

La Marche du retour est devenue le symbole du droit des Palestiniens à retourner sur les terres dont ils ont été chassés ou qu’ils ont fuies à la création d’Israël en 1948. Toutefois, par ces manifestations, ils entendent aussi dénoncer le blocus de l’enclave côtière imposé depuis plus de dix ans par Israël pour contenir le mouvement islamiste Hamas, organisation qui dirige le territoire d’une main de fer et auquel l’armée israélienne a livré trois guerres depuis 2008. Pour le peuple palestinien, c’est la poursuite du «cauchemar dans le cauchemar» : le cauchemar de la domination du Hamas dans le cauchemar des frappes israéliennes (voir le manifeste de la jeunesse de Gaza). L’enclave de Gaza abrite aujourd’hui la plus forte densité de réfugiés du monde ; deux millions de personnes y cohabitent. Un quart des réfugiés en provenance de tout le reste de la Palestine s’y sont installés en mai 1948, à la suite de la création de l’État d’Israël. Il y aura donc tout juste 70 ans en mai prochain.

Si la plupart des manifestants sont pacifiques, certains tentent de pénétrer dans la zone tampon interdite d’accès par l’armée israélienne. Jets de cailloux, engins incendiaires divers et pneus enflammés en direction des soldats : ces attaques sont qualifiées d’«émeutes» par l’armée israélienne, qui juge que toute tentative d’atteinte à la barrière de séparation est un acte de terrorisme. Pour disperser les manifestants, l’armée fait donc usage de gaz lacrymogènes, de balles en caoutchouc, mais aussi de balles réelles. Les forces de sécurité israéliennes, qui indiquent quant à elles ne tirer que par nécessité et selon les strictes règles d’engagement qu’impose le droit international des conflits, déclarent protéger non seulement la barrière de sécurité et les soldats, mais aussi la population israélienne. Pour les spécialistes politiques de la région, la retenue du Hamas, qui n’a tiré à cette heure aucune roquette sur le sol israélien en représailles, pose question.

Transfert d’ambassade en mai : une date symbolique

Point culminant de ces manifestations : le 15 mai prochain, date commémorant le départ forcé de 700 000 Palestiniens lors de la création d’Israël. Pour mémoire, le transfert de l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem doit officiellement avoir lieu en mai, ceci afin de coïncider avec le 70e anniversaire de la création de l’État hébreu, proclamée le 14 mai 1948. Ce choix constitue une réelle provocation aux yeux des Palestiniens. Ils commémorent en effet chaque année cette date comme la «Nakba» (c’est-à-dire la «catastrophe» en arabe), synonyme d’exode pour des centaines de milliers de personnes jetées sur les routes lors de la première guerre israélo-arabe qui a suivi la création d’Israël. «Faire coïncider la date avec la Nakba est une provocation pour les Arabes, les musulmans et les chrétiens», a déclaré le numéro deux de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Saëb Erakat. Pour l’heure, la crainte d’Israël est que des centaines de milliers de manifestants affluent et tentent de franchir la clôture le 15 mai prochain. Pour l’arabisant Jean-Pierre Filiu, un nouveau conflit autour de la bande de Gaza ne tarderait pas à s’étendre à l’Égypte et à la branche locale de l’État islamique dans le Sinaï. Selon lui, «seule la levée du blocus de Gaza pourrait renverser une aussi désastreuse tendance. Mais Israël et le Hamas semblent avoir moins d’intérêt que jamais à un tel geste.»

Sources : The Guardian, Le Figaro, Le Monde, i24news, France24

Marie-Pierre Roux

Photo : Ashraf Amra / Apaimages / SIPA


1 – Expression d’Annie Laurent et d’Antoine Basbous.

 

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