Franc-maçonnerie : loge de Marseille

Le Concile œcuménique Vatican I est la première étape du processus qui instaure la primauté du pape sur les évêques, dépendant directement de la parole du Christ « Tu es Petrus… » Les débats entre les évêques conciliaristes et ceux qui étaient favorables à la primauté papale ont cependant été vifs et les arguments théologiques substantiels.

Le 1er septembre 1715, Louis XIV meurt. Lui succède son arrière-petit-fils, le duc d’Anjou, Louis XV, qui n’a que cinq ans. La régence est confiée à son cousin, le duc d’Orléans. Nommé dauphin de France en 1712, Louis XV est sacré et couronné à Reims le 25 octobre 1722. Il atteint sa majorité (13 ans) l’année suivante, et il est déclaré majeur lors du lit de justice du 22 février 1723. Il prend le gouvernement personnel du royaume. À l’âge de 33 ans, il assume complètement le pouvoir personnel et gouverne la France jusqu’à sa mort en 1774. Lui succède Louis XVI, son petit-fils, qui règne jusqu’à l’abolition de la monarchie en septembre 1792. Il meurt le 21 janvier 1793.

La Révolution change beaucoup de choses. Dans la nuit du 4 août 1789, l’ordre du clergé, premier ordre en dignité de la société d’Ancien Régime, disparaît en tant que corps politique. À l’automne 1789, les débats commencent à la Constituante pour refaire toute l’organisation du culte en France et construire un nouveau clergé. Les diocèses sont réorganisés, l’organisation paroissiale est recentrée. Les curés et les évêques sont élus. La nouvelle loi conserve la différence entre la nomination et l’institution canonique, mais si les curés demeurent juridiquement installés par l’évêque, ce dernier n’est plus nommé par le pape, mais élu par le peuple et canoniquement installé par le métropolitain. Le pape est dépouillé de tout pouvoir de juridiction sur le clergé et les fidèles de France. Les vœux de religion sont supprimés. Enfin, tout titulaire d’une charge ecclésiastique doit prêter serment de fidélité à la Nation. Tous les évêques, sauf quatre, refuseront de prêter le serment et la moitié du clergé (curés et vicaires) ne jureront pas. Louis XVI, malgré les injonctions de Pie VII, contraint, signe cette constitution le 24 août 1790. Pie VII, par les brefs Quod aliquantum, du 10 mars 1791 et Caritas, du 13 avril 1791, condamne cette constitution. L’Église de France est déchirée entre les prêtres constitutionnels et les prêtres réfractaires.


Le XIXe siècle est traversé par un rigorisme moral souvent absolu, tout en étant ponctué par un renouveau des vocations religieuses


Cependant, un concordat est signé le 15 juillet 1801 à minuit entre Joseph Bonaparte, le frère du Premier Consul et le cardinal Consalvi, secrétaire d’État et représentant du pape Pie VII. Un mois plus tard, le pape ratifie le texte, avec la bulle Ecclesia Christi (le 15 août 1801). Le Concordat de 1801 rétablit la liberté pour la religion catholique en France. Les évêques ne seront plus élus, mais nommés par le ministre des Cultes et introduits juridiquement par le pape. Pie VII, afin de réorganiser l’Église de France, demande la démission de tous les évêques (ceux qui se sont exilés pour ne pas prêter le serment, ceux qui sont demeurés constitutionnels et qui ne l’ont pas prêté). La demande est accueillie douloureusement par les évêques, et 45 d’entre eux refusent cette démission. Tout le XIXe siècle sera une lutte difficile entre les pouvoirs publics et l’Église catholique, avec des gains importants difficilement obtenus pour les libertés fondamentales, en particulier pour l’École et l’Université. Il sera marqué aussi par les tenants du gallicanisme, d’autant plus que le ministre des Cultes donnait au clergé gallican une préférence de deux sur trois dans la nomination des évêques1. D’un autre côté, face à une reprise difficile d’un vrai christianisme, apparut une résistance de plus en plus ferme contre les politiques anticléricales et ce que l’on voyait comme une complaisance molle de la part des catholiques gallicans. On les appela les «ultramontains» en raison de leur appui inconditionnel à la papauté. Ce siècle sera aussi traversé par un rigorisme moral souvent absolu, tout en étant ponctué par un renouveau des vocations religieuses et un essor des séminaires assez extraordinaire. Unilatéralement, Aristide Briand déposa un projet de loi de séparation des Églises et de l’État, qui fut approuvé en décembre 1905. En 1924, une loi donna l’autorisation des associations diocésaines, qui permit de régulariser la situation du culte catholique.

Du côté de l’Italie, les choses ne vont guère mieux. En 1796, le Directoire envoie des troupes françaises, qui envahissent Rome. Pie VI s’enfuit à la Grande Chartreuse de Florence, où il est fait prisonnier et emmené jusqu’à Valence. Là, épuisé, il meurt. Son successeur, Pie VII, à la faveur de l’invasion de Rome par les troupes napolitaines, reprend les États pontificaux. À l’issue de la deuxième vague de la guerre d’Italie, la plupart des grandes provinces italiennes sont intégrées, sauf le Latium ou États Pontificaux. Envahis de nouveau par les Français en 1808, ils sont finalement annexés à l’État français pas Napoléon Bonaparte, mais remis aux mains du pape Pie VII, Après l’intégration du Piémont en 1870, Rome et le Latium sont finalement rattachés à l’Italie. Pie IX était alors pape depuis 1846, et il avait défendu que le sang coule. Aussi, la Garde vaticane qui défendait les forteresses baissa les armes quand elle constata qu’elle ne ferait pas face devant l’armée italienne. Ce fut la fin des États pontificaux.

Au nom de Pie IX s’attachent de grands événements : la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception (1854), l’ouverture du concile œcuménique de Vatican I (1869). C’est aussi le pape qui condamna avec une grande fermeté ce que l’on appelé les «idées modernes», autant par le Syllabus (8 décembre 1864) que par l’encyclique Quanta cura (à la même date). Les deux documents se résument à une nomenclature des principales idées fausses qui circulent dans tout le milieu européen. Les deux documents furent accueillis avec un grand nombre de critiques.

Pastor Æternus

Le concile Vatican I, le vingtième dans la série des conciles œcuméniques, est celui qui révèle et explique le mieux le tournant de l’Église à l’aurore des temps modernes. Depuis le concile de Trente, trois siècles auparavant, c’était la première fois que toute l’Église enseignante se réunissait en des assises solennelles pour remplir le mandat divin de garder et d’enseigner la Révélation divine. Inauguré par Pie IX le 18 décembre 1869 par l’allocution Quod votis, ce concile fut forcé d’ajourner ses travaux sine die le 20 octobre 1870. Le bref pontifical Postquam Dei donne la cause : l’invasion de Rome par les troupes italiennes, invasion survenue un mois auparavant. Le rappel du concile ne fut ni prévu, ni envisagé.

La préparation immédiate du concile fut confiée à une commission cardinalice constituée dès le mois de mars et composé de 5 cardinaux de curie. Furent alors créées 5 commissions préparatoires : 1. La commission théologico-dogmatique ; 2. La commission pour l’Église orientale et la mission ; 3. La commission pour la discipline ecclésiastique ; 4. La commission pour la vie religieuse ; 5. La commission pour les affaires politico-ecclésiastiques. Le secrétaire du concile fut l’autrichien Mgr Fessler, évêque de Sankt-Pölten, assisté de trois Italiens. Parallèlement à la commission préparatoire furent constituées 4 députations, avec comme tâche l’examen des observations faites par les Pères sur les éléments des schémas qui leur seraient proposés. Furent constituées : la députation de la foi, la députation de la discipline ecclésiastique, la députation des religieux, la députation des Églises orientales et de la mission. Pour notre étude, nous nous en tiendrons à la députation de la foi, présidée par le cardinal Bilio, nommé à cette tâche par le pape le 29 décembre 1869. Elle comprenait 24 membres, dont Mgr d’Avanzo, évêque de Calvi, Mgr Zinelli, évêque de Trévise, Mgr Pie, évêque de Poitiers, Mgr Senestry, évêque de Rastibonne, Mgr Manning, évêque de Westminster, Mgr Deschamps, archevêque de Malines, Mgr Régnier, archevêque de Cambrai.


La constitution dogmatique Pastor Æternus proclame deux dogmes : la primauté de juridiction du pape et l’infaillibilité de son Magistère


La constitution Pastor Æternus est d’une certaine manière le résultat de tous ces événements qui ont accompagné la préparation du concile et sa poursuite jusqu’à sa promulgation. Son nucleus primitif vient du chapitre XI et de l’ajout au schéma sur l’Église préparé par la commission théologico-dogmatique. Ce chapitre XI traitait de la doctrine de la primauté du pontife romain présentée au début du concile. À ce chapitre furent ajoutés quelques paragraphes traitant de la doctrine de l’infaillibilité pontificale à la demande de la majorité des Pères. Les deux doctrines furent réunies dans un premier essai. Cependant, en raison des nombreux postulat, ces deux notes doctrinales furent séparées du schéma général et en vinrent à former le texte d’un décret particulier. C’est dans cette forme que cette doctrine fut l’objet des discussions conciliaires qui se conclurent avec la constitution Pastor Æternus. Cette constitution, considérée comme une constitution dogmatique, se termine par la proclamation de deux dogmes, celui de la primauté de juridiction du pape et celui de l’infaillibilité de son Magistère.

La primauté pontificale

La Constitution Pastor Æternus comprend 4 chapitres et 3 canons : 1. L’institution de la primauté pontificale ; 2. La perpétuité de cette institution ; 3. La nature de la primauté et 4. L’infaillibilité. Le but principal de toute la constitution est l’établissement d’une doctrine de la foi sur les prérogatives de la primauté de juridiction et de l’infaillibilité du magistère. En ce qui concerne la primauté, la finalité du document s’exprime ainsi : l’Église a été instituée par le Christ pour perpétuer l’œuvre de la Rédemption. Cette participation à la Rédemption exige l’unité de la foi et de la communion de la part de tous les membres de l’Église. C’est la foi qui est la condition indispensable d’appartenance à l’Église. Ces deux principes sont comme le cadre dans lequel s’inscrit toute la constitution : l’unité de foi entraîne l’unité de l’Église ; l’unité de l’Église exige l’unité apostolique ; l’unité apostolique exige un principe de cette unité. L’Église fondée par Jésus Christ et donnée pour son gouvernement à Pierre et aux Apôtres institue les membres de ce premier Collège dans la charge d’être pasteurs et docteurs. Cette charge est celle de tous les Apôtres, et elle est transmise à tous leurs successeurs. Toutefois, le Christ a donné à Pierre une mission particulière et personnelle : garder l’épiscopat un et indivis uni dans la foi, indivis dans la communion, de sorte que de cette cohésion résulte une unité des fidèles dans la foi et la communion. L’unité des fidèles ne peut pas venir de la communauté elle-même. Elle vient du don de lui-même que le Christ fait à son Église, du don que l’unité des évêques dans leur communion font aux fidèles. Pour que ce don se réalise concrètement, le Christ a donc voulu dans la personne de Pierre un principe permanent et perpétuel d’unité qui devienne le fondement visible sur lequel est bâtie l’Église, afin qu’elle ne pas détruite par les forces du mal.

Assemblée du concile Vatican 1

 

a) Institution de la primauté

Ce premier chapitre s’appuie sur la Révélation et cite deux passages des Évangiles : la promesse de la primauté (cf. Mt 16, 16-19) et sa confirmation (cf. Jn 21, 15-17). Le Christ instaure dans son Église un régime qui fait de Pierre, qu’il agisse seul ou qu’il agisse avec les autres évêques, le sujet propre d’une primauté de juridiction. Cette primauté n’est pas donnée à l’Église et par elle à Pierre, elle lui est directement donnée par le Christ et sans intermédiaire. Elle le constitue principe de tous les Apôtres et chef de toute l’Église militante visible. Son pouvoir n’est pas seulement une primauté d’honneur, mais un vrai pouvoir directement juridique, dont il a la primauté : «Simon-Pierre répondit: « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » En réponse, Jésus lui dit: « Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car cette révélation t’est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux. Eh bien! moi je te le dis : tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux : quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié (Mt 16, 16-19).» «Et c’est au seul Simon-Pierre que, après sa résurrection, Jésus confère la juridiction de pasteur et de guide suprême sur tout son troupeau en disant : “Pais mes agneaux, pais mes brebis”2.» La conséquence devient donc que Pierre (le pape), son successeur, acquiert cette primauté au moment où, par son élection confirmée, il devient chef du Collège et chef visible de l’Église. La primauté instituée par le Christ a donc les caractéristiques suivantes :

  • Elle est intrinsèque : elle touche à la personne et la constitue supérieure à toutes les autres dans un sens canonique et juridique.
  • Elle est immuable et intangible : ce n’est pas la supériorité qui entraîne la fonction dans l’Église, mais c’est la fonction elle-même qui entraîne un rapport précis de Pierre avec les évêques et les fidèles.
  • Elle dérive directement du Christ : le Christ en est l’origine, qui la donne directement à Pierre. Son autorité ne vient donc pas d’une délégation. Cette autorité relie directement Pierre au Christ et non le soumet à l’Église. Ce qui fait que Pierre est le vicaire du Christ, il n’est pas le vicaire de l’Église.
  • Elle est indépendante quant à sa possession et quant à son exercice : elle ne vient pas de l’Église, n’est pas donnée par elle et n’est pas judiciable devant l’Église.
  • Elle est incommunicable : le pape ne peut la transférer à personne. Et, de ce fait, elle n’est pas le fondement du Collège.
  • Elle n’est pas une primauté d’honneur : elle n’est pas une supériorité externe ou de simple nature morale qui donnerait à son détenteur une position d’honneur et de privilège qu’il serait possible d’exhausser ou de diminuer.

Ce canon termine ce premier chapitre : «Si quelqu’un dit que l’apôtre Pierre n’a pas été établi par le Christ Notre Seigneur chef de tous les apôtres et tête visible de toute l’Église militante, ou que ce même apôtre n’a reçu directement et immédiatement du Christ Notre-Seigneur qu’une primauté d’honneur et non pas une primauté de juridiction véritable et proprement dite, qu’il soit anathème3


Sur toutes les questions concernant la primauté et l’infaillibilité, les discussions ont été chaudes


De façon générale, les discussions ont été chaudes dans l’aula conciliaire sur toutes ces questions concernant la primauté et l’infaillibilité. On rapporte ici l’une des plus représentatives, celle groupe Dupanloup, Landriot De Marguerye, Ginoulhac et Bravard, qui a mis en avant le fait que ces textes pouvaient recevoir une interprétation autre que celle de la primauté4. La même remarque fut faite par Mgr Schwarzenberg lors de la discussion particulière sur le texte de la primauté : «S’appuyer sur ces textes, laisserait entendre qu’ils indiquent clairement la primauté de Pierre, mais il faut laisser une marge d’incertitude sur leur application exclusive à Pierre, et l’on peut penser que, aux autres apôtres, le Christ a aussi donné ce qu’il a donné à Pierre. La parole “Tu est Petrus et super hanc petram aedificabo ecclesiam meam” affirme certainement la primauté de Pierre, peut-être seulement dans le sens où il est donné comme le fondateur le plus éminent de l’Église, mais non comme le fondateur exclusif. Saint Paul appelle tous les autres apôtres fondateurs sur lesquels l’Église est édifiée (Ép 2, 20). Le Christ lui même a envoyé tous les autres apôtres en mission, comme il fut envoyé lui-même par le Père. Dès lors, tous participent à l’office de Pierre et tous sont fondement. La parole «et quodcumque ligaveris...» fut certainement dite à Pierre, mais elle le fut également aux autres Apôtres. La réplique de Mgr d’Avanzo à ces remarques fut la suivante : il est possible que le sens originaire de ces paroles demeure toujours obscur, mais la doctrine la plus claire de la Sainte Écriture fut toujours, selon la tradition, de les interpréter dans le sens d’une primauté donnée à Pierre. Cette doctrine est nécessaire pour fonder la définition de la primauté, non seulement sur la Tradition, mais sur la Révélation. D’ailleurs, la Tradition exégétique qui s’est développée depuis n’ajoute rien de nouveau au sens traditionnel, mais illustre et exprime son contenu. Mais celui qui interpréterait dans un autre sens ces textes de l’Écriture ne serait pas hérétique, vu la définition, mais il se mettrait en dehors de l’interprétation constante traditionnelle dans l’Église de la Sainte Écriture, qui est le caractère prochain de l’interprétation des textes sacrés.

b) La perpétuité de la primauté

Cette doctrine comprend deux paragraphes et un canon. Dans le premier paragraphe, il est dit que Pierre, «chef et tête des apôtres, a reçu les clés du Royaume de Notre Seigneur Jésus Christ, et que ses successeurs, les évêques de Rome, ont reçu les mêmes privilèges.» La raison donnée du maintien de l’évêque de Rome dans les privilèges de Pierre est celle de son martyre. Le pouvoir décrit est un pouvoir de juridiction : «Praesidet et judicium exercet».

Dans le second paragraphe, on s’occupe des successeurs : «Quiconque succède à Pierre en cette chaire reçoit de par l’institution du Christ lui-même [c’est-à-dire de droit divin], la primauté de Pierre sur toute l’Église». Et l’on décrit Pierre comme le principe de la communion. «Voilà pourquoi c’est vers l’Église romaine, à cause de sa priorité prépondérante [propter potentiorem principalitatem necesse] qu’il a toujours été nécessaire que chaque Église, c’est-à-dire les fidèles venus de partout, se tourne afin qu’ils ne fassent qu’un en ce siège d’où découlent sur tous les droits de la véritable communion, comme des membres unis à la tête dans l’assemblage d’un corps».

Le canon précise l’objet de la foi : «Si quelqu’un dit que ce n’est pas par l’institution du Christ ou de droit divin que saint Pierre a, et pour toujours, des successeurs dans la primauté sur l’Église universelle, ou que le pontife romain n’est pas successeur de saint Pierre en cette primauté : qu’il soit anathème5

Ce deuxième chapitre vise deux points, dont le lien entre eux pose question. Le premier point considère que la primauté de Pierre est une vérité de foi explicitement contenue dans la Révélation divine et connexe à la perpétuité de l’Église comme communauté de Salut. Selon la volonté de son fondateur, l’Église doit durer jusqu’à la fin du monde et, selon cette même promesse, la primauté de Pierre est aussi établie sur cette même Église jusqu’à la fin du monde. Cette primauté est donc essentielle à la constitution divine de l’Église. Cette primauté n’est donc pas seulement nécessaire à la bonne administration de l’Église. Ainsi, elle est de droit divin en ce sens où, selon la volonté du Christ, le ministère et la charge donnés à Pierre soient toujours accomplis dans l’Église, cette charge étant de gouverner l’Église universelle. Sur cette question les Pères conciliaires virent nettement qu’affirmer qu’il est de droit divin que les successeurs de Pierre jouissent, de droit divin, de la même charge et des mêmes privilèges que le Christ a voulus pour le chef des Apôtres était la réponse directe aux allégations des protestants, Luther, Calvin, etc. Les discussions n’ont pas été vives. Il n’en fut pas de même pour le second point.

Félix Dupanloup
Monseigneur Félix Dupanloup.

Ce second point concerne le lien entre la succession du ministère pétrinien et son rattachement à l’Église romaine. Est-elle toujours liée à l’élection de l’évêque de Rome ? Le pape pourrait-il décréter, puisqu’il a la primauté de juridiction suprême, que la charge de ce ministère pourrait revenir à un autre évêque dans la chrétienté ? Le débat fut introduit par Mgr Dupanloup : «Il n’est pas toujours certain que le véritable successeur de Pierre, de droit divin, aura toujours son règne à Rome6». Trois opinions se firent entendre. La première fut de faire valoir qu’elle était de droit divin en raison d’une part d’une «ordonnance de la Providence» à laquelle Pierre répond en allant dans cette ville où il mourut et subit le martyre ; la deuxième considéra qu’elle était de droit ecclésiastique, et que, pour des raisons graves, elle pourrait être changée ; la troisième qu’elle appartenait à la Tradition et que pour cette raison, elle entrait dans un droit mixte. Finalement, l’intervention de Mgr J. Papp-Szilágyi, un évêque grec roumain uni, fut reçue avec attention. Il demanda que les déclarations vaticanes s’en tiennent à ce qui est nécessaire et que l’on supprime de la deuxième partie du chapitre II et du canon les mots «droit divin». Ce qui fut fait.


La primauté de juridiction du pape garantit-elle le pape de toute erreur dans son gouvernement ?


Cependant, supprimer cette mention du droit dans l’exposé de la primauté pétrinienne ne régla pas tous les problèmes. La primauté de juridiction du pape, telle qu’elle est définie au chapitre I, garantit-elle le pape de toute erreur dans son gouvernement ? Lui permet-elle d’intervenir en tout dans le gouvernement de toutes les Églises particulières ? Rend-elle ses jugements indéfectibles ? Dire qu’il n’est pas de droit divin que l’évêque de Rome reçoive la fonction de Pierre cache la possibilité dans l’Église d’une élection du pontife romain par un Collège qui soit autre que le Collège cardinalice. Cela démocratiserait l’élection, avec les périls que cela comporte. Les réponses seront partiellement données dans l’examen des deux autres chapitres ; elles seront encore plus précises avec l’enseignement de Vatican II. Mais n’anticipons pas !

c) Pouvoir et nature de la primauté du pontife romain

Cette doctrine se présente en cinq paragraphes et un canon :

  • Le premier paragraphe rappelle la doctrine du concile de Florence, qui déclare que le Saint Siège apostolique et le pontife romain détiennent le pouvoir universel sur toute l’Église.
  • Le deuxième paragraphe dit que, de droit divin, le pontife de l’Église romaine, par disposition du Seigneur, possède sur toutes les autres Églises une primauté du pouvoir ordinaire et que ce pouvoir de juridiction du pontife romain est vraiment épiscopal et immédiat. Ce pouvoir demande la subordination hiérarchique, un devoir de vraie obéissance, non seulement en ce qui touche la foi et les mœurs, mais aussi dans celle qui touche à la discipline et au gouvernement de l’Église répandue dans le monde entier. À ce devoir de vraie obéissance se rattache l’unité de communion et de profession de foi. Ce pouvoir ne fait pas obstacle au pouvoir de juridiction des évêques qui possède aussi un vrai pouvoir de juridiction épiscopale, ordinaire et immédiat. Les évêques sont établis par l’Esprit Saint successeurs des Apôtres pour paître et gouverner en vrais pasteurs le troupeau qui leur a été confié. Ce pouvoir est affermi et défendu par le Pasteur suprême et universel. Ce pouvoir suprême qu’a le pontife romain est immédiat sur tous les pasteurs et fidèles de l’Église. Il ne requiert ni le placet du pouvoir civil, ni le placet de l’évêque local.
  • Le troisième paragraphe donne un droit immédiat de jugement, par une autorité à laquelle aucune n’est supérieure. Son autorité ne peut être remise en question par personne, et personne n’a le droit de juger de ses décisions. Ceux qui affirment qu’il est permis d’en appeler des jugements des pontifes romains au concile œcuménique comme à une autorité supérieure à ce pontife s’écartent du chemin de la vérité.

Le canon :
«Si donc quelqu’un dit que le pontife romain n’a qu’une charge d’inspection ou de direction et non un pouvoir plénier et souverain de juridiction sur toute l’Église, non seulement en ce qui touche à la foi et aux mœurs mais encore en ce qui touche à la discipline et au gouvernement de l’Église répandue dans le monde entier, ou qu’il n’a que la part la plus importante et non pas la plénitude totale de ce pouvoir suprême ; ou que son pouvoir n’est pas ordinaire ni immédiat sur toutes et chacune des Églises comme sur tous et chacun des pasteurs et des fidèles, qu’il soit anathème7

Ce chapitre donne les propriétés du pouvoir de juridiction du pape en tant qu’il est un pouvoir suprême. Il est définit comme :

  1. Ordinaire, c’est-à-dire adjoint à la fonction. Il ne s’agit donc pas d’un pouvoir extérieur, délégué, extraordinaire, dont la source serait extérieure. Il s’agit du pouvoir du pape en tant qu’il gouverne l’Église universelle. Ce n’est pas la puissance de l’Église que le pape exercerait en son nom. Cela ne consacre pas dans l’Église une sorte d’arbitraire pontifical absolu, mais signifie que le pape n’est pas assimilable à une sorte de magistrat profane, lequel ne peut créer ni des lois nouvelles, ni de nouvelles obligations, mais n’a qu’une fonction de vigilance. La fonction de vigilance du pape est une plénitude suprême qui touche tous les membres de l’Église, lesquels ne sont pas de simples administrés, mais sont des sujets au sens plénier et fort du mot. Sa fonction va jusqu’à la possibilité de créer de nouvelles obligations morales et législatives et d’y obliger au nom du droit divin, étant par ailleurs la seule autorité suprême compétente pour déterminer ce qui est du droit divin et ce qui lui est connexe.
  2. Épiscopal : cela ne restreint pas la puissance de gouverner à la seule Église romaine, mais donne la véritable nature du pouvoir de juridiction : sanctifier, gouverner et paître l’Église de Dieu. Ce pouvoir qu’a chaque évêque à l’égard de l’Église particulière dont il est le chef, le pape l’a non à l’égard d’une seule Église, l’Église de Rome, mais à l’égard de l’Église universelle.
  3. Immédiat : cela signifie que non seulement la puissance provient du Christ, mais son exercice ne nécessite aucun agent intermédiaire. Le pape peut donc l’exercer directement sur les évêques et sur les fidèles. Il n’agit jamais avec une autorité déléguée. Vicaire du Christ, il agit directement avec la puissance que lui a donnée le Christ et avec l’assurance de son aide, personnellement donnée, cela jusqu’à la fin des temps.

Toute personne peut recourir au jugement du Siège apostolique, lequel jugement ne peut être réformé, ni jugé par personne


Cette dernière partie du chapitre III, qui clôt l’enseignement du concile sur la primauté pontificale, est, bien comprise, d’une très grande importance. Elle est formulée de façon négative par une condamnation : «Sont anathèmes ceux qui disent que le souverain pontife ne jouirait que de la partie principale de la puissance de juridiction.» Ces mots furent ajoutés à l’initiative quasi exclusive de la Députation de la foi et furent maintenus malgré la tentative de plusieurs Pères de les modifier ou de les enlever. La raison de maintenir cette formule est la suivante : en disant que le pape possède la puissance plénière et suprême, on pourrait en déduire qu’il ne la possède pas exclusivement. De ce fait, elle ne se serait limitée par aucune autorité supérieure à la sienne, mais cela n’exclurait pas l’existence d’une autorité égale, c’est-à-dire, dans le cas concret, celle d’un concile œcuménique. Sa puissance ne serait donc pas proprement plénière, mais elle serait seulement celle qui serait la plus élevée. Par conséquent, si – ce que l’on dira plus tard – le Collège épiscopal possède la suprême autorité dans l’Église et est aussi sujet d’un pouvoir plénier, cela n’est jamais sans le pape, lequel ne fait pas nombre avec les évêques. Il y a donc la convergence entre la puissance partielle des évêques et la puissance plénière du pape. Par ces paroles, la Députation de la foi entendait aussi combattre fermement toute tendance à faire de l’épiscopat un élément temporisateur de la puissance pontificale en ne donnant au pape que la partie principale de la puissance de juridiction dans l’Église. Mgr Zinelli surtout dit expressément que si l’on admettait cette temporisation, on détruisait par le fait même le sens profond de la primauté pontificale.

De cette affirmation découlent deux conséquences pratiques inscrites dans le cinquième paragraphe : 1.Toute personne peut recourir au jugement du Siège apostolique, lequel jugement ne peut être réformé, ni jugé par personne. Il est sans appel (encore une fois, cela n’est pas un encouragement donné aux fidèles de passer par-dessus les degrés ordinaires de la hiérarchie mais, inscrit par la Députation de la foi, il visait à contrecarrer ceux qui voulaient interdire tout appel direct au Souverain pontife). 2.Personne n’a licéité pour juger le Siège apostolique, c’est-à-dire qu’il n’est pas licite d’en appeler au concile œcuménique. Cela n’admet aucune exception.

On voit bien en lisant cet enseignement que la direction principale de Pastor Æternus a été d’éliminer de l’Église toute tentative de conciliarisme, de gallicanisme, toute tentative politique de trouver dans la puissance politique extérieure à l’Église une limite au pouvoir de juridiction du pape. Aussi les distinctions que nous avons vues s’étioler pendant des siècles entre le pouvoir spirituel du pape et son pouvoir temporel ne tiennent plus. Les deux pouvoirs, le pouvoir d’ordre (épiscopal) et le pouvoir de juridiction (spirituel) sont tous deux définis comme des pouvoirs spirituels ordonnés «au salut des âmes», c’est-à-dire au maintien de la vraie foi et de la vie d’espérance et de charité pour toute l’Église universellement répandue sur la Terre

Cela, cependant, était-ce suffisant ? Les discussions sur ce troisième chapitre furent particulièrement houleuses. Elles portèrent sur trois points précis. Le premier, sur les mots qui qualifient le pouvoir «plénier et souverain» qui, selon les Pères, pouvaient être interprétés dans le sens d’une «monarchie8 absolue». Plusieurs évêques soulignèrent cette désignation d’un pouvoir illimité – «même l’océan a des limites» dit un participant – et de citer la remarque de Bellarmin : «On peut résister à un pape qui excite les esprits et trouble la cité9». Derrière cette protestation, il y a cette «peur» que la détermination du pouvoir pontifical de juridiction universelle enlève ou diminue le pouvoir de gouvernement de l’évêque local. Bien que Mgr Zinelli, membre de la Députation de la foi, multipliât les vocables montrant l’union des «membres avec la tête», dans la compréhension du concile demeurait une bonne part de crainte d’une usurpation par le pape des pouvoirs épiscopaux des évêques et surtout d’une possibilité de résistance à la centralisation romaine. Cette crainte se manifesta encore plus lorsqu’on discuta de la troisième caractéristique du pouvoir de juridiction universel, son immédiateté, en l’entendant comme une possibilité pour tout membre de l’Église de faire appel directement au pape, sans passer par un intermédiaire. Plusieurs Pères en appelèrent aux instances du droit profane en montrant que le recours à l’autorité suprême, bien qu’elle existe, est une exception et que, habituellement, on ne peut négliger les instances judiciaires intermédiaires. Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans, fit remarquer : «Dans aucune société bien ordonnée, le droit d’appel n’est pas établi en faveur de l’autorité suprême, sinon dans des cas exceptionnels. Les juridictions intermédiaires doivent être respectées, sauf cas exceptionnel, je le répète. Que cela au moins soit respecté dans le schéma10». Enfin, voici le troisième point exprimé en sourdine : «Et si le pape tombait dans l’hérésie ?» L’histoire, on le sait, est vieille, mais la réponse donnée par Mgr Zenelli l’est tout autant, tout en niant l’impossibilité que cela arrive, le pape parlant comme personne privée, le souhait suit : «que Dieu protège son Église !»

L’infaillibilité pontificale

La définition de l’infaillibilité du pape promulguée par le concile Vatican I n’a pas seulement mis en évidence le charisme de certitude qui s’attache aux déclarations solennelles en matière de foi et de mœurs. Elle a eu un curieux effet secondaire, celui de rejeter dans l’ombre le magistère ordinaire. Plusieurs théologiens ont souligné ce fait en disant cependant qu’il n’est pas nouveau dans l’Eglise11.


Le magistère du Souverain Pontife est toujours un magistère ordinaire car toujours dans l’ordre de la transmission des pouvoirs donnés à Pierre


La difficulté de comprendre quel est le charisme de vérité qui s’attache au magistère ordinaire ne peut être levée que si l’on médite sur celui qui s’attache au magistère infaillible tel que Vatican I le définit. Le magistère du Souverain Pontife est unique, il est toujours un magistère ordinaire en ce sens que c’est toujours dans l’ordre de la transmission des pouvoirs donnés à Pierre que ses successeurs utilisent la puissance d’enseigner avec autorité. Même lorsque le pape utilise la plénitude de ce pouvoir et que l’on reconnaît dans son acte le charisme de l’infaillibilité tel que défini par Vatican I, cette prérogative relève du pouvoir épiscopal ordinaire connexe à celui de la primauté12.

Pastor Æternus en donne la définition dogmatique suivante :

Nous attachant fidèlement à la tradition reçue dès l’origine de la foi chrétienne, pour la gloire de Dieu notre Sauveur, pour l’exaltation de la religion catholique et le salut des peuples chrétiens, avec l’approbation du Saint Concile, nous enseignons et proclamons comme un dogme révélé de Dieu : le Pontife romain, lorsqu’il parle ex cathedra, c’est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu’une doctrine en matière de foi ou de morale doit être admise par toute l’Église, jouit, par l’assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le Divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église lorsqu’elle définit la doctrine sur la foi ou la morale. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables de par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Église13.

Lorsqu’on parle de l’infaillibilité du magistère ordinaire universel ou du magistère du pontife romain, on ne peut entendre ce mot comme s’il ne désignait qu’une simple possibilité de ne pas errer. Le mot, qui s’applique à l’Église, en tant qu’elle est soutenue dans sa foi par la présence de l’Esprit Saint, connote toujours une référence à l’acte de la foi dans la grâce interne et externe qui le rend indéfectible. Quand on dit que le pape est infaillible, le mot doit désigner l’assistance divine qui, en la personne de Pierre, rend la foi de l’Église indéfectible. Si le mot «infaillible» appliqué à l’Église et aux diverses formes du magistère ordinaire fait référence non seulement à la certitude de la vérité, mais à l’indéfectibilité de la foi et à l’assistance divine qui l’assure, son contraire, le mot «faillible», dit lui aussi plus qu’une simple possibilité de se tromper. De cette façon, est faillible celui qui, parce qu’il ne jouit pas de l’assistance divine, ne peut ni enseigner dans la certitude de la foi de l’Église ni être le gardien de cette foi. Cela ne signifie pas seulement qu’il peut faire des erreurs, ce qui est le cas de toute autorité humaine, mais cela dit que l’autorité avec laquelle il enseigne ou propose ses conclusions n’a pas l’assurance de l’autorité divine.

a) l’Infaillibilité quant au sujet

L’infaillibilité pontificale est définie comme une infaillibilité personnelle, séparée et «absolue». Elle est personnelle, car elle est attribuée au pape quand «il parle ex cathedra14», c’est-à-dire quand il agit comme docteur et pasteur de l’Église universelle. Ce qui désigne le pape régnant, et non la succession des papes15, ce qui élimine aussi le pape agissant comme une personne privée. Le pape est infaillible dans l’œuvre d’enseignement qui lui est propre en tant que, successeur de Pierre, il paît l’Église tout entière.


L’infaillibilité pontificale induit l’assistance de l’Esprit Saint dont jouit le pape lorsqu’il utilise le pouvoir suprême de son magistère


Elle est séparée. Cela ne signifie pas une mise à part à l’égard du reste de l’Église. Le mot met en évidence la fonction du Souverain Pontife comme tête de l’Église, comme chef du Collège épiscopal, comme pasteur universel. En même temps, il désigne l’assistance de l’Esprit Saint dont jouit le chef de l’Église lorsqu’il utilise le pouvoir suprême de son magistère. Cette assistance a quelque chose de spécifique au regard de celle qui anime tout le corps enseignant dans l’exercice solennel ou ordinaire de ses fonctions16. Elle est donnée, à titre singulier, au pape en vue d’accomplir une mission spécifique : confirmer l’Église – évêques et fidèles – dans la vérité de la foi. Si le pape, dans l’élaboration de ses jugements, peut utiliser le concours de l’Église, il a la «grave obligation17» de prendre tous les moyens qui sont à sa disposition pour parvenir à la certitude de foi de ce qu’il définit et aussi il doit s’assurer du consensus de l’épiscopat. Cependant, ce concours de l’épiscopat n’est pas une condition requise pour que la définition donnée soit infaillible. De plus, ce n’est pas l’assurance du consensus de l’épiscopat qui «donnerait» à l’Église la certitude exigeant l’obéissance de la foi, c’est-à-dire l’obligation d’adhérer à ce qui est enseigné en y reconnaissant la Vérité divine. C’est par l’assistance divine que le pape est infaillible ; ce n’est pas par le consensus de l’Église, qu’il soit antécédent ou conséquent 18. Mais le pape n’est pas séparé de l’acquiescement de l’Église et de son concours lequel, universellement, ne peut lui manquer.

Vote pour l'infaillibilité au concile Vatican 1

Elle est absolue, non dans le sens où elle serait égale à l’infaillibilité divine, la seule qui soit sans limite, elle est absolue dans les conditions et les limites déduites de la promesse et de la volonté du fondateur et non selon des conditions posées a priori par d’autres personnes. La promesse du Christ (cf. Mt 16,18 ; Jn 21,13-17) s’adresse à Pierre dans sa relation à l’Église universelle ; elle fait de lui, de façon visible, le centre, le fondement, le principe, la règle prochaine de la vérité de foi dans l’Église. L’exercice du don d’inerrance ne peut donc être limité par l’Église, puisque ce don lui est divinement promis, en la personne de Pierre et de ses successeurs, pour être, chaque jour, guidée dans la vérité de la foi19.

b) Infaillibilité quant à l’acte

L’acte du magistère, condition intrinsèque de l’infaillibilité pontificale, c’est l’obligation de DÉFINIR. Il ne suffit pas, en effet, que le pape parle comme pasteur et docteur universel, il est requis, de plus, l’intention manifeste de définir de telle façon que ce qu’il enseigne soit tenu par toute l’Église comme la doctrine définitivement établie20.

En aucun cas ni l’Église, ni le pape, ni les évêques ne sont au-dessus de la Révélation21. Ce n’est pas le magistère qui détermine la vérité de foi. Mais le magistère a reçu «la charge d’interpréter de façon authentique la parole de Dieu écrite ou transmise22.» Interpréter ne signifie pas «gloser» ou redire en d’autres mots, ou même expliquer. Cela veut souvent dire «expliciter», c’est-à-dire montrer, dans l’exigence de la foi, tout ce qui est contenu dans la Parole révélée. Montrer avec certitude la vérité contenue dans la Révélation, c’est la définir. Ainsi, dans la définition de l’Immaculée Conception, le magistère explicite la vérité de la foi contenue dans les mots de l’ange saluant Marie comme «comblée de grâces». En définissant ce dogme, le magistère enrichit la foi de l’Église qui tient, désormais et définitivement, l’affirmation de l’innocence absolue et originelle de Marie comme révélée par Dieu.

Le jugement définitif que prononce le magistère n’est pas simplement la définition dogmatique au sens ou nous connaissons les dogmes. Doit entrer en cause l’intention manifeste de définir une doctrine, comme devant être tenue par l’Église universelle ou de condamner toute erreur ou hérésie qui menace l’Église23. Entre encore dans l’acte de définir l’intention de mettre fin au flottement de la doctrine quand il devient nécessaire, pour le bien commun de l’Église, que l’intelligence de la foi soit déterminée. Mgr Gasser le dit bien : toute définition doit aussi exprimer d’une certaine manière cette propriété et cette note caractéristique d’une définition proprement dite, c’est-à-dire d’un jugement définitif qui doit être reçu par l’Église universelle.

Bien que la préparation du discours de la raison, dans les limites de la foi, appartienne à la science théologique, la confirmation (judicere) des conclusions appartient au seul magistère. Par cette confirmation l’autorité (magister authentice) fait appel à l’obéissance de la foi ; elle demande un assentiment qui reconnaît «non pas une parole humaine, mais véritablement la parole de Dieu» (1 Th 2,13)24.


On peut améliorer la présentation d’une définition dogmatique mais on ne peut pas la changer ni quant à son contenu, ni quant à son énoncé


Ce caractère de certitude définitive qui s’attache à une définition établie par le magistère est souligné par le fait qu’elle est irréformable de sa nature. On peut améliorer la présentation d’une définition dogmatique ; on ne peut pas la changer ni quant à son contenu, ni quant à son énoncé, dans la mesure où l’énoncé explicite pour l’intelligence la vérité à croire.

c) Infaillibilité quant à l’objet

L’objet de l’infaillibilité concerne la doctrine en matière de foi et de mœurs (fides et mores). Cela le détermine génériquement25. Mais comme l’infaillibilité est promise «ad custodiendum et evolvendum integrum depositum fidei26», jouira du charisme de l’infaillibilité tout acte du magistère, qu’il soit celui du pape ou celui de l’Église, qui est ordonné à conserver et à développer le dépôt de la foi. Dans l’acte de conserver et de développer le dépôt de la foi entreront donc divers enseignements.

Les vérités révélées

Ces vérités, qu’elles soient explicitement ou implicitement dans l’Écriture lorsqu’elles sont clairement proposées, appellent l’assentiment de foi. Elles sont directement relatives à l’autorité de Dieu qui révèle. Ces vérités ne sont pas seulement les dogmes de la foi catholique qui donnent une connaissance sur l’être de Dieu, du Christ ou de la Vierge Marie, ce sont encore les vérités concernant la loi naturelle et morale, et même les vérités sur le gouvernement de l’Église quand ce dernier réfère à ce que son fondateur a voulu. Elles ont donc trois domaines : la dogmatique, l’éthique, la politique (au sens de «πολιτεια» : une société gouvernée par une autorité)27.

Les vérités connexes

Au sens strict, le dépôt de la foi ne comprend que ce qui est révélé. Mais l’obligation de garder le dépôt a une plus grande extension. Cette obligation s’étend à toute matière sur laquelle l’Église ne peut errer sans que ce dépôt soit mis en péril, moins bien expliqué ou moins bien défendu28. Ces vérités sont soit d’ordre théologique, comme la transsubstantiation pour conserver le mystère eucharistique ou la sainteté de l’humanité de Jésus reliée au mystère de l’Incarnation; elles sont encore d’ordre moral comme les dispositions concrètes qui préservent la chasteté du mariage ; elles regardent même le gouvernement de l’Église, comme la détermination des ministères ou l’exclusion des femmes du sacerdoce. Comme ces vérités ne sont pas révélées, elles n’exigent pas un assentiment de foi. Mais, dans la mesure où elles sont prises par l’autorité comme partie du magistère qui a la même extension que celui de l’Église dont il est le chef29, on ne peut s’éloigner de ces vérités sans grave erreur30.

L’obéissance de la foi est donc requise à l’égard de ce qui est divinement révélé par la Parole de Dieu écrite (l’Écriture) ou transmise (la Tradition), ou encore proposée par le magistère infaillible de l’Église comme divinement révélé31. Saint Thomas lui-même enseigne : «Ce qu’il y a de formel en l’objet de la foi, c’est la vérité première telle qu’elle est révélée dans les Saintes Écritures et dans l’enseignement de l’Église, qui procède de la Vérité première. Par suite, celui qui n’adhère pas, comme à une règle infaillible et divine, à l’enseignement de l’Église qui procède de la Vérité première révélée dans les Saintes Écritures, celui-là n’a pas l’habitus de la foi32.

En conséquence, l’acte du magistère de l’Église, qu’il s’exprime par le magistère universel –celui des évêques unis au pontife romain – ou par le magistère personnel du pape ne peut requérir l’obéissance de la foi que lorsque l’objet de son enseignement a un ordre à la vérité révélée. Cet ordre à la vérité révélée doit être clairement et manifestement proposé, ce qui est indiqué par l’obligation de définir33.


Il y avait dans l’aula conciliaire une très forte influence des traditions gallicanes


Dans tout ces débats qui ont été ceux des Pères, on peut voir se dessiner quelques traits caractéristiques. Le premier, c’est qu’il y avait dans l’aula conciliaire une très forte influence des traditions gallicanes. Bossuet et son discours sur l’Unité de l’Église34 était présent dans le fondement des discours. On cherchait avant tout à ce que l’épiscopat ait toute sa place dans la conduite de l’Église et dans la détermination de son magistère. Ces revendications n’étaient pas sans fondements. Les grands commentateurs du concile l’ont reconnu : «Il est certain cependant que la définition de la primauté de juridiction et de l’infaillibilité du magistère du Pontife romain, traitée séparément de la doctrine concernant l’Église, pouvait donner l’impression que le pape se trouvait nettement détaché du collège épiscopal, ou tout au moins que celui-ci était laissé dans l’ombre. Les assurances données alors en sens contraire, quelle que fût leur valeur, ne suffisaient pas à combler la grave lacune, déplorée maintes fois au cours du Concile, d’un traité de la doctrine sur l’Épiscopat. Seule, en effet, cette doctrine pourrait montrer l’exacte physionomie de la constitution divine de l’Église, qui est tout entière centrée sur le Collège épiscopal, dont le pape fait partie lui aussi, même si sa fonction propre et incommunicable est de garder ce Collège un et indivisible, et s’il a, pour l’exercice de cette fonction, les prérogatives personnelles nécessaires 35

Dans sa relation sur le Schema De Ecclesia (schéma réformé), le Père Kleutgen expliquant les grandes lignes du chapitre 4 montrait que là où le concile de Trente avait parlé de la hiérarchie, il l’avait fait uniquement en relation avec le «pouvoir d’ordre», alors que le concile Vatican I s’apprêtait à relier le pouvoir d’ordre et le pouvoir de juridiction. Le problème se présentait de la façon suivante : les évêques sont les supérieurs des prêtres tam ordine quam jurisdictione (autant quant au pouvoir d’ordre que quant au pouvoir de juridiction). Admettre la supériorité de l’évêque sur le prêtre, selon le pouvoir d’ordre uniquement, c’est la fonder sur le droit divin et non seulement sur le droit ecclésiastique. Mais le Père Kleutgen ajoutait : «Mais l’épiscopat est, sans nul doute, lui aussi d’institution divine. Non seulement la charge de l’évêque est de «sanctifier» l’Église, mais aussi de gouverner l’Église de Dieu. Mais si c’est par le Pontife romain qu’il reçoit le pouvoir de juridiction, cela ne change rien quant à sa charge de gouverner l’Église qui lui est confiée.»36. Car, bien qu’il appartienne au Pontife romain d’assigner un évêque à un diocèse, il ne peut pas faire qu’il n’y ait pas d’évêques assigné à un diocèse et que là ou il y a un évêque, ce dernier ne gouverne et n’enseigne. De sorte que c’est en vertu de l’ordination qu’un évêque a le pouvoir de juridiction et si un prêtre soit par une disposition de Rome, soit par élection du chapitre exerçait les charges de l’évêque, «cela ne serait ni comme un pouvoir propre, ni comme en vertu d’un pouvoir d’ordre».

Les discussions sur l’objet de l’infaillibilité ont été aussi très fortes concernant les «vérités connexes». À Vatican I, la grande partie du corps épiscopal professe encore une théologie commune, bien qu’elle soit souvent teintée de nominalisme. À l’heure actuelle, l’Église semble faire son deuil d’un docteur commun. À Vatican I, on discutait déjà du lien théologique entre les vérités connexes et le dépôt révélé. À l’heure actuelle, on veut faire abstraction de ce lien. D’où l’importance que l’on attache à la réécriture des documents du magistère. On mettrait même en cause l’existence d’un magistère. Même si l’on ne va pas théoriquement jusque là, on n’attribue plus au magistère ordinaire ce que l’on attribuait en 1870 au magistère infaillible du pape. Cela signifie que l’Église avait encore besoin d’un concile, et ce fut Vatican II.

Aline Lizotte

 


1Cf. Jacques-Olivier Boudon, L’Épiscopat français à l’époque concordataire, 1802-1905, Cerf, 1996.

2 – Denz 3054.

3 – Denz 3055.

4 – Position conciliariste bien connue depuis le Grand Schisme (cf. l’article sur le conciliarisme).

5 – Denz 3058.

6 – Cité par Gustave Thils, La primauté pontificale, Duculot, 1972, p. 143.

7 – Denz, 3064.

8 – On est encore sous l’influence de Bellarmin, qui qualifia l’Église de «monarchie», terme que Vatican II ne retint pas dans la désignation de l’Église, lui substituant le terme plus heureux de «communion».

9 – Mansi 52, 669 C.

10 – Mansi, 52, 574D- 575 A.

11Cf. Henri de Lubac, Catholicisme, Paris 1938, Paul NAU, Le magistère pontifical ordinaire, au premier concile­ du Vatican, Revue Thomiste, 1965, pp. 389-412. Dom Nau écrit : «Tout se passe – le fait n’est pas d’ailleurs inouï dans l’histoire des doctrines – comme si l’éclat même de la définition vaticane avait rejeté dans l’ombre la vérité jusque là universellement reconnue, disons plus, comme si la définition de l’infaillibilité du jugement solennel faisait désormais de celui-ci le mode unique, pour le souverain pontife, de présenter la règle de la Foi ».

12 – Mgr Vincent Gasser, rapporteur de la Députation de la foi, présentant à la 84e congrégation générale du 11 juillet 1870 le rapport qui explicitait le quatrième chapitre de la cons­titution Pastor Æternus, dit bien : «Infallibilitas beato Petro concessa in omnes Petri succes­sores transiit. Causa huius rei haec est, quod praero­gativa infal­libilitatis erat ordinaria in Petro, et cum primatu ipsius inseparabiliter connexa; proin­de cum plenitudine potestatis sui apostolatus transiit in sedem apostolicam, eiusque in hac sede suces­sores». (L’infaillibilité donnée au bienheureux Pierre se transmet à tous les successeurs de Pierre. La cause est celle-ci : la prérogative de l’infaillibilité est en Pierre ordinaire et connexe inséparablement de sa primauté ; en conséquence, comme la plénitude de son pouvoir apostolique est celle du siège apostolique, elle est aussi celle de ses successeurs sur ce même siège.) Mansi, LII,1203 D.

13 – Denz 3074.

14Ex cathedra n’est pas synonyme de «solennel». La proclamation d’un dogme (Immaculée Conception, Assomption) s’est faite solennellement, de sorte que personne ne peut ignorer, en cette matière, la vérité de foi. Ex cathedra veut simplement dire «de la chaire de Pierre», c’est-à-dire que le pape parle avec l’autorité que lui confère la parole du Christ qui garantit, en matière de la foi de l’Église, la foi de Pierre. On peut, par ailleurs, se poser la question : quand le pape parle-t-il ex cathedra ? Quand engage-t-il son autorité comme chef visible de l’Église en vertu du magistère pétrinien ?

15 – Gasser, M. LII, 1212 D.

16 – Gasser, M. LII, 1213 B.

17Ibid., 1213 D.

18 – «Nous ne séparons pas le pape de la coopération de l’Église, nous le séparons encore moins du consentement de l’Église bien que ce consentement, qu’il soit antécédent ou conséquent, ne soit pas une condition. Nous ne pouvons pas séparer le pape du consentement de l’Église, parce que ce consentement ne peut jamais lui manquer. Car comme nous croyons que c’est par l’assistance divine que le pape est infaillible, par là-même nous croyons qu’à ces définitions l’assentiment de l’Église ne peut lui faire défaut. En effet, il ne peut advenir que le corps des évêques se sépare de sa tête, et l’Église universelle ne peut errer. II est donc impossible qu’un obscurantisme général se répande sur les vérité les plus graves du moment et qui regardent la religion, ce que le synode de Pistoriensis avait dit.» Gasser, M. LII, 1213 D.

19 – «La vraie raison pour laquelle les évêques, même réunis en concile général, ne sont pas, sans le pape, infail­libles en matière de foi et de mœurs, est la suivante : que le Christ a promis cette infaillibilité à tout le magistère de l’Église, c’est-à-dire aux apôtres unis à Pierre en disant : « Je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles » (Mt 28,2) ; par conséquent, les évê­ques ne peuvent rien sans le pape. Mais, par ailleurs, en retournant la proposition, le pape ne peut-il rien sans les évêques ? Cette inversion ne vaut pas, puisque le Christ dit à Pierre seul : « Tu es Pierre » (Mt 16,18) ; « J’ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille poi­nt » (Lc 22, 32)». Ibid., 1216 C.

20 – «En second lieu, n’importe quel mode de proposer la doctrine ne suffit pas, même lorsque le pontife exerce la charge de pasteur et docteur suprêmes ; mais est requise l’intention manifeste de définir une doctrine, c’est-à-dire de mettre fin à des fluctuations concernant une doctrine ou une vérité à définir, en donnant une sentence définitive, et en proposant cette doctrine comme devant être tenue par l’Église universelle. Ce dernier élément est certes intrinsèque à toute définition dogmatique de foi et de mœurs, qui est enseignée par le pasteur et docteur suprêmes de l’Église universelle et doit être acceptée par l’Église universelle. Cepen­dant [toute définition] doit aussi exprimer d’une certaine manière cette propriété et note caractéristique d’une définition proprement dite, lorsqu’est définie une doctrine qui doit être reçue par l’Église univer­selle». GASSER, M 1225 C.

21Dei Verbum, II,n 10.

22Ibid.

23 – Gasser, op. cit., 1226A.

24 – Bien que le théologien puisse, en vertu de sa compétence, atteindre dans les limites d’une «intelligence captive dans la foi» à la certitude intrinsèque de ses conclusions, il ne peut en avoir la certitude extrinsèque qui dépend de l’acte du magistère. En effet le théologien peut commander le respect pour sa science, mais il ne peut à ses conclusions, si justes soient-elles, demander l’obéissance de la foi. Cela est la charge propre du magistère. Ajoutons que si la foi de l’évêque, dont l’enseignement en communion avec ses frères dans l’épiscopat et avec le pape fait partie du magistère, a besoin de la confirmation du magistère du pape, cela s’applique a fortiori à l’enseignement du théologien qui n’a pour lui que le magistère de sa compétence.

25 – Gasser, op. cit., 1226 D; 1227 B.

26Ibid. 1225 D.

27Cf. Card. Joannis-Bapt Franzelin, De Ecclesia Christi, Pro­paganda Fide, p. 110.

28 – En plus des dogmes révélés, sont comprises dans les vérités connexes les vérités qui, bien qu’elles ne soient pas en elles-mêmes révélées, ont avec elles une certaine cohérence et sont nécessaires pour garder le dépôt de la foi, pour l’expliquer de façon juste et efficace. Les vérités de ce genre sont ce que sont les faits dogmatiques sans lesquels le dépôt de la foi ne pourrait pas être gardé et enseigné. Ces vérités ne sont pas en elles-mêmes du dépôt de la foi, mais elles sont nécessaires pour le garder. Gasser, op. cit., 1226 B.

29 – «Il faut dire non seulement que le pape est infaillible dans les vérités de foi et de morale, quand il définit une doctrine touchant la foi et les mœurs, mais cette infaillibilité dont il jouit est celle dont jouit l’Église.» Ibid. 1227 A.

30Ibid. 1226 B.

31Dei Filius, c.3 ; Lumen Gentium, c.3, # 25.2.

32 – S. Th., Ia-IIae, q. 5, a.3.

33 – Franzeline écrit : «Solæ veritates a Deo revelatæ, quando sufficienter propositæ sunt, possunt ac debent credi fide divina; quia haec est assensus propter auctoritatem Dei revelantisFranzeline, op. cit., p.110.

34 Cf. notre article précédent : «L’Église panse ses blessures».

35 – Umberto Betti, Relations entre le Pape et les autres membres du Collège épiscopal, in L’Église de Vatican II, Cerf, coll. Unam Sanctam, p. 791.

36 – Relatio Kleutgen, Mansi, 321 B.

 

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