Franc-maçonnerie : loge de Marseille

Pour reprendre la Ghouta aux groupes rebelles qui en ont fait leur fief, le régime de Bachar el-Assad est déterminé à en finir coûte que coûte, quitte à recourir à un déluge de feu qui n’épargne pas les populations civiles quasiment prises en otage par les combattants djihadistes. Une situation dramatique, sur laquelle notre chroniqueur porte un point de vue nuancé.

La banlieue est de Damas – l’Ouest étant occupé par des montagnes peu peuplées – est une plaine anciennement agricole (sa partie nord s’appelle la Ghouta, un mot qui signifie «oasis») qu’une urbanisation anarchique a largement mitée (elle comptait avant la guerre quelque 350 000 habitants), au profit d’un habitat populaire depuis longtemps mécontent du régime et gagné aux idées islamistes.

Une situation très enchevêtrée

Dès le début de la guerre civile, elle a servi de base à de nombreux groupes armés pour lancer des attaques contre la capitale syrienne. Depuis 2012, offensives rebelles et contre-offensives loyalistes se succèdent, entraînant de nombreux morts dans une population civile qui se trouve dans l’impossibilité de fuir. La situation est très enchevêtrée et ne prête pas au manichéisme, même si l’on a pu, à juste titre, accuser Bachar d’avoir utilisé des armes chimiques contre les rebelles en août 2013, ce qui manqua déclencher une attaque occidentale.

À la complexité des factions locales s’ajoute celle des interventions étrangères, entre des raids de l’aviation israélienne, la présence de mercenaires russes, le renfort apporté à Bachar de milices chiites venues de divers pays, et même, peut-être, si l’on en croit le réseau Voltaire présent à Damas, des conseillers américains français et anglais auprès des rebelles. Aucune des nombreuses trêves décidées n’a jamais été respectée.

La population prise en otage

À ce stade, les forces rebelles n’occupent plus que deux enclaves dans l’Est damascène : la plus importante étant la Ghouta orientale, autour des villes d’Harasta et de Douma. Celle-ci est principalement occupée par deux organisations : Jaïch al-Islam (l’Armée de l’islam), d’inspiration salafiste (10 000 combattants), soutenue par l’Arabie Saoudite, et Faylaq al-Rahmane (la Légion du Tout Miséricordieux), plus «modérée», inspirée semble-t-il des Frères musulmans et parrainée par la Turquie et le Qatar (8 000 hommes). S’y ajoutent de petits groupes islamistes comme le Front al-Nosra, Hayat Tahrir al Cham (Al Qaeda en Syrie), Ahrar al-Cham…

Ces organisations tiennent la population en otage, n’hésitant pas à placer dans des endroits stratégiques des boucliers humains (y compris des enfants) dans des cages et bloquant par leurs tirs l’accès aux couloirs humanitaires. Des prisonniers ont été contraints de creuser des kilomètres de galeries permettant aux combattants de s’abriter.

Le pilonnage des quartiers chrétiens depuis la Ghouta

Or, de la Ghouta orientale partent chaque jour des tirs d’artillerie, de missiles, de mortiers lourds, en direction de la capitale, et notamment des quartiers chrétiens. Le 8 janvier, un tir a frappé le quartier de Bab Tuma, dans la Vieille Ville de Damas, causant de forts dommages à la paroisse latine de la Conversion de Saint-Paul, confiée au soin pastoral des frères franciscains. Le tir a également provoqué des dommages à la cathédrale maronite adjacente, construite en 1865. Le 22 janvier, une école du quartier chrétien était touchée, où l’on compta 9 morts et une vingtaine de blessés. Le 5 février, la zone du Patriarcat syro-orthodoxe, toujours dans le quartier de Bab Tuma, était visée, faisant au moins deux morts et trois blessés. Le tir est en outre tombé à proximité de la cathédrale syro-orthodoxe Saint Georges.

Il n’y a donc pas clairement les gentils d’un côté et les méchants de l’autre1 !

Jean-François Chemain

Photo : Mouneb Taim / Pacific Press / SIPA


1 – Je dois ces informations à Anne-Lise Blanchard, mère du fondateur de SOS Chrétiens d’Orient, qui revient de Syrie, et à un ami paroissien de Saint-Julien-le-Pauvre, où il croise de nombreux Syriens ayant conservé de la famille sur place. Mais, à part l’agence vaticane Fides, qui en parle ? Nos médias, derrière la monopolistique AFP, serinent d’une seule voix le même discours manichéen faisant du «régime de Bachar El Assad» le bourreau de la Ghouta.

 

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