Franc-maçonnerie : loge de Marseille

Le renouvellement de la Commission pontificale pour la protection des mineurs vient d’avoir lieu. Mgr O’Malley, archevêque de Boston, est reconduit comme président. En parallèle, Mgr Scicluna est désigné par le Pape pour enquêter sur les accusations de cover up visant Mgr Barros au Chili. La diplomatie vaticane prépare-t-elle un changement de cap dans son soutien à ce dernier ?

Depuis les articles du Boston Globe, à partir du 6 janvier 2002, sur le cover up du cardinal Bernard Law vis-à-vis d’un prêtre pédophile, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. L’Église a pris conscience de la gravité du problème et des répercussions sociales de ces problématiques.

Les dispositions prises par l’Église pour les affaires de pédophilie

La Congrégation épiscopale américaine, mise en cause, a établi suite à cette affaire une Charte pour la protection des enfants et des jeunes, et créé deux organismes juridiques : l’Office pour la protection de l’enfant et des jeunes (OCYP) et le National Review Board (NRB)1.

À Rome, le pape Jean-Paul II a créé un tribunal spécial, dépendant de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui étudie les dossiers et sanctionne les prêtres accusés d’agressions sexuelles sur des mineurs. Avec le motu proprio Sacramentorum sanctitatis tutela du 30 avril 2001, le Saint-Père a décrété que les évêques devaient, après enquête préliminaire, signaler les délits les plus graves commis contre les bonnes mœurs par les prêtres de leur diocèse à la Congrégation pour la doctrine de la foi.

Une fois élu pape, le cardinal Joseph Ratzinger – Benoît XVI –, sous l’influence de Mgr Charles Scicluna, privilégia, dans le cadre d’une politique de «tolérance zéro» envers les prêtres pédophiles, la sanction de la sécularisation.

En 2010, Benoît XVI demanda pardon pour la première fois explicitement aux victimes sur la place Saint-Pierre de Rome, devant 15 000 prêtres2.

En février 2014, le Comité des droits de l’enfant de l’ONU n’hésita pourtant pas à critiquer sévèrement le comportement de l’Église face aux abus sexuels, dans un rapport que le Vatican jugea partial, orienté et préparé à l’avance pour porter un coup à l’Église3.

Le 22 mars 2014, une Commission pontificale pour la protection des mineurs fut mise en place par le pape François. Le même mois, le Saint-Siège institua un tribunal spécifique, dépendant de la Congrégation pour la doctrine de la foi, pour juger les évêques qui auraient couvert des prêtres supposément coupables du délit de pédophilie.

Une Commission renouvelée mais contestée

La composition de la Commission pontificale pour la protection des mineurs vient d’être renouvelée par le pape François. Le cardinal Sean O’Malley, archevêque de Boston, est reconduit à la présidence de la Commission, accompagné par sept membres dont le mandat est renouvelé. Neuf personnes vont faire leur entrée dans la Commission, tandis que sept anciens n’ont pas vu leur mandat (qui se terminait fin décembre) reconduit.

L’objectif de ce renouvellement est de diversifier les continents et les pays représentés, afin de relever «le défi de créer, dans différents contextes culturels, des structures pour la protection».

La plupart des critiques adressées à la Commission concernent sa lenteur. Catherine Bonnet, une pédopsychiatre française dont le mandat n’a pas été renouvelé, déplore que plusieurs propositions concrètes (levée du secret pontifical, abolition du délai de prescription) soient restées sans réponse. Marie Collins, ancienne mandataire à la Commission, elle-même victime d’abus sexuels commis par des prêtres et ayant démissionné de la Commission en mars 2017, voit dans ce renouvellement une mise à l’écart «des membres les plus actifs et indépendants de la Commission».

Le renouvellement de la présidence du cardinal O’Malley à la tête de la Commission invite à réfléchir sur les problèmes médiatiques du récent voyage papal au Chili. Le cardinal semblait avoir pris position contre les propos de François manifestant son impatience face aux journalistes. Certains médias laissèrent alors entendre que le mandat du cardinal O’Malley ne serait pas reconduit lors de la prochaine nomination des membres de la Commission. On voit qu’il n’en a pas été ainsi. On peut même penser que l’intervention du cardinal de Boston n’a pas été faite sans que le pape ait été prévenu de cette initiative et du contenu de la déclaration et que, tout en montrant la sollicitude du pape pour les victimes, elle créait un certain espace de liberté pour lui permettre, si besoin était, de revenir sur sa décision concernant la nomination de Mgr Barros, évêque d’Osorno (Chili), à qui il est reproché de n’avoir pas dénoncé les abus sexuels d’un prêtre, le Père Fernando Karadima.

Parallèlement à ce renouvellement, le pape a mandaté Mgr Charles Scicluna pour qu’il se rende au Chili et à New York, afin d’entendre les témoignages accusant Mgr Juan Barros sur cette affaire. À New York, l’archevêque de Malte a rencontré Juan Carlos Cruz, une des victimes du père Karadima. «Pour la première fois, j’ai le sentiment qu’on nous écoute» a déclaré Juan Carlos. Je lui ai raconté des situations que j’ai vécues ou que d’autres ont vécues, et il pleurait, sincèrement» a-t-il ajouté en évoquant cet entretien.

Quelle sera l’attitude du pape François ?

Le renouvellement de l’archevêque de Boston à son poste de président de la Commission pontificale pour la protection des mineurs et l’envoi d’un des enquêteurs les plus efficaces du Vatican au Chili sont deux événements qui ne sont pas insignifiants. Il se peut que François, qui a demandé fermement qu’on lui donne des preuves que Mgr Barros connaissait les actes criminels du Père Karadima et qu’il n’en a rien dit, soit convaincu du contraire et qu’il change sa nomination. Il se peut aussi que le témoignage du Juan Carlos Cruz, si émouvant, échoue à montrer qu’il était présent à certaines gestes de Karadima. Au moment des faits, Juan Carlos Cruz était un enfant et Juan Barros un jeune adolescent.

On peut dire que l’on a vu ce que l’on n’a pas vu et ne pas avoir vu ce que l’on aurait dû voir ! Les témoignages des enfants en ces matières sont toujours extrêmement délicats. Quoi qu’il en soit, la nomination du Cardinal O’Malley à son poste de président de la Commission et l’envoi en mission de Mgr Scicluna montrent que le pape François maîtrise toujours très bien les événements et qu’il ne se laisse prendre ni d’un côté ni de l’autre.

Pierre Hardon

Photo : Servizio Fotografico OR / CPP / CIRIC

 


1 – Voir l’article «Le bouc émissaire», Aline Lizotte, 8 avril 2016 (catégorie Église).

2 – «Église : le Pape demande pardon pour la pédophilie», Jean-Marie Guénois, Le Figaro du 11 juin 2010.

3 – «L’ONU contre l’Église : un boomerang», Agnès Villié, 21 Février 2014 (catégorie Organismes Internationaux).

 

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