Laboratoire sans éthique

Un des premiers débats dans le cadre des États généraux de la bioéthique vient de se tenir à Angers. L’occasion de se faire une idée de la façon dont sont conçues ces rencontres et de diagnostiquer leur principale carence : l’absence totale de soubassement anthropologique.

À Angers, le 30 janvier 2018, se tenait la réunion “L’Assistance Médicale à la Procréation (AMP) pour tou.t.e.s ?”, dans le cadre des États Généraux de la Bioéthique, réunissant tous ceux qui voulaient bien y participer : environ deux cents personnes se trouvaient-là. Le journaliste Thierry Lardeux (Angers Télé) modérait le débat, tandis que quatre intervenants se partageaient les différentes spécialités : le maître de conférence en droit privé Magalie Bouteille-Brigant, de l’université du Mans, le docteur Pascale May-Panloup, du CHU d’Angers, Madame Caroline Delavoux, du collectif BAMP et enfin le Dr Miguel Jean de l’EREPL1.

Un débat divisé en plusieurs points techniques

Le débat était divisé en plusieurs parties. Tout d’abord, Monsieur Lardeux a lancé le sujet, suivi du docteur Jean pour introduire le propos. S’ensuivit alors un exposé rapide de la situation juridique et du cadre légal dans lequel évolue chacun des spécialistes. Un rappel des faits qui servait de base au débat.

Une fois ces formalités accomplies, la parole est aussitôt donnée à l’assemblée, sur quatre thèmes précis : la question des limites d’âge pour la Procréation médicalement assistée (PMA), tant maximum que minimum, la question du remboursement par la sécurité sociale, etc. Ensuite, un deuxième thème abordant la PMA pour les femmes seules. Puis un troisième pour aborder la question de la PMA dans le cadre d’un couple lesbien. Enfin le débat s’est conclu par le thème de la GPA, qui relève de l’AMP. À chaque thème étaient consacrées une vingtaine de minutes.

Un débat passionné, parfois excessivement

La majorité des personnes présentes dans l’assemblée étaient contre la PMA ouverte aux femmes seules et aux couples de lesbiennes, ainsi que contre la GPA. En témoignent les nombreux applaudissements chaque fois qu’une intervention allait dans ce sens. Bon nombre de personnes présentes dans la salle étaient engagées dans des associations (Manif pour Tous, veille bioéthique de l’évêché d’Angers et LGBT).

Le débat a suscité les passions, si bien qu’une des intervenantes, du collectif BAMP !, a soudainement, après une réaction épidermique suite aux propos d’un médecin généraliste, quitté la salle. “Elle a des obligations” a justifié le journaliste.

Si le débat s’est bien déroulé, l’atmosphère était visiblement tendue : le débat passionne, car il touche au plus profond de l’être humain, sa capacité à procréer tout autant que son avenir… Un débat passionné, qui s’est traduit par des rires, des moqueries quelquefois, et des applaudissements qui relevaient plus de la provocation qu’autre chose. Si bien qu’au bout d’un certain temps, le modérateur a demandé d’arrêter d’applaudir afin d’éviter les tensions. Cependant, on notera que le simple titre du débat ne pouvait que monter les personnes les unes contre les autres : imposer l’écriture inclusive aux yeux de tous, c’était déjà affirmer que le débat aurait une certaine tournure idéologique.

Un point manquant : l’anthropologie…

C’est le problème fondamental du débat d’Angers ! Aucun exposé sur l’Homme n’a été prévu pour poser le cadre philosophique et anthropologique du débat, alors qu’il est un préalable nécessaire à la compréhension des idées de chacun.

L’absence d’une telle question pour ouvrir le débat ne peut qu’être regrettée : en effet, aborder directement la question des limites légales d’âge qu’il faudrait imposer à la PMA, dès la première question, donnait la curieuse impression que l’on ne pourrait pas discuter sur le bien-fondé ou non de la PMA et de l’AMP en général, mais que l’on devrait juste se contenter d’en définir les modalités pratiques d’application.

Cette absence d’approche philosophique s’est d’ailleurs bien faite ressentir par les interventions de l’assemblée, où chacun a tenté sa propre approche : une personne a décidé d’inscrire sa question dans l’écologie intégrale, une autre a envisagé une approche plus historique, une dernière a essayé d’ouvrir le débat sur le droit à l’enfant… En somme, ces personnes ont tenté de donner un cadre sommaire pour étayer leur arguments sans que les intervenants soient capables de rentrer dans un véritable débat anthropologique et éthique. En conséquence, les discussions sont restées au niveau de l’émotion, basées sur une série de cas particuliers venant étayer le propos : “Qui êtes-vous pour juger ?” en vint à demander une jeune femme, émue.

En résumé, nous avons eu le bio… peu, voire pas l’éthique.

Conclusion

Il ressort de ce débat une certaine frustration puisque, justement, il n’a jamais été question de discuter de l’Homme, sujet fondamental dissimulé derrière ces questions. La limitation du débat à des questions techniques ou de droit n’a pas permis une véritable réflexion. L’échange s’est limité à l’exposé de situations particulières. Une limite maximum pour la PMA ? “La ménopause” disait un homme qui avait l’air dépité de cette question. Une limite minimum ? “On ne va pas faire une AMP a une fillette de douze ans” ajouta-t-il. Il est à craindre, pourtant, que c’est ce genre de réponse qui servira au travail du législateur…

Pierre Hardon

 


1 – Espace de réflexion éthique des Pays de la Loire.

 

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