Voyage du pape

De l’avion l’emmenant au Chili à celui qui le ramena à Rome après un intermède péruvien, le voyage du Pape en Amérique du Sud aura été l’occasion d’évoquer de nombreux sujets (problèmes sociaux, écologie, Indiens d’Amazonie, nucléaire). Un périple mouvementé, marqué par l’extrême ferveur péruvienne et par les problématiques chiliennes.

Le Pape François entamait, le 15 janvier, un voyage en Amérique du Sud. Le Chili et le Pérou l’ont accueilli, occasion pour le Pape argentin d’évoquer les nombreux problèmes qui touchent la région, l’Église et le Monde. En marge de ce voyage, durant les vols en avion, deux interventions du Pape ont donné lieu à une forte médiatisation.

Deux pays, deux accueils…

Pendant six jours, le Pape a parcouru la façade Pacifique de l’Amérique du Sud, en commençant par le Chili et en terminant par le Pérou. Deux pays dans lesquels les réalités sont particulièrement différentes : le Chili, marqué par des scandales d’abus sexuels commis par des prêtres, a subi une chute de la pratique religieuse catholique de 20 à 30 %1. C’est dans ce contexte difficile que le Pape François a confirmé l’installation de l’évêque Juan Barros dans le diocèse d’Orsono en 2015, alors que les médias soupçonnent ce prélat d’avoir couvert des cas d’abus sexuels.

Au cours du voyage, le Pape a défendu Mgr Barros devant les journalistes qui le pressaient de questions : «Le jour où vous m’apportez une preuve contre l’évêque (Juan) Barros, je vous parlerai. Il n’y a pas une seule preuve contre lui. Tout est calomnie. C’est clair ?» Une remarque qui ne s’adressait qu’aux protestataires, mais qui a provoqué de vives réactions chez les victimes.

Signe visible de la difficulté de cette étape du périple papal, les grandes messes n’ont pas attiré les foules (elles étaient, pour la plupart, remplies aux deux tiers). Les journalistes s’étonnent même du faible nombre d’Argentins, censés pourtant se mobiliser pour accueillir leur compatriote… «Les Argentins iront saluer et démontrer leur affection au Pape François au Chili»2 affirmait l’Agence Fides le 8 janvier.

À côté de cette étape chilienne, le Pape a retrouvé ses thématiques de prédilection au Pérou, évoquant les exploitations minières, les problèmes environnementaux, le sort des indigènes d’Amazonie, etc.

Les peuples indigènes ont été particulièrement soutenus par le Pape : «La présence et la voix du Pape constituent une consolation pour nous tous et nous sommes pleinement d’accord lorsqu’il dit que le cri des pauvres est le cri de la Pachamama, la Terre Mère. Nous, Andins, nous pensons que la terre est un être vivant, qui prend soin de nous et nous accueille jusqu’à la mort» a affirmé à l’agence Fides sœur Patricia Ryan, membre d’une ONG d’inspiration chrétienne. Le Pape, pour sa part, a affirmé : «Leur “cosmovision” et leur sagesse ont beaucoup à nous apprendre3», se référant ainsi au syncrétisme des premiers chrétiens, qui se servirent de tout ce qui pouvait être bon dans les anciens cultes et rejetaient tout ce qui ne correspondait pas à la foi chrétienne.

Au Pérou, l’accueil a été joyeux et intense ; les rues étaient remplies. À Lima, c’est devant 1,3 million de personnes que le Pape a exhorté les Péruviens à être «les Saints du XXIe siècle». À l’image du prophète Jonas, il les a invités à s’arrêter de fuir la présence de Dieu pour suivre ses pas4.

Un message au monde : le désarmement des arsenaux nucléaires

Dans l’avion qui l’emmenait au Chili, première étape de son voyage, le Pape a montré devant les journalistes la photo d’un enfant japonais portant son frère mort sur les épaules, après l’attaque des civils de Nagasaki à l’arme atomique. Joignant la parole au geste, il déclara : «Le fruit de la guerre».

Lors de ses vœux au corps diplomatique du Vatican, le Pape avait cité saint Jean XXIII, dans Pacem in Terris : «La justice, la sagesse, le sens de l’humanité réclament par conséquent qu’on arrête la course aux armements ; elles réclament la réduction parallèle et simultanée de l’armement existant dans les divers pays, la proscription de l’arme atomique».

Une nouvelle fois, le Saint-Père a délivré son message invitant les nations à se séparer de leurs armes nucléaires. Cette déclaration a provoqué des réactions contrastées.

«Je pense que nous sommes à la limite […] J’ai vraiment peur. Il suffirait d’un accident pour tout précipiter5» a affirmé le Saint-Père, devant les journalistes : une crainte exprimée par rapport au nombre de pays qui possèdent l’arme nucléaire. Toujours à l’occasion de ses vœux au corps diplomatique, le Pape affirmait qu’au-delà des armes nucléaires, il espère, un jour, obtenir «le désarmement intégral», qu’il estime être le pendant nécessaire du «développement intégral6».

Si la destruction des armes nucléaires demeure un objectif face au danger qu’elles représentent, le Pape se heurte toutefois à la réalité de la géopolitique des États et des intérêts stratégiques de chaque nation.

Le mariage à 10 000 mètres au-dessus du sol

Le Saint-Père a profité du vol de retour vers l’Italie, pour marier un steward et une hôtesse de l’air, unis civilement depuis huit ans et parents de deux enfants. Il s’agit là d’une opération de communication minutieusement préparée7 par le Vatican, mais qui a provoqué un malaise chez certains catholiques. Plus que la véritable intention, c’est la perception de cette intention qui laisse un étrange sentiment aux indécis.

Certains des sceptiques ont critiqué le caractère «express» du mariage. Le mariage dans l’avion est une exception, que le Pape peut s’autoriser en estimant que les mariés étaient prêts et préparés, ne remettant pas pour autant en cause l’intégralité de la discipline demandée aux catholiques.

In fine, ce voyage du Pape en Amérique du Sud aura soulevé de nombreux sujets et fut marqué par des polémiques qui ont émaillé son parcours. Nucléaire, pédophilie, environnement, indigènes d’Amazonie, mariage… un agenda très chargé !

Pierre Hardon

Photo : Alessandra Tarantino / AP / SIPA


1Le Figaro du 16 janvier 2018.

5Europe 1.

6Zenit.

7Emol.

 

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