Starmania et l'IKW

Un des spectacles les plus joués au monde, avec des chansons parmi les plus célèbres du répertoire francophone, Starmania, sait poser les bonnes questions mais ne peut y apporter de réponses. Tout aurait été bien différent si Michel Berger avait pu faire l’IKW !

Il y a quelques jours, dans la pudeur et la dignité, s’éteignait la voix de France Gall. Égérie de Michel Berger, elle incarnait le personnage de Cristal dans l’opéra rock Starmania qui a révolutionné le monde des «musicals» à la fin des années 1970. Ce spectacle a marqué plusieurs générations, tant par sa nouveauté musicale que par les paroles de son livret.

Des textes d’une portée prophétique

On donne aux textes de Starmania une valeur prophétique et presque intemporelle dans la dénonciation des excès d’une société urbanisée, affairiste, violente et sans espoir, où tous les personnages sont en quête d’un véritable bonheur humain.

«Tout c’qu’on veut c’est être heureux / Être heureux avant d’êtr’ vieux / On n’a pas l’temps d’attendre d’avoir trente ans» (Chanson Quand on arrive en ville, interprétée par Daniel Balavoine, texte de Luc Plamondon)

«Pourquoi Je vis ? Pourquoi je meurs ? Pourquoi je ris ? Pourquoi je pleure ? Voici le SOS d’un terrien en détresse / J’ai jamais eu les pieds sur Terre, j’aim’rais mieux être un oiseau, J’suis mal dans ma peau…» (Chanson SOS d’un terrien en détresse, interprétée par Daniel Balavoine, texte de Luc Plamondon)

«Qui nous dira, ce qu’on fait là, dans ce monde qui ne nous ressemble pas.» (Chanson Petite musique terrienne, interprétée par Fabienne Thibeault, texte de Luc Plamondon)

«Qu’est-ce que j’vais faire aujourd’hui ? Qu’est-ce que j’vais faire demain ? C’est c’que j’me dis tous les matins / Qu’est-ce que j’vais faire de ma vie ? Moi j’ai envie de rien / J’ai juste envie d’être bien / J’veux pas travailler juste pour travailler / Pour gagner ma vie comme on dit / J’voudrais seul’ment faire Quelque chos’ que j’aime / J’sais pas c’que j’aime, c’est mon problème.» (Chanson La serveuse automate, interprétée par Fabienne Thibeault, texte de Luc Plamondon)

Un diagnostic d’une grande justesse

Ces textes ont touché par la justesse de leur diagnostic : une analyse de la tristesse de personnages qui cherchent le bonheur dans le bien-être et enchaînent les déceptions et les désillusions. Les personnages sont sincères, souvent sombres et criants de vérité sur la société d’aujourd’hui : ils posent des questions profondément humaines, mais n’ont pas de réponses, pas plus qu’ils ne se donnent les moyens de les trouver, car ils ne savent pas ce qu’ils aiment : «c’est leur problème !». Ils sont conditionnés par leurs émotions, qui limitent leur connaissance à une vision subjective… et très affective. Pourtant, comme tout homme, c’est à la vérité qu’ils aspirent pour guider leur existence.

Qui est l’homme ?
Qu’est ce que le bonheur humain ?
Comment agir pour être heureux ?
Comment vivre pleinement sa condition et sa situation ?
Comment être libre ?
À ces questions fondamentales posées par les personnages successifs de Starmania, il y a des réponses, ou du moins un chemin pour les trouver dans ce qui fait la singularité de chaque personne humaine. Ce chemin est éclairé par les lumières de la vérité universelle, qui aident l’homme dans son intelligence et sa volonté à discerner ce qui est bon pour lui, non seulement en termes de bien-être mais surtout en ce qui le perfectionne : ce qui lui donne pleinement sa dignité d’être humain et le conduit au bonheur.

Les personnages de Starmania se cassent les dents sur un écueil majeur : celui de limiter le bonheur à la quête d’un bien-être qui, quoique souvent rempli de bonnes intentions altruistes, ne sort pas fondamentalement du cercle individualiste. Ce faisant, ils confondent bonheur et réussite, en cherchant dans le fini à satisfaire leur besoin d’infini, de vrai, de bon, de beau. Ils attendent de la société un confort, une sécurité et une forme de jouissance qui, lorsqu’ils les obtiennent, les laissent toujours insatisfaits, car il y manque une dimension fondamentale : le véritable Bien auquel aspire tout leur être, qui seul est capable de leur donner la joie profonde du bonheur.

La nécessité d’une anthropologie adéquate

C’est à ces questions fondamentales que tente de répondre l’Institut Karol Wojtyla par une formation à une anthropologie adéquate. Ces mots semblent difficiles, et pourtant ils résument par leur acuité une chose qui est oubliée, reléguée à l’heure de la prééminence de la description scientifique : le réel. Il ne s’agit pas tant de décrire par des équations et des mesures que d’appréhender de la façon la plus complète possible ce qu’est une personne humaine, ce que recouvre le mystère de sa singularité et de sa liberté pour apprendre comment agir, en d’autres termes comment être heureux.

Ne nous y trompons pas, ce bonheur va au-delà du bien-être, il est exigeant et passe par des choix, des efforts et des sacrifices qui n’ont pas bonne presse ; il est pourtant la clé de la véritable joie : celle de l’homme qui accomplit le bien parce qu’il le connaît et le choisit et se donne les moyens de l’atteindre.

Au «SOS d’un terrien en détresse», nous pouvons répondre qu’il est possible d’être heureux même dans le monde de Monopolis.

Bienvenue à l’IKW !

Jérôme Fouquet

Photo : Boccon-Gibod / SIPA

 

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