Fécondation in vitro

Qu’attendre d’un président dépourvu d’une vision de l’homme et affronté à la question de la révision des lois de bioéthique, alors que tant de voix et d’organismes influents promeuvent une nouvelle avancée sur les questions de PMA et de GPA, et sur l’euthanasie ? Tout laisse à penser que le discours de la Manif pour Tous (la loi Taubira, première étape vers la PMA puis la GPA) sera vérifié.

Que fera Emmanuel Macron sur la PMA ? Le 15 octobre dernier, sur TF1, le Président était resté flou, renvoyant la question à la révision des lois de bioéthique, dont les États généraux ont été lancés le 18 janvier. Or, comme le soulignait Tugdual Derville, délégué général d’Alliance Vita, au micro de Sud-Radio (le 12 janvier), «en France, les révisions de la loi [de bioéthique] ne cessent de casser les digues successives censées contenir les dérives ; comment ce qui était injuste hier peut-il être souhaitable aujourd’hui ?»

L’incessante dérive transgressive

Il y eut les lois de 1994, puis de 1999, puis de 2004, puis de 2011. À chaque fois, le gouvernement est allé plus loin dans la transgression, faisant mine d’encadrer des dérives qu’il légalisait et posant des pseudo-barrières éthiques donnant l’apparence d’une légitimité morale, pour mieux les retirer ensuite. S’abritant derrière les avis du Comité Consultatif National d’Éthique (CCNE), dont les avis varient au fil des ans, l’État entérine et accompagne des pratiques inimaginables il y a encore quelques années : pas de PMA, jurait-on lors des débats sur le mariage pour tous, pas de GPA, affirme-t-on ensuite pour mieux faire passer la PMA, oui à une GPA éthique, clament enfin les zélateurs de la marchandisation de l’enfant.

Sur la forme, Emmanuel Macron sait que la PMA est une question délicate, et il estime préférable de ne pas brutaliser les consciences ni humilier l’électorat conservateur, comme l’avait fait François Hollande en 2013. Il recherche donc l’apaisement, mais à quel prix ?

Sur le fond, le Président ne semble pas guidé par une quelconque vision de l’homme, et c’est bien cela le plus grave. Rien n’indique, pour l’instant, qu’il renoncerait à étendre la PMA aux femmes seules ou en couple avec une autre femme. Ce qui est en train de se passer légitime totalement le discours de la Manif pour Tous  : la loi Taubira n’était que la première étape vers la PMA puis la GPA.


La mère et l’enfant sont des personnes, sujets de droits, et il existe une différence, capitale en droit, entre les personnes et les biens


À ce sujet, une tribune publiée dans Le Monde du 16 janvier dernier exige, sous la plume d’un collectif emmené par Élisabeth Badinter, Irène Théry et Pierre Rosanvallon, de reconnaître les GPA faites à l’étranger et d’ouvrir le débat sur la légalisation des mères porteuses. Comme le souligne Sylviane Agacinski dans une réponse collective publiée deux jours plus tard dans le quotidien du soir, «une telle transaction commerciale est contraire aux droits de la personne humaine et s’apparente à une forme de corruption. De corruption en effet, puisqu’elle attribue une valeur marchande et à l’enfant et à la vie organique de la mère de substitution. Car l’un et l’autre sont des personnes, sujets de droits, et il existe une différence, capitale en droit, entre les personnes et les biens».

Une forme moderne d’esclavage

Les promoteurs de la GPA savent qu’ils n’auront pas gain de cause tout de suite. Du coup, ils préfèrent faire passer la GPA par la petite porte, en demandant l’établissement, à l’état-civil français, de la filiation établie à l’étranger lors du recours à des mères porteuses. Cela reviendrait à reconnaître les effets d’une pratique que la France continue de sanctionner pénalement sur son propre territoire. On nage en pleine hypocrisie !

Sur le fond, la GPA revient à nier la relation qui unit l’embryon, puis le fœtus, à celle qui le porte. Comme le souligne Sylviane Agacinski, «on ne fait pas un enfant seulement avec des gènes» (Le Monde, 18 janvier 2018). Ce n’est pas pour rien qu’en droit français, c’est l’accouchement qui fait la mère. En effet, les échanges sont nombreux entre l’embryon et celle qui le porte : oxygène, nutriments, anticorps, c’est une profonde alchimie qui se tisse entre la mère et l’enfant, sensible à la voix, aux sons, à la langue et aux émotions de sa mère. En faire un acte purement marchand et comparer le ventre des femmes à un four qui couverait, contre rémunération, un embryon pour le porter à terme, procède d’une forme moderne d’esclavage qui devrait révulser toutes les féministes.


Comment une femme peut-elle accepter une telle violence physique et psychologique si ce n’est sous l’empire d’une nécessité économique ?


La question du consentement pose aussi problème. Les promoteurs de la GPA objectent que les mères porteuses sont consentantes et l’ont exprimé dans une convention. Mais on connaît la valeur d’un tel consentement mû par la nécessité économique. Combien de femmes seraient mères porteuses si elles étaient milliardaires ? Comment une femme peut-elle accepter une telle violence physique et psychologique si ce n’est sous l’empire d’une nécessité économique ?

PMA : de nombreux dégâts collatéraux

En attendant, c’est la PMA qui nous menace au premier chef. Instaurer la PMA au profit de femmes seules ou de couples de femmes, revient à légitimer le droit à l’enfant. Dès lors, rien n’empêche une femme de 75 ou 80 ans de demander une PMA afin de satisfaire son désir d’être mère. On crée ainsi des générations d’enfants délibérément privés de père qui, un jour, demanderont des comptes à leurs géniteurs.

Se pose aussi la question de l’anonymat du don de gamètes. Une histoire a récemment défrayé la chronique et montre la difficulté dans laquelle s’est embarqué le législateur : afin d’éviter une marchandisation des produits du corps humain, la loi de 1994 avait établi le principe de l’anonymat et de la gratuité du don de gamètes et sanctionné pénalement toute démarche visant, pour un enfant issu d’une PMA avec tiers-donneur, à connaître son géniteur. Cependant, le 15 janvier dernier, Arthur Kermalvezen, Français de 34 ans issu d’une PMA, révélait avoir retrouvé son père biologique grâce à Internet. Au nom du droit à l’accès aux origines, il demande aujourd’hui une modification de la législation. Mesure-t-on les effets d’une telle mesure au bénéfice de toutes les personnes déjà nées issues d’une PMA ? Combien sont-elles ? Chaque année, 3 % des naissances sont issues d’une PMA, certes réalisée à partir des gamètes des deux membres du couple dans la majorité des cas. Mais, en cas de levée de l’anonymat, on va vers des difficultés et des traumatismes de tous ordres, sans compter un possible tri eugéniste des gamètes en fonction de l’identité de leur donneur. Pourra-t-on refuser une PMA si elle est exigée avec le sperme spécifique d’un chanteur connu ou d’une vedette du show-biz ?

Enfin, on ne peut faire l’impasse de la question de la solidarité nationale. Est-ce le rôle de la médecine de réaliser des PMA non pour des couples infertiles, mais pour des personnes qui ne peuvent avoir d’enfants en raison de leurs choix personnels ? «Financer leur PMA à des femmes qui sont biologiquement fertiles, alors même qu’un Français sur trois renonce à se soigner faute d’argent, et que le nombre de maternités a été divisé par trois en quarante ans, c’est détourner de l’argent public à des fins privées», avance à juste titre Marianne Durano dans Le Figaro (24 janvier 2018).

Le débat actuel sur les lois de bioéthique ne peut faire l’impasse d’une telle réflexion. Il faudra pour cela instaurer un rapport de forces avec le gouvernement afin de le faire fléchir. D’autres sujets aussi graves sont à l’ordre du jour des États généraux de la bioéthique, par exemple l’euthanasie, sans qu’on en sache réellement plus sur les intentions du gouvernement. Dans tous les cas, ce sera un test de vérité qui montrera (ou pas) au grand jour l’idéologie qui anime nos dirigeants.

Benoît Dumoulin

Photo : Florence Durand / SIPA

 

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