Boussole aux limites de l'absurde

En cette quinzaine qui rend présent à notre mémoire l’un des plus grands événements de l’histoire, la naissance dans une chair humaine du Fils de Dieu qui s’est fait l’un des nôtres, pour que nous devenions l’un des siens, j’ai été frappée par le grand nombre de faits relatés par les médias. Tous montraient par l’absurde jusqu’à quel point notre humanité avait besoin d’être sauvée. Car tous indiquaient jusqu’à quel point, au fil des ans, nous risquons de perdre la boussole et de nous laisser prendre par des manières de faire et d’agir qui montrent que nous tombons peu à peu dans une indifférence devant l’absurde. Trois faits ont provoqué un simple haussement d’épaules ; trois faits qui devraient nous conduire aux limites de l’inacceptable.

Une Femen au vatican !

Une Femen tente de s’emparer de la «crèche de l’enfant-Jésus» érigée place Saint-Pierre, sur l’esplanade du Vatican. Aux cris de «Dieu est une femme», elle tente de brandir son trophée. Immédiatement ceinturée par la Garde vaticane, se débattant et hurlant, comme une hystérique, elle est finalement revêtue d’une tunique grise et amenée au poste de garde. Un procès-verbal est dressé contre elle. La scène est loufoque ; la signification ne l’est pas.


Mépriser la dignité de l’homme et de la femme, c’est travailler à la désintégration d’une société humaine et de la civilisation


Qu’est-ce que ces Femen1 féministes extrêmes, provocatrices habituelles, ces femmes qui s’exhibent les seins nus, bariolés de hashtag2.Le hashtag est le signe #, un signe cliquable, qui renvoie à un mot clé. Il est devenu le raccourci d’une expression forte qui provoque l’attention. Cette Femen avait écrit sur sa poitrine nue : Dieu est une femme.

Dans le contexte médiatique actuel de la dénonciation outrée, et souvent vulgaire, du «harcèlement» sexuel, la parade de cette Femen ne pouvait passer inaperçue. Mais que représente-t-elle ? En quoi cette sorte de féminisme peut-elle prétendre devenir le porte-parole des toutes les femmes ? Fondée sur la revendication légitime de la protection de la dignité de la femme, cette lame de fond s’est laissé déborder par sa propre idéologie. Vouloir et travailler au respect intégral de la femme ne se fait pas en rabaissant la masculinité. À écouter et à voir au travail les idéologies qui animent ces revendications, on remet en cause dans ses profondeur la valeur et la dignité du sexe masculin. C’est la lutte fondamentale du gender : travailler à éliminer l’hétérosexualité comme fondement dominateur de notre culture occidentale. L’homme et la femme doivent devenir uniquement des «corps», lieu de jouissance pure sans aucune indication de «sexe». La meilleure façon d’y parvenir est de dénoncer par tous les moyens possibles la «domination» masculine, sa «violence» libidinale, sa prétention à s’imposer et même à ridiculiser l’intimité de son corps. Qu’y gagnerons-nous ? Tout simplement la spoliation de la valeur de la paternité et, à court terme, la dévaluation de la responsabilité masculine. Quand on aura réduit l’homme à ne pas valoir plus qu’un porc que l’on balance, on aura conduit la femme à n’être qu’une cochonne que l’on exploite. Les deux termes sont relatifs, ne l’oublions pas. Le respect de la dignité de la femme passe non seulement par la valorisation de la féminité comme apport indispensable à l’équilibre d’une société humaine, mais encore par la reconnaissance effective de la responsabilité de l’homme comme principe du don conjugal l’incitant à devenir avec la femme en elle et par elle, l’unique principe de l’enfant : ‘ils seront un en une seule chair’. Mépriser ces valeurs, c’est travailler, secrètement ou publiquement, à la désintégration d’une société humaine et de la civilisation.

Le rapport de la Commission royale de l’Australie sur la pédophilie

Il était très attendu. Devant les problèmes de l’extension de la pédophilie en Australie, il ne pouvait en être autrement. Nous finissons par y être habitués : l’Église catholique en prend un coup, même si l’on prend le soin de dire qu’il n’y a qu’une petite proportion des prêtres qui sont impliqués dans des actes de pédophilie. Cependant, la Commission royale donne ses conseils. Ils ne sont pas originaux, mais ils méritent d’être entendus. Le premier consiste à demander à l’Église catholique de renoncer à imposer le célibat à ses propres ministres. Le second incite les évêques à demander au Pape que les prêtres soient exemptés du secret de la confession lorsque qu’ils entendent les confidences des pédophiles.


Que faisait donc la société dans les années 70 quand l’érotisation de l’enfant était étalée dans la presse écrite ?


Les motifs de ces demandes sont bien exposés dans l’éditorial du magazine The Tablet, dans son numéro du 23/30 décembre qui reconnaît que la situation n’est pas unique en Australie : «Enquête après enquête, des États-Unis, de l’Irlande et en Australie, on assiste à une culture où la protection du bon renom de l’Église a toujours été le premier souci, le bien-être des prêtres, le second et ce n’est qu’en troisième lieu que l’on s’occupait de l’enfant». On l’entend et on le répète ! Sans même s’apercevoir que cette accusation est parfaitement injuste, dans la mesure où l’on juge du passé en s’appuyant sur le présent ! Que faisait donc la société dans les années 1970 où, dans les journaux, livres et revues, où l’on louait à tour de bras l’érotisation de l’enfant, où l’on acclamait les grands noms de la littérature qui exposaient sans restriction leurs aventures pédérastes ? Que disait-on quand, dans Le Monde, on pouvait lire un article de Gabriel Matzneff3 : «Une relation amoureuse, dès lors qu’elle est fondée sur la confiance et la tendresse, est le grand moteur de l’éveil spirituel et physique des adolescents. Les perturbateurs des moins de seize ans ne sont pas les baisers de l’être aimé, mais les menaces des parents, les questions des gendarmes et l’hermine des juges». La société se souciait-elle des enfants ?

Cette fois-ci, cependant, la Commission royale va plus loin que ne l’ont été les commissions Ryand et Murphy en Irlande, mais adopte la colère du premier ministre de l’Irlande, Enda Kenny, qui en septembre 2011 risqua la rupture diplomatique entre son pays et le Vatican en annonçant sa volonté d’obliger les prêtres à dévoiler le secret de confession de personnes avouant des actes de pédophilie.

Sans aucunement penser que les sociétés des années 1970 ont probablement une plus grande responsabilité dans l’extension de la pédophilie depuis le libéralisme des années 1960, les enquêtes qui se succèdent sur cette question accumulent accusations et proposent toujours les mêmes remèdes : la fin du célibat des prêtres et la libération du secret de confession. Naïveté ou concertation ? La fin du célibat des prêtres est une hypocrisie, comme s’il ne se produisait de cas de pédophilie qu’à l’intérieur de l’Église catholique et qu’on en trouvait que quelques-uns dans toutes les autres confessions religieuses. Il suffit de lire le rapport américain du John Jay College4 pour voir que toutes les congrégations religieuses font face au même problème, même si leur clergé est, à part entière ou partielle, un clergé marié. Et il faut aussi être aveugle pour penser que le problème de l’abus sexuel ne se trouve que dans le clergé et que les familles en sont exemptes ! Et que font donc les gouvernements devant ces problèmes, et surtout devant les problèmes de pédo-pornographie qui impliqueraient des millions d’enfants ? Silence !


Mettre en balance l’obligation absolue du secret de la confession, c’est ajouter à l’ignorance un mépris de la vérité de la miséricorde sacramentelle


Cependant, mettre en balance l’obligation absolue du secret de la confession, c’est ajouter à l’ignorance un mépris de la vérité de la miséricorde sacramentelle que l’Église catholique doit préserver. Et c’est aller vers un affrontement certain. Si l’Église catholique veut demeurer ce qu’elle est, elle ne renoncera jamais au secret de la confession, cela malgré toutes les pressions de toutes les formes de gouvernement, socialistes ou libéralistes, démocratiques ou tyranniques, la personne humaine n’est pas une création des gouvernements quels qu’ils soient ; elle ne leur appartient pas. La personne humaine s’appartient à elle-même et elle appartient à Dieu. Et elle a le droit absolu d’un recourt secret à Dieu quels que soient ses péchés ou ses crimes. Il faudrait que nos gouvernements arrêtent de se prendre pour les «princes de ce monde». Même celui qui a la prétention d’y arriver est vaincu par la vérité de la Puissance de Dieu dont le principe est l’Amour infini. Au lieu de nous abreuver d’enquêtes la plupart du temps honnêtes et légitimes qui s’accumulent dans les Instituts de recherches – le rapport royal de l’Australie s’étale sur 7 volumes – il faudrait que les recherches s’orientent vers une description des problèmes autres que les analyses très poussées des cas. Pourquoi tant de pédophilie et d’incestes en notre époque ? Quelles en sont les causes profondes ? La psychologie contemporaine ne le sait pas trop ? La psychologie forensique patine, mais elle arrive timidement à pouvoir dire que la cause la plus profonde serait probablement l’affaiblissement de la famille et les graves carences des relations de l’enfant avec la mère5 ! Peut-être ! De quoi faire réfléchir.

L’âme immortelle, une notion non chrétienne !!!

Le National Catholic Reporter du 9 décembre dernier publiait un article intitulé It’s time for Christianity to re-emphasize resurrection of the body (C’est le temps pour le christianisme de souligner de nouveau l’importance de la résurrection du corps). Pour y parvenir, souligne l’article, qui se réfère à un professeur de théologie, Shirley Guthrie Jr., et à son œuvre principale Christian Doctrine, une nouvelle édition de 1974 complétée chez Westminster John Knock Press, (Louiseville, London), il faudrait que le christianisme renonce à enseigner que l’âme humaine est immortelle. Cette doctrine n’est pas chrétienne. Elle ne l’est pas non seulement parce que le concept de l’âme et sa définition viennent du païen Aristote, qui enseigne l’incapacité de corruption du νουσ (l’esprit), mais parce qu’elle contredit la foi en la résurrection du corps. Dieu seul est immortel, nous dit-on ! La résurrection des corps est une grâce divine que Dieu accorde à qui il veut. Nous ne ressuscitons pas parce qu’il y aurait en nous une partie de nous qui serait incorruptible, mais parce que Dieu nous ressuscite. Voilà les conséquences d’un protestantisme ambiant ! Nous sommes “miséricordiés” parce que Dieu nous fait miséricorde et nous impute la justice du Christ, et non parce que nous sommes transformés par la grâce du baptême et réconciliés par le sacrement du pardon. Mais cette grâce, Dieu l’impute à qui il veut ! Ainsi nous ressusciterons parce que Dieu nous ressuscitera comme conséquence d’un amour électif de ce que nous sommes ! Oui, bien sûr la résurrection est la conséquence de la volonté divine, comme cause première et universelle. Et elle est aussi la conséquence de la Rédemption apportée par le Christ à toute l’humanité. À toute l’humanité, cela veut dire à toute chair, qu’elle entre dans la Vision béatifique ou qu’elle aille dans les ténèbres de la damnation éternelle. Cette ultime destination ne vient pas d’un choix électif et prédestiné de Dieu, mais d’une réponse libre et responsable de l’homme face à l’amour divin.

Cependant, la résurrection ne prouve pas l’immortalité de l’âme, laquelle est une vérité naturelle qui se déduit de l’essence des facultés spirituelles de la personne, intelligence et volonté. Qu’il y ait eu, ou non, rédemption, l’âme humaine ne pouvait pas être anéantie par la mort. Quel aurait été son destin ? Cela, Aristote n’a pu nous le dire ! Mais ce qu’il nous a dit sur la nature spirituelle de l’âme intellective est d’un grand secours pour pouvoir affirmer que la vérité de foi qu’est la résurrection ne tient pas d’un mythe, d’une croyance sans fondement, d’une eschatologie spiritualiste. Cette vérité donne à ce que l’homme voit et comprend de lui-même une réponse plus complète, une lumière plus vive, une espérance plus forte. Une plénitude de vérité.

Mépriser la raison pour atteindre la foi est un chemin de traverse. La Réforme luthérienne a voulu s’y engager. Mais la foi catholique le prévient que ce chemin est sans issue. Dommage qu’un journal qui se dit catholique se fourvoie ainsi !

Aline Lizotte

 


1Wikepedia en donne une brève description : «Femen (aussi écrit FEMEN, en ukrainien : Фемен) est un groupe féministe d’origine ukrainienne, fondé à Kiev en 2008 par Anna Hutsol, Oksana Chatchko et Alexandra Chevtchenko. Le mouvement est actuellement représenté dans 8 pays. Sa présidente à l’international est Inna Shevchenko. Le groupe devient internationalement connu en organisant des actions, essentiellement seins nus avec des slogans écrits sur le corps, dans le but de défendre les droits des femmes, ce qui le conduit aussi à s’impliquer sur plusieurs autres sujets, notamment pour la démocratie et contre la corruption, la prostitution ou encore l’influence des religions dans la société, au départ uniquement dans l’Ukraine post-soviétique. Les militantes de Femen sont adeptes d’un féminisme radical qu’elles appellent ‘sextrémisme’. Le mouvement Femen s’affirme athée, antireligieux, et reproche à la laïcité d’être ‘une façon d’accepter l’inacceptable.’ »

2 – Le hashtag, appelé mot-clic ou mot dièse en français, permet de transformer en lien cliquable un sujet de discussion. En d’autres mots, le hashtag permet de catégoriser des sujets en un seul clic. Rien de mieux qu’un exemple concret : vous visitez le zoo de Granby et écrivez à vos contacts sur Twitter : «Nous avons beaucoup aimé notre visite au #zoodeGranby».

3Le Monde, 29/06/1977.

4 – John Jay College, Context for the Study of Sexual Abuse of Minors by Catholic Priest, in the United States (les deux rapports, celui de 1950 et celui de 2010). Ils sont disponibles sur le site de l’Épiscopat américain.

5 – Cf. entre autres, les études de Charles W. Socarides, The Mind of the Paedophile, Psychoanalitic Perspectives, Karnack, London.

 

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