Noël et fin des temps

Noël, fête de la joie, célèbre la naissance de notre Sauveur ; les chrétiens le savent bien, mais tant de nos contemporains l’ont oublié. Durant les premières semaines du temps de l’Avent, la liturgie de l’Église ouvre, chaque jour, l’office divin avec cette antienne pour le psaume invitatoire : «Regem venturum, venite adoremus» (Venez, adorons le Roi qui va venir). Rappelons-nous que la liturgie n’est pas un simple souvenir nostalgique du passé ; c’est un mémorial, qui, dans l’action de grâces, rend présents tous les événements de la vie du Seigneur. Mais, en même temps, elle tourne nos esprits vers l’avenir, vers l’éternité, dans l’attente de la réalisation définitive du mystère du Salut, comme les Juifs attendent la restauration de Jérusalem. Ainsi, comme le chantent de nombreuses antiennes, c’est toujours «aujourd’hui», «hodie». Jésus est déjà venu, Il est présent, mais Il vient sans cesse, et Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts, nous le professons chaque dimanche. Il viendra comme un roi, celui qu’Il nous donne Lui-même à contempler et à méditer dans la grande fresque du jugement dernier (cf. Mt 25, 31-46).

Celui que nous attendons est roi. Dieu est roi, son Fils est donc également roi : les prophètes Lui donnaient le titre de «Prince de la paix», Il est roi de l’univers. Mais qu’est-ce qu’un roi ? Demandons à saint Thomas d’Aquin (cf. Somme de théologie, IIa IIæ, q. 102, a. 2) de nous éclairer : «Il appartient à ceux qui sont constitués en dignité de gouverner leurs sujets. Gouverner, c’est pousser certains hommes vers la fin requise : ainsi le pilote gouverne le navire en le conduisant au port. Or celui qui meut un autre homme a sur celui-ci supériorité et puissance. Aussi faut-il que chez l’homme constitué en dignité on considère d’abord sa position supérieure, avec la puissance sur ses sujets que cela entraîne ; en second lieu la fonction de gouverner. En raison de sa supériorité on lui doit l’honneur, qui consiste à reconnaître la supériorité de quelqu’un. En raison de sa fonction de gouvernement on lui doit le culte, qui consiste en une certaine déférence, en ce qu’on lui obéit, et en ce qu’on répond à ses bienfaits selon qu’on le peut».


Soyons attentifs à notre devoir de propager le règne de Dieu par notre parole, mais surtout par notre vie


Le Seigneur règne en dirigeant l’humanité vers sa fin, qui est l’union, la communion avec Dieu son Père ; son gouvernement n’a rien à voir avec celui de tant de régimes de ce monde. Tout s’effectue avec discrétion ; jamais Dieu ne s’impose, Il se propose et nous laisse libres de L’accueillir ou de Le rejeter. Toujours, nous voyons dans l’Écriture Sainte qu’Il s’efforce de s’attacher son peuple en lui montrant les avantages de ceux qui s’attachent à Lui. En outre, Il applique à merveille le principe de subsidiarité. Par le baptême, nous participons à ses fonctions royale et sacerdotale, puisqu’Il a fait de nous un «sacerdoce royal» (cf. 1 P. 2, 9). Il nous fait tellement confiance qu’Il nous confie la mission de travailler à l’extension de son Royaume ici-bas. Et Il veut instaurer un Royaume qui soit «un règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d’amour et de paix», pour reprendre les expressions de la préface de la fête du Christ-Roi. Dans l’Évangile (Lc 17, 21), Il nous a prévenus que le Royaume de Dieu est au milieu de nous, c’est-à-dire auprès de nous dans la personne de tous ceux que nous côtoyons, mais aussi à l’intérieur de nous-mêmes. À chaque fois que nous prions notre Père, demandant la venue de son règne, soyons attentifs aussi à notre devoir de propager ce règne par notre parole, mais surtout par notre vie.

Commençons par laisser Dieu régner dans notre cœur et dans notre vie, en faisant l’unité en nous-mêmes et en nous soumettant joyeusement à ses commandements, d’abord à celui de l’amour miséricordieux ; ensuite, nous pourrons rayonner autour de nous de cette joie d’appartenir au Christ. Que la fête de Noël, au-delà des plaisirs mondains, vienne nous envahir du bonheur de l’espérance du royaume à venir, nous rendant pleinement conformes à ce que nous chantons : «Rassure-nous devant les épreuves en cette vie où nous espérons le bonheur que Tu promets et l’avènement de Jésus-Christ, notre Sauveur» ; puissions-nous rester tendus vers l’espérance du retour du Seigneur et de notre participation définitive à sa gloire dans le royaume des cieux !

Dom Philippe Dupont, abbé de Solesmes

 

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