Fillon abandonne la vie politique

Dans un discours d’adieu empreint d’émotion, l’ancien candidat Les Républicains à l’élection présidentielle a annoncé qu’il renonçait définitivement à la vie politique : «J’ai décidé de tourner la page de la politique» a-t-il déclaré le 18 novembre au Figaro. Une page bien pleine, même si François Fillon aurait aimé la compléter et la couronner par la fonction présidentielle : «Dans la défaite, le chef se retire sans chercher d’excuses», a-t-il déclaré devant les militants de son parti. Et sans régler ses comptes, aurait-il pu ajouter.

«Sans regrets ni soupirs»

À 63 ans, François Fillon a une longue carrière politique derrière lui. Il a «dévoré cette vie qui, en réalité, n’en est pas vraiment une», a-t-il confié. Mais il la quitte «sans regrets ni soupirs», reconnaissant que «la politique peut vous détruire». S’il n’en a pas fini avec la justice (il reste mis en examen dans l’enquête sur les soupçons d’emplois fictifs de sa femme et de ses enfants), il en a terminé avec les combats de l’arène électorale. Du cursus honorum des responsabilités politiques, il a franchi tous les degrés, n’achoppant que sur la dernière marche, celle qui lui était promise à la faveur d’une élection «imperdable», où pourtant rien ne s’est passé comme prévu.

Entré en politique à 27 ans en tant qu’assistant parlementaire du député de la Sarthe Joël Le Theule, François Fillon reprend le fief électoral de ce dernier. Il y exerce entre 1981 et 2007 les mandats de député, de maire de Sablé-sur-Sarthe, de président du Conseil général, puis de sénateur. De 1998 à 2002, il est également président du Conseil régional des Pays de la Loire. Dans les années 1980-1990, il est proche de Philippe Séguin et du «gaullisme social». Nommé ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche dans le gouvernement d’Édouard Balladur (1993-1995), puis ministre des Technologies de l’Information et de la Poste (1995) et ministre délégué chargé de la Poste, des Télécommunications et de l’Espace (1995-1997) dans les deux gouvernements d’Alain Juppé, il devient, après la réélection de Jacques Chirac à l’Élysée, ministre des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité (2002-2004), poste auquel il accomplit des réformes structurelles sur la durée du travail et sur les retraites («Loi Fillon sur les retraites»). En tant que ministre de l’Éducation nationale en 2004-2005, il fait voter la Loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école, dite «Loi Fillon pour l’éducation». Suite à la victoire de Nicolas Sarkozy aux élections présidentielles, il est nommé Premier ministre le 17 mai 2007. Unique chef de gouvernement du quinquennat, il conduit trois gouvernements. Il quitte ses fonctions le 10 mai 2012, après la défaite de Nicolas Sarkozy à la présidentielle. Élu député de Paris en juin 2012, il est candidat à la présidence de l’UMP en novembre 2012. Il conteste les résultats annoncés par les instances du parti, résultats qui placent Jean-François Copé à sa tête. Après plusieurs mois de conflit, il finit par conclure un accord avec Copé.

La suite est bien connue. François Fillon se présente à la primaire présidentielle de la droite et du centre de 2016, primaire qu’il remporte à la surprise générale face à Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, en défendant un programme libéral-conservateur et une image de probité. Il devient le favori de l’élection présidentielle de 2017, mais sa campagne est ébranlée par des révélations de la presse, puis par des affaires judiciaires l’impliquant avec son épouse. Il ne termine qu’en troisième position du premier tour de l’élection, avec 20,01 % des voix, un résultat qui, pour la première fois sous la Cinquième République, empêche la droite parlementaire d’être présente au second tour d’une élection présidentielle.

Fidélité à ses engagements

À 63 ans, François Fillon décide de mener une reconversion professionnelle. Il rejoint le secteur privé en tant qu’associé d’une société de gestion d’actifs et d’investissement. Mais il entend rester fidèle à certains de ses engagements. Il envisage de créer une fondation «pour la coexistence des minorités, dont les chrétiens d’Orient». «Entre l’Occident et l’Orient, il faut plus que jamais nouer un dialogue entre les civilisations», estime-t-il. Son intérêt pour ces minorités chrétiennes ne date pas d’aujourd’hui. Fin 2014, il s’était rendu en Irak, puis au Liban avec Valérie Pécresse, au chevet des chrétiens qui fuyaient les persécutions du groupe État Islamique et du Front al-Nosra (branche syrienne d’Al-Qaida). Tous les deux avaient organisé en juin 2015 au Cirque d’hiver «un grand rassemblement de mobilisation et de soutien aux chrétiens d’Orient», où ils avaient réclamé pour ceux-ci «le droit à l’asile politique». À la suite des attentats perpétrés en Égypte en avril 2017 contre cette communauté, François Fillon leur avait de nouveau exprimé son soutien lors d’une visite au Puy-en-Velay  : «Il y a nécessité pour la France de les défendre, pas seulement parce qu’ils sont des chrétiens mais parce qu’ils représentent au Proche-Orient la diversité ; le jour où il n’y aura plus de diversité au Proche-Orient, c’est la paix qui sera plus fragile et encore plus menacée», avait-il alors déclaré.

Entré dans «une autre vie», tout juste un an après le premier tour de la primaire de la droite où se profilait pour lui un destin présidentiel, l’ex-candidat referme le dernier chapitre de sa vie politique, mais il transmet le flambeau. Il a en effet décidé de confier la direction de Force républicaine, le mouvement qu’il a fondé en 2002 pour préparer sa campagne présidentielle, à Bruno Retailleau, le président du groupe LR au Sénat, un ami de longue date, l’un de ses premiers soutiens dans la campagne présidentielle et son coordinateur. Son dernier soutien aussi, pourrait-on dire, puisque sa fidélité à Fillon ne s’est jamais démentie au plus fort de la tempête. François Fillon a tracé une ligne à son successeur, glissant au passage quelques messages politiques à destination de la droite et d’Emmanuel Macron : «Certains estiment qu’il n’y a plus de clivages, qu’il n’y aurait plus, en définitive, qu’une seule politique possible. […] Entre le pouvoir actuel et les extrêmes, il serait insensé et inquiétant de laisser s’installer un vide politique et intellectuel», a-t-il estimé en se disant convaincu que son parti, Les Républicains, «va se ressaisir» et que Force républicaine peut être «un socle utile» à la droite. Dans le sillage de Fillon, Retailleau veut «construire une droite bien enracinée dans ses convictions et qui puisse répondre aux grands défis de son temps, qui soit moderne et généreuse». «Force républicaine a un rôle à jouer dans la reconstitution intellectuelle et politique de la droite, et plus largement de la France. Elle est porteuse d’un projet de redressement national qui conserve son actualité» a déclaré Fillon, qui «reste en alerte devant les grands défis du monde».

C’est donc la carrière d’un véritable «homme d’État», d’un vrai serviteur de la France, qui vient de se terminer avec le départ définitif de François Fillon de la vie politique, une carrière que les circonstances de sa conclusion ne doivent pas minimiser ni faire oublier.

Laure-Marie de Synthe

Photo : Christophe Saidi / SIPA

 

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