Emmanuel Macron en Guyane

Six mois après les grèves générales en Guyane, il était certain que le voyage du président Macron ne passerait pas inaperçu, tant les attentes de nos concitoyens vivant sur place sont importantes.

Non, la Guyane n’est pas une île…

Quelques semaines avant les élections présidentielles, une grève générale avait paralysé la Guyane pendant plusieurs semaines. La situation avait été tristement cocasse, car peu de Français connaissaient le nom de la personne chargée du ministère de l’Outre-mer, Mme Ericka Bareigts à l’époque, qui ne s’était pas empressée de se rendre sur place. De même, certains, peu au fait de la géographie de cette région du monde, pensaient que la Guyane était une île1 ! Le conflit avait débouché sur des engagements importants pris par le précédent Gouvernement à quelques semaines des élections présidentielles, ce qui avait semé le doute sur leur mise en œuvre effective2.

La préparation du voyage en Guyane avait fait l’objet d’une polémique, car les services de l’Élysée avaient diffusé un note relative aux conditions sanitaires pour les personnes faisant partie de la délégation pour le voyage prévu du 26 au 28 octobre, ce qui est une pratique habituelle des agences de voyages avant tout départ à l’étranger. Polémique inutile, qui visait très certainement à compliquer un peu plus le voyage en préparation.

À part quelques anecdotes rapportées par les journalistes, on ne sait que peu de choses sur les objectifs de ce voyage. On peut supposer que l’un d’eux était de rassurer la population, mais qu’il s’agissait aussi de vérifier que les engagements du précédent Gouvernement étaient respectés. Peut-être y avait-il également une vision à plus long terme.

Une position stratégique

Car l’intérêt stratégique de la Guyane pour la République française est majeur. Il n’est donc pas souhaitable que des velléités d’indépendance se fassent jour, même si certains groupuscules révolutionnaires ont de telles revendications – sans que cela soit un réel objectif, tant l’appartenance à la France présente de nombreux avantages, malgré une situation très complexe : forte croissance de la population, niveau de chômage deux fois plus important qu’en métropole, niveau d’éducation insuffisant, insécurité élevée, etc.

La Guyane partage une frontière terrestre avec le Brésil ; c’est d’ailleurs la plus longue frontière terrestre de la France avec un pays étranger. Dans cette zone tropicale de forêts et de rivières, le contrôle des frontières est difficile. En 1997 fut lancé un projet de pont sur la rivière Oyapock, qui délimite la frontière est de la Guyane avec le Brésil. Le pont ne fut terminé qu’en 2011, pour être finalement inauguré seulement en… 2017, du fait de différents retards, en particulier pour réaliser la route côté brésilien. Le pont est censé faciliter les échanges et permettre le développement des relations entre les deux pays. L’avenir nous dira si cela est effectif !

Le Centre spatial de Kourou a été lancé en 1964 pour permettre de poursuivre le programme spatial qui, jusque-là, était conduit en Algérie. L’emplacement idéal de la Guyane, près de l’équateur et avec un accès maritime, lui assure un succès indéniable, avec le lancement des différentes fusées du programme Ariane.

Moins connues sont les réserves potentielles de pétrole. Dans cette région du monde, d’importantes découvertes de gisements de pétrole ont été faites au large du Brésil et du Mexique, dans des grandes profondeurs. C’est ce qu’on appelle le «pétrole pré-salifère». On peut raisonnablement imaginer qu’il y aurait aussi des réserves importantes au large de la Guyane. Quelles que soient les décisions à venir sur le mix énergétique en France, il est très probable que des réserves potentielles constitueraient un atout stratégique important pour notre pays.

La Guyane est enfin connue pour ses ressources en or, qui fait l’objet d’un trafic entre la Guyane et le Brésil. Les chercheurs d’or, appelés «orpailleurs», travaillent dur dans le lit des rivières pour trouver quelques traces d’or et espèrent dénicher la pépite qui leur assurera la fortune. C’est probablement là un des motifs de la visite d’Emmanuel Macron, car le président s’est exprimé sur un projet de mine d’or appelé «Montagne d’or», porté par deux groupes internationaux, Colombus Gold (Canada) et NordGold (Russie), qui permettrait d’extraire plus de 80 tonnes d’or pendant une période de douze années. Le projet n’est pas lancé, car il doit faire l’objet d’enquêtes et d’autorisations. Toutefois, l’intérêt porté au projet par le Président est perçu comme un soutien par les opposants. Nul doute que l’on n’a pas fini de parler de ce sujet.

Les Guyanais connaissent tous les atouts de cette région, et c’est bien cela qui explique les enjeux stratégiques du voyage du Président Macron en Guyane.

Alexandre Germain

Photo : Pierre-Olivier Jay / SIPA

 


1 – Allusion à la bourde d’Emmanuel Macron lors de son déplacement à Mayotte le 27 mars : «Ce qu’il se passe en Guyane, en effet, depuis plusieurs jours est grave, grave en raison des débordements et donc mon premier mot est celui d’un appel au calme parce que je crois que bloquer les pistes d’aéroports, bloquer les décollages, parfois même bloquer le fonctionnement de l’île ne peut être une réponse apportée à la situation.»

2 – Près de 3 milliards d’euros pour l’ensemble des mesures prises, dont un peu plus de 1 milliard pour le seul plan d’urgence.

 

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