Cardinal Caffarra

Le 6 septembre 2017, le cardinal Carlo Caffarra, archevêque émérite de Bologne et théologien moral de premier plan, particulièrement sur les questions de famille et de vie, est mort de façon subite (voir notre brève de cette semaine). Le texte qui suit est un hommage rendu au cardinal Caffarra par Don Livio Melina, professeur titulaire de Théologie en Morale fondamentale et ancien président de l’Institut pontifical Jean-Paul II d’études sur le mariage et la famille, dans un communiqué qui a suivi le décès.

Comme les émotions qui s’apaisent dans la prière, ainsi le premier moment de perte pour l’irremplaçable disparition d’un Maître et d’un Père se transforme en une conscience reconnaissante d’un don si précieux et si unique que, enraciné en Dieu, pas même la mort ne peut enlever. Qui a été pour nous père dans la vérité, reste père pour toujours.

En effet, comme tout Maître authentique, le cardinal Carlo Caffarra ne s’arrêtait pas sur sa propre personne ou sur ses propres idées, mais il était une aide pour regarder ensemble une Vérité plus grande à aimer, à rechercher et à honorer sans calculs humains ni réserves. Une Vérité qui, pour lui, était une Personne. Ceux qui ont eu le don d’être de ses disciples ne peuvent oublier l’expérience fascinante de clarté avec laquelle il présentait ses cours, tout en offrant une nouvelle vision de la théologie morale.

En dépassant le schéma de l’approche casuistique, qui oppose la norme à la conscience et reste enfermée dans le débat stérile entre rigorisme et laxisme, il nous a montré que l’origine de la dynamique morale se trouve dans la rencontre avec le Christ, et il nous a montré comment la vérité sur le bien ouvre un chemin de plénitude de vie, en harmonie avec le dessein que le Dieu Créateur a écrit dans le cœur de chaque homme. La clarté cristalline de son enseignement n’était en aucun cas une rigidité ignorante de la complexité de la vie concrète, mais plutôt la lumière qui mobilise un chemin de conversion et de croissance vers l’accomplissement de sa propre humanité, dans la confiance que la grâce de Dieu rend toujours possible ce qu’Il commande. Il a enraciné sa compréhension du sacrement de mariage dans le don de l’alliance entre le Christ et l’Église, il a en dessiné les contours, montrant à la fois ce sacrement comme une demeure d’édification humaine et ecclésiale et comme un véritable chemin de sainteté.

Comme le reconnaît la sagesse orientale, les vrais maîtres sont les «parents du cœur», et donc aussi les pères de notre esprit. Ils continuent à vivre et à travailler en nous, en demandant l’écoute et l’hospitalité à notre liberté, et en fructifiant à travers nos œuvres.

Prêtre passionné du Christ et de l’Église, le cardinal Carlo Caffarra a exercé une paternité nourrie par une sollicitude simple et concrète envers les personnes, avec une forte capacité à créer autour de lui une communion de vie et un esprit de fraternité, d’enthousiasme pour le travail commun. Sa grande estime et son amitié privilégiée avec saint Jean-Paul II se sont concrétisées de manière unique dans l’œuvre de construction de l’Institut Pontifical d’Études sur le Mariage et la Famille, pour lequel il a donné toute son énergie, son amour et sa créativité. Il l’a ensuite développé selon de nouvelles dimensions et trajectoires comme archevêque de Ferrara et de Bologne, sans jamais oublier la centralité du mariage et de la famille dans la nouvelle évangélisation.

L’amour sans réserve pour le Christ, l’Église et le Pape ont toujours eu pour lui la forme d’un témoignage clair et franc de la Vérité, sans compromis ni faux-fuyants, que ce soit pour des avantages personnels ou par commodité. Pour cette raison, jusqu’à la fin, il a pu se dépenser et s’exposer, confronté à l’incompréhension, à l’hostilité et même à l’humiliation et à la dérision, convaincu que la vraie forme d’amour et le meilleur service qu’il pouvait donner à l’Église et au Pape était la fidélité à sa propre conscience et à la voix de Dieu, qui résonne en elle.

Il est décédé au cours de l’année du centenaire des messages de Fatima et la lettre mystérieuse écrite par Sœur Lucia en référence à sa mission fondatrice de l’Institut lui a permis de comprendre le moment présent comme combat définitif du Christ avec l’Ennemi, qui aurait lieu précisément au cœur du mariage et de la famille chrétienne, selon les paroles de la voyante. Il a offert sa vie pour cela, avec un témoignage généreux et clair. Que le Seigneur rende fructueux ce sacrifice pour nous dans un moment si dramatique dans la vie de l’Église et du monde !

Ainsi, pour lui, ces paroles de l’Apôtre sont particulièrement appropriées : «J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne de la justice : le Seigneur, le juste juge, me la remettra en ce jour-là, et non seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui auront désiré avec amour sa manifestation glorieuse (2 Tim 4, 8).»

Don Livio Melina

 

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