Le commissaire de police de l’État de Victoria (situé dans le Sud-Est de l’Australie) a annoncé le 29 juin que le cardinal australien George Pell (76 ans) était accusé de «crimes sexuels graves» qui auraient été commis dans les années 1970, quand il était un simple prêtre à Ballarat. La notification de délit a été remise aux avocats du cardinal, avec l’appel à comparaître au tribunal de Melbourne le 18 juillet. Officiellement, on ne connaît ni les faits ni les noms des accusateurs. Seules filtrent des rumeurs dans la presse.

Le cardinal Pell occupe depuis 2014 la fonction de Préfet du Secrétariat de l’économie (trésorier du Saint-Siège). Le pape l’a chargé de mettre davantage de transparence dans les finances du Vatican. François l’a voulu dans le groupe des neuf cardinaux qui sont ses plus proches collaborateurs dans le gouvernement de l’Église. George Pell est donc le plus haut représentant du Vatican jamais impliqué directement dans une enquête pour crimes d’abus sexuels.

Les accusations contre le cardinal Pell ont émergé à la fin d’une longue enquête demandée par le gouvernement australien en 2012 et portant à l’origine sur les réponses institutionnelles apportées en Australie aux abus sexuels commis sur des enfants. Il a été entendu trois fois dans ce cadre. En février 2016, s’exprimant depuis Rome par vidéoconférence, il avait témoigné devant la Commission royale du gouvernement australien pour se défendre contre l’accusation d’avoir couvert certains des prêtres auteurs d’abus sur mineurs entre les années 1970 et 1980. Il s’est dit étranger aux accusations, tout en reconnaissant que l’Église avait «mal géré les choses » et avait «failli avec les personnes».

En octobre dernier, le cardinal Pell a accepté de répondre aux questions d’un groupe d’officiers de police de Victoria venus à Rome pour l’interroger cette fois sur des accusations qui le concerneraient directement. Il a rejeté catégoriquement ces accusations. «Ces matériaux, a déclaré le cardinal dans une conférence de presse, font l’objet d’une enquête depuis deux ans ; il y a eu des fuites d’information aux médias. Il y a eu un lynchage (character assassination) sans relâche». En fait, la campagne d’accusations contre Pell a été constante et s’est emballée depuis que le cardinal Pell a été chargé de réformer les finances du Vatican.

Le cardinal Pell est considéré comme un grand défenseur de la foi catholique ayant combattu toutes les dérives éthiques, depuis l’avortement jusqu’au mariage homosexuel. Il s’est également fait entendre pendant le double synode sur la famille contre les instances les plus progressistes, en particulier durant le synode extraordinaire de 2014. Un certain acharnement médiatique à son égard n’a pas de quoi surprendre… «J’ai hâte, a-t-il déclaré en conférence de presse, de voir arriver le jour où je pourrai me défendre devant les tribunaux. Je suis innocent, les accusations sont fausses, et je considère l’idée même d’abus sexuel comme un crime horrible. J’ai régulièrement informé le Saint-Père durant ces longs mois et à de nombreuses occasions, et nous avons parlé de la possibilité que je prenne une période de congé pour me défendre. C’est pourquoi je suis très reconnaissant au Saint-Père de m’avoir donné un congé pour rentrer en Australie». Le directeur du bureau de presse du Vatican, Greg Burke, qui était aux côtés du cardinal, a lu un communiqué dans lequel le cardinal Pell prend congé de ses fonctions afin de pouvoir se défendre. Sa démission n’a pas été exigée.

Depuis l’annonce de la convocation du cardinal, la hiérarchie de l’Église catholique australienne lui a apporté son entier soutien, le qualifiant d’«homme totalement honnête». Les évêques australiens ont publié une déclaration pour demander que soit au moins reconnue à George Pell, comme à tout autre citoyen, la «présomption d’innocence», puisque pour de nombreux médias, une accusation pour des faits qui remonteraient à cinquante ans suffit pour considérer le prélat comme déjà coupable. Des Australiens ont créé un fonds pour l’aider à payer les frais de sa défense.

Il est raisonnable de penser qu’il sera très difficile au cardinal Pell de reprendre son poste de préfet du Secrétariat pour les affaires économiques. Il a déjà dépassé les 75 ans canoniques et il était in prorogatio de par la volonté de François. Nombreux sont ceux qui pensent que le Pape procédera à son remplacement après l’été.