C’est un miracle. Le centre historique de Mossoul a été labouré par les frappes, tailladé par les balles, amputé à l’explosif par l’État islamique. Dans ce paysage surréaliste, où les pierres blanches et le métal noir entremêlés rappellent le Guernica de Picasso, un bâtiment aux murs épais n’a que quelques éraflures : l’église Saint-Thomas, la doyenne des églises de la ville, vieille de plus de douze siècles ! Elle existait au moins dès la fin du VIIIe siècle, mais elle est réputée beaucoup plus ancienne et aurait été fondée sur le site de la maison que l’apôtre de l’Orient a habitée lors de son passage dans la ville. L’intérieur a été ravagé par l’occupant qui en avait fait une base militaire. Mais le monument, dont la structure date au moins du XIIIe siècle, a survécu à la bataille. […]

Le soldat Ahmad force une porte en fer pour montrer l’intérieur de l’église. En comparaison de ses abords défoncés par les bombes, les stigmates de l’édifice chrétien ne sont que des égratignures. La cour par laquelle entre Ahmad est encombrée de pierres et de déchets, mais les colonnes des arcades qui la cernent sont intactes. Sur un bas-relief, saint Thomas touche les plaies du Christ. Leurs visages sont superficiellement burinés.

À l’intérieur, un bombardement a percé la voûte de la nef principale. Un rai de lumière tombe sur les dévastations. Les bancs ont été brûlés. Sous sa voûte crénelée, l’autel est en miettes. Heureusement, les reliques de saint Thomas avaient été transportées au monastère Saint-Matthieu (Mar Matta) il y a trois ans, quand Mossoul était tombée aux mains de Daech. Les combattants de l’EI ont peint des ronds noirs sur ses épaisses colonnes de marbre noirâtre, sans doute en préparation de sa destruction. Ils n’auront pas eu le temps ou les moyens d’y placer leurs explosifs.

Extraits d’un article de L’Orient Le Jour