Son mandat de 5 ans arrivait à expiration exactement le 2 juillet 2017. Exactement à la date limite, le Pape François n’a pas renouvelé le mandat du Cardinal Gerhard Ludwig Müller à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Après 5 ans comme préfet de cet important dicastère, le cardinal allemand laisse la place à celui qui était jusqu’ici son numéro 2, et secrétaire de la Congrégation, l’archevêque espagnol jésuite Luis Ladaria Ferrer. Les raisons de ce non-renouvellement n’ont pas été précisées par le communiqué de la salle de presse du Saint-Siège.

Ce n’est certes pas pour limite d’âge que, son mandat étant arrivé à échéance, le cardinal Müller a été remplacé. Il a tout juste 69 ans, et il y a d’ autres prélats de la Curie qui, bien qu’ayant franchi le seuil fatidique des 75 ans, continuent d’occuper des postes importants, comme le cardinal Francesco Coccopalmerio qui, à 79 ans, est président du Conseil pontifical pour les textes législatifs. En arrière-plan, il y a sans doute la question d’Amoris Lætitia. Le cardinal Müller avait déclaré qu’il fallait l’interpréter à la lumière de la doctrine de l’Église, que les évêques ne pouvaient pas la lire et l’appliquer chacun à sa manière et que l’enseignement de Familiaris consortio sur les couples divorcés remariés restait valide, tout comme celui de Veritatis splendor en matière de morale. Il avait alors eu des paroles fortes : «Pour nous, le mariage est l’expression de la participation à l’unité entre le Christ époux et l’Église son épouse. Ce n’est pas, comme certains l’ont dit durant le synode, une simple et vague analogie. Non ! Il s’agit de la substance du sacrement et aucun pouvoir au ciel ni sur la terre, ni un ange, ni le pape, ni un concile, ni une loi des évêques n’a le pouvoir de changer cela.»

Les multiples observations que la Congrégation a envoyées au pape avant la publication du texte ont été largement ignorées et n’ont pas reçu de réponse. Le cardinal avait réaffirmé encore récemment que les personnes divorcées et remariées ne peuvent recevoir la communion que si elles vivent comme frère et sœur. Mais, par loyauté envers le Pape, il a observé la retenue nécessaire dans l’expression de ses positions : il ne s’est jamais opposé à lui, mais il a usé de son autorité pour signaler les problèmes qui se posaient. Comme il le disait encore dans un entretien récent, il avait à cœur de défendre l’orthodoxie de la doctrine et d’aider le pape, soit de remplir ses deux principales missions en vertu des statuts de la Congrégation pour la doctrine de la foi. La Curie romaine, expliquait-il, est un organisme au service du pape et de son magistère : «Nous ne devons jamais oublier que la mission la plus importante du pape, c’est de professer la foi catholique à travers laquelle toutes les Églises catholiques sont unies et de réaffirmer la doctrine catholique dont le successeur de Pierre est justement le premier témoin». Il semble que l’entourage du pape ait nourri le soupçon que les cardinaux des dubia avaient la sympathie du Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

Le cardinal Müller aurait refusé un autre poste proposé par le pape… N’ayant plus aucun rôle officiel, il a donc désormais pleinement retrouvé sa liberté de parole.

Le jésuite Luis Francisco Ladaria Ferrer, son successeur, est professeur de théologie dogmatique à la Faculté de Théologie de l’Université pontificale grégorienne et vice-recteur de l’université. Il a également été secrétaire général de la Commission théologique internationale. En 2008, il a été nommé secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, et le 2 Août 2016, il a été nommé président de la Commission d’étude sur le diaconat des femmes.

Source : Settimo cielo