Le féminisme et la méconaissance de l'orthographe

En 2014, un député de l’Assemblée nationale a été mis à l’amende1, c’est-à-dire privé d’une partie de ses indemnités, pour avoir persisté à appeler « Madame LE Président » celle qui assurait la présidence de la séance. Pour sa défense, le député concerné a répondu qu’il ne faisait que suivre l’Académie française en disant « Madame le Président ». Désormais, la France a un nouveau gouvernement, et la parité homme-femme a été de nouveau scrutée à la loupe, tout comme la «féminisation» des intitulés de fonction.

Le langage inclusif

Il n’est pas un domaine qui échappe à la féminisation des intitulés de poste, et il convient donc de comprendre pourquoi. La principale argumentation avancée par celles et ceux qui promeuvent la féminisation des titres de fonction pour les femmes est la reconnaissance de la valeur et de la contribution des femmes à la société, celles-ci ne pouvant, ne devant plus être cantonnées dans le rôle de… «femmes au foyer». Il est pourtant très réducteur de justifier la place des femmes dans la société en ne se souciant que de féminiser le titre de leur poste ou de leur fonction. C’est oublier les compétences et les qualités de sensibilité que celles-ci apportent dans leur environnement familial bien sûr, mais aussi associatif et/ou professionnel.

La féminisation des fonctions trouve sa formalisation dans le langage inclusif2, également appelé « langage non sexiste », qui vise à assurer une neutralité entre les sexes, voire entre les genres. Dans la pratique, cela revient à accorder les noms de métiers ou de fonctions au sexe de la personne qui les occupe (on dira «cheffe de cabinet» si la fonction de chef de cabinet est tenue par une femme), à utiliser des expressions non sexuées («personnel de ménage» plutôt que «femme de ménage» par exemple), ou encore à utiliser une forme d’écriture telle que « ami.e.s », permettant de désigner toutes les personnes concernées tout en assurant une neutralité «parfaite» entre masculin et féminin, mais également entre singulier et pluriel.

Il n’est désormais pas rare de consulter des rapports officiels rédigés avec ces règles de langage inclusif, au détriment des règles orthographiques de la langue française.

Esprit de service ou ambition

Il faut donc comprendre ce que cela signifie dans notre rapport personnel à la société dans laquelle nous vivons et où nous sommes appelés à exercer des responsabilités. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : par exemple, un ministre exerce une fonction pour laquelle il a été appelé et nommé, et on peut en quelque sorte dire que cette personne est au service de la fonction en y apportant ses compétences et son savoir-faire.

À l’inverse, il arrive que certains, nourris par des ambitions personnelles démesurées, s’identifient pleinement à leur mission. Tout naturellement s’exerce alors un glissement qui nécessite que la fonction colle à la personne, ce qui nécessite de féminiser ou de masculiniser coûte que coûte les titres.

La cause du féminisme, qui vise à redonner à la femme sa vraie place dans la société, est sans doute alors détournée et dévoyée, car utilisée pour nourrir des ambitions personnelles et individuelles.

Alexandre Germain

 


1 – « Il a été sanctionné à juste titre » car « ne pas vouloir reconnaître le titre, c’est nier aux femmes la possibilité, le droit, la légitimité même d’exercer des fonctions », avait réagi le ministre de la Santé et des Droits des femmes Marisol Touraine sur France Info. Voir l’article publié par le figaro.fr le 08/10/2014.

2 – Voir la page Wikipedia.

 

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