Manifestation du personnel de l'usine Whirlpool d'Amiens

Alors que leur nom fait la une des médias, il est des localités et des entreprises qui se passeraient volontiers de la publicité que leur offrent les campagnes présidentielles. La liste est longue, voire trop longue… On se souvient très bien de Hayange et de Grandange, des lieux où des candidats présidents ont trébuché sur des promesses intenables et donc non tenues.

L’histoire va-t-elle se renouveler à Amiens ? L’irruption quelque peu opportuniste des politiques sur le terrain du dialogue social a de quoi surprendre, alors que ce sont ceux-là mêmes qui ont pour responsabilité de favoriser son bon déroulement.

Whirlpool, un cas de concurrence intra-européenne

C’est à Amiens qu’est localisée l’usine de fabrication de produits électroménagers appartenant au groupe international Whirlpool qui fait l’objet d’un projet de transfert de son activité en Pologne, avec comme conséquence pour les salariés du site la mise en place d’un PSE (Plan de Sauvegarde de l’Emploi).

Il n’est pas inutile de rappeler qu’il n’y a pas si longtemps, une situation sociale similaire concernant l’entreprise Goodyear, elle aussi implantée à Amiens, avait conduit à des manifestations qui, pour certaines d’entre elles, furent assez violentes et donc médiatisées. Le tribunal politico-médiatique ne s’est pas intéressé à l’entreprise ni à ses enjeux, et la voix de la direction locale n’a même pas été entendue. Dans ce contexte, elle n’était probablement plus audible, car coupable sans instruction ni procès.

Pour autant, il convient de s’intéresser à l’entreprise Whirlpool : c’est une entreprise américaine centenaire, qui emploie 93 000 salariés dans le monde et réalise un chiffre d’affaires consolidé de 21 milliards de dollars US. Le siège mondial est basé à Benton Harbor, dans l’État du Michigan, aux États-Unis1.

Que peut bien penser de toute cette affaire l’équipe de direction de cette entreprise ? Certes, l’interférence des politiques dans la vie des entreprises n’est pas une exclusivité française. Pour autant, cette affaire aura probablement un impact négatif sur l’image de la France outre-Atlantique.

L’usine d’Amiens est la seule usine située en France parmi 13 sites industriels de Whirlpool en Europe. Il est probable que la direction a souhaité regrouper les opérations sur un nombre limité de sites, et que la décision de transférer en Pologne les productions actuellement réalisées à Amiens a été prise après une étude complète prenant en compte les aspects sociaux, techniques, logistiques et économiques. La France et la Pologne sont toutes les deux membres de l’Union Européenne ; cependant la Pologne n’est pas membre de la zone Euro et, ceci combiné à des niveaux de salaires et de charges sociales inférieurs, il est très probable que le facteur coût du travail a été important dans la prise de décision. De fait, cette situation est différente d’autres cas de fermetures d’usines en France ou en Europe, qui sont réalisées au profit du développement de l’activité dans des pays situés hors de l’Union Européenne. On est donc dans une sorte de concurrence intra-européenne, entre pays de l’Union Européenne pour être précis, ce qui n’est probablement pas dans l’esprit initial de la «construction européenne».

Que faire ?

Alors que faire ? La vraie question qui se pose est de savoir comment rendre l’investissement attractif en France, mais pas seulement. Car il faut que le contexte économique et social soit favorable dans la durée, quand l’entreprise se développe, mais également quand des difficultés se présentent. Faire des promesses d’aides à l’installation, faire valoir la qualité de vie en France et le savoir-faire de ses habitants… les idées ne manquent pas pour attirer des entreprises. Mais est-on réellement capable de maintenir ces efforts dans la durée, d’apporter de la stabilité réglementaire et fiscale, de favoriser les ré-investissements qui vont garantir la pérennité des investissements initiaux et donc le maintien à long terme des emplois ? Ce n’est pas en vilipendant les entreprises qui sont en difficulté que l’on donnera envie d’investir en France.

Vouloir bien faire en s’intéressant trop tard à la vie des entreprises conduit immanquablement à mal faire.

Alexandre Germain

Photo : Thibault Camus/AP/SIPA

 


1 – Informations disponibles sur le site internet de l’entreprise Whirlpool.

 

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