L'homme créé et l'homme créateur

La question bioéthique, très peu abordée lors des débats pour la Présidentielle, apparaît comme le parent pauvre des propositions des candidats au regard des besoins de notre société. De plus, l’écart semble immense entre ce que nous constatons et ce que nous enseigne la Doctrine sociale de l’Église dans sa sagesse.

Le constat : notre époque est marquée par une volonté de «renaturation de l’homme»

En réponse à la finitude de la personne humaine, notre époque est marquée par une volonté de «renaturation de l’Homme», de réalisation d’un «Homme nouveau», sans qu’aucun frein ni qu’aucune limite à ce rêve prométhéen ne soient envisagés. Autrement dit, ni un donné de la nature, ni «la condition humaine» ne doivent remettre en cause l’œuvre d’émancipation de l’Homme, qui devrait pouvoir faire advenir ce qu’il veut, et ce d’autant plus que l’évolution rapide des techniques – notamment médicales – le permet.

La maîtrise actuelle de la vie et de la génération se manifeste autour de trois points-chauds : le tout avortement, la PMA-GPA pour tous et l’évacuation de la mort.

Le tout avortement, possiblement irréfléchi, est banalisé par la politique législative récente, obsessionnelle, et par une véritable propagande d’État, qui l’a consacré comme un prétendu «droit fondamental».

La PMA/GPA est conçue comme l’une des options possibles dans la transmission de la vie. Elle serait pour tous, en dehors de toute considération d’infertilité physique et même en cas d’ «infertilité sociale», qu’il s’agisse de l’homosexualité ou de convenances professionnelles, en utilisant la technique de vitrification des ovocytes.

Enfin, l’évacuation de la mort, notamment celle du patient profondément sédaté, c’est-à-dire endormi jusqu’à la mort – ou jusqu’à mourir ? – conformément à un protocole administratif, puisqu’il y a désormais légalement droit, participent de cette volonté de toute puissance individuelle.

La tentation du surhomme est donc déjà à l’œuvre dans nos sociétés occidentales. Le transhumanisme, cette entreprise d’un «Homme augmenté», peut se déployer grâce aux NBIC (Nanotechnologie, Biotechnologie, Informatique et Sciences cognitives). Le transhumanisme tend à réaliser un rêve d’immortalité pour de riches happy few éternellement jeunes, beaux, intelligents, performants et heureux. L’Homme augmenté est ainsi un avatar postmoderne du péché des origines de l’homme, qui n’accepte pas d’être une créature, dépendante, faible, vieillissante et mortelle.

La prise de conscience écologique, en tant qu’elle s’intéresse à la réalité naturelle et qu’elle refuse le tout technologique, peut, à cet égard, être un point d’appui pour aider à poser des limites. Mais il existe néanmoins une incohérence à vouloir agir pour la «protection des êtres vivants» (selon le titre de la Loi pour la reconquête de la biodiversité1) et à faire comme si l’être humain n’était, lui, pas toujours un être vivant…

L’enjeu : présenter un chemin d’humanisation pour tout homme

Face à cette volonté prométhéenne qui n’est pas nouvelle, mais qui prend de nouvelles formes, il est nécessaire de rappeler que l’homme se reçoit et qu’il existe une nature humaine et une écologie de l’homme dont celui-ci doit tenir compte, sauf à risquer des dérives dangereuses.

Dans nos sociétés occidentales, «toujours plus de droits individuels» ne tend pas vers plus de liberté et d’égalité, mais va en s’épuisant vers toujours plus de solitude. Ainsi, la famille doit être soutenue et réaffirmée comme premier lieu où s’exerce la solidarité.

Le respect, inconditionnel, de la vie de tout être humain, serait-elle balbutiante, déclinante, finissante, diminuée, perçue comme socialement «inutile», doit tout comme la dignité intrinsèque de tout être humain être affirmé et réaffirmé, il doit être enseigné et défendu, et l’on doit en témoigner.

L’enjeu est de présenter un chemin de vie et de bonheur, source d’épanouissement de toute la personne, un chemin d’humanisation pour tout homme et non un fardeau impossible à porter. La voie pour y parvenir passe par la relation interpersonnelle, par la proximité avec ceux qui souffrent (de l’infécondité, de la solitude, de la maladie, du handicap, de la fin de vie…), par l’échange de personne à personne, par le dialogue en vérité qui fait exister. La solution à la solitude individuelle ne passe pas par plus de technique mais par plus d’humanité.

Des propositions politiques

Au regard de ce constat et de ces enjeux, voici une liste de huit propositions politiques réalistes, prenant en compte la situation actuelle et cherchant à l’améliorer. Nous les qualifions de «réalistes», car elles seraient globalement acceptables par l’opinion publique et permettraient d’engager dès maintenant un chemin de progrès incluant un chemin de changement des mentalités.

1. Établir un bilan des évolutions législatives sur l’avortement, restaurer le délai de réflexion et faire connaître les aides et les alternatives à l’IVG (aides sociales, accouchement sous X).

2. Prendre en compte l’IVG comme un problème de santé publique et développer des études sur les facteurs de risque pour mettre en place une véritable politique de prévention de ces mêmes facteurs (déscolarisation, sous-information sexuelle, précarité affective et psychique, etc.).

3. Éduquer les jeunes en matière affective, relationnelle et sexuelle en appliquant la loi de 2001 et, aussi, éduquer au sens de l’amour humain et de la vie de son début (notamment sur le développement de l’embryon) jusqu’à sa fin.

4. Restaurer le régime d’interdiction de principe pour la recherche sur l’embryon, assorti de dérogations.

5. Pour lutter contre les dérives euthanasiques, promouvoir un programme ambitieux, y compris financièrement, pour le développement des soins palliatifs.

6. La loi Taubira ouvrant le mariage et l’adoption aux homosexuels a débouché, à travers des textes réglementaires et plusieurs décisions de justice, sur la « fabrication » d’enfants privés de père ou de mère en violation des « lois de la République » et, en cas de recours à des mères porteuses (GPA), à « l’asservissement » de femmes et à la vente d’enfants en sorte qu’elle ne peut rester en l’état.

7. Faire connaître les NaProtechnologies2, en tant que méthode de restauration de la fertilité du couple et en tant qu’alternative crédible à la FIV (Fécondation In Vitro) et à la contraception artificielle.

8. Alerter sur les dérives du rêve transhumaniste.

Au-delà de ces progrès souhaitables, sans doute possibles, leur réception et leur acceptation dépendront moins d’élus providentiels à la tête du pays que des changements de mentalité qui pourront se faire par capillarité autour de personnes ou par des initiatives capables de témoigner de la vérité sur l’Homme, sur sa dignité et sur sa vocation. Nous ne pouvons penser nous décharger individuellement, par notre vote, de cette responsabilité collective, urgente, qu’il y a à contribuer à la « Culture de vie ».

Pascale Morinière
Médecin, vice-présidente des AFC

 


1 – LOI n° 2016-1087 du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages. Article 13 : Les mots Les espèces animales et végétales, la diversité et les équilibres biologiques auxquels ils participent sont remplacés par les mots Les êtres vivants et la biodiversité».

2 – Le mot NaProTechnologie vient de la contraction des termes anglais Natural Procreative Technology (technologie procréative naturelle). Il s’agit d’une méthode de procréation naturelle médicalement assistée mise au point dans les années 1980-1990 par le Dr Thomas Hilgers, un gynécologue obstétricien américain spécialiste de médecine reproductive. C’est une médecine de restauration de la fertilité pour couples infertiles reproduisant au plus près les paramètres de la fertilité naturelle. Développée à partir des informations recueillies par le système FertilityCare, système d’observation précis et standardisé du cycle de la femme, la NaProTechnologie est une science médicale et chirurgicale qui diagnostique et corrige les causes de l’hypofertilité..

 

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