Une famille unie

Les majorités politiques passent, la famille demeure… La famille est perçue pour 75 % des Français comme «la première source de joie»1. Mais, pour les familles, le bilan du quinquennat Hollande est lourd. Elles ont vu continuellement s’assombrir leur avenir, saper leur autorité, troubler les repères.

Les ruptures de politique familiale – mise sous condition de ressources des allocations familiales, réduction par deux fois du plafond du quotient familial, etc. – impactent profondément le quotidien des familles et, en même temps, sapent la confiance. Dans un sondage IFOP/AFC de janvier 2016, un Français sur deux – 65 % des 18-24 ans et 62 % des parents de deux enfants ou plus – estiment que toutes ces réformes familiales pourront entraîner le report d’une nouvelle naissance. Les diverses réformes sociétales renforcent cette incertitude : réforme du congé parental, libéralisation du travail du dimanche, divorce sans juge, réforme du mariage… Les familles doivent mener à bien leurs tâches éducatives dans un contexte toujours plus relatif et déstructurant.

Les hommes politiques ne peuvent plus ignorer ce malaise. Ils doivent prendre conscience des conditions qui font que les familles sont le socle pérenne de l’avenir personnel, social et économique d’un pays. Nos gouvernants doivent aussi prendre conscience que, s’il faut aider les couples qui «vont mal», il faut d’abord consolider ceux qui vont bien. La politique familiale doit résolument parier sur la «famille durable».

Reconnaître la famille «durable» pour la consolider

La conjugalité fondée sur l’union des différences radicales des corps, des intelligences et des cœurs, et que bénit l’apparition de la vie, ne peut porter le même nom que la relation homosexuelle. La question n’est pas de refuser à quiconque le droit à faire ses choix de vie. L’enjeu est que l’ambiguïté et la subjectivité croissantes réduisent d’abord la teneur du mariage. Les constituants du bonheur familial sont «floutés» : tant pis pour la famille durable ! L’ambiguïté et la subjectivité réduisent aussi la lisibilité du mariage public, et donc la reconnaissance mutuelle et sociale dont il est porteur. Elles produisent du «désinvestissement citoyen» et de l’individualisme. Et, en même temps, elles ne réduisent en rien le mal de vivre des personnes homosexuelles. Car la réalité qui émerge progressivement, c’est que la société permissive ne rend pas les gens heureux !

L’urgence est donc de permettre à chaque citoyen d’approfondir les spécificités fondamentales de l’amour humain et de permettre à chaque famille de porter cet approfondissement à ses enfants. C’est pourquoi le politique doit faire cesser les propagandes – en particulier dans le milieu de scolaire – qui, sous couvert d’égalité garçon- fille, dénigrent le rôle éducatif des parents et imposent une analyse constructiviste.

Les AFC ont élaboré des propositions pour répondre à ces enjeux :
– Améliorer la préparation à la conjugalité en proposant des questionnements anthropologiques sur le couple à ceux qui demandent un certificat de concubinage, un pacs ou un mariage civil. Favoriser, par exemple en terminale, pendant les cours de philo, des questionnements anthropologiques sur le couple.
– Diffuser à tous ceux qui se destinent au mariage civil le livret de préparation du Ministère de la Famille.
– Proposer une règle du «vivre ensemble mais différents» et adopter un principe de «précaution législative» pour les thèmes de société non consensuels.

Mais, pour la majorité des Français, le «mariage pour tous» est d’abord un mauvais souvenir. Certainement pas une priorité pour une France endettée, au chômage, et qui vieillit. Aussi, le premier enjeu est de pacifier l’après «mariage pour tous», qui a résulté d’un coup de force d’une courte majorité, au mieux, contre une immense minorité. L’abrogation de la loi Taubira – mariage et adoption par les couples de personnes de même sexe – doit couronner une large appropriation par la société française d’une conjugalité forte, moderne et donc vraie.

Ouvrir un horizon serein aux familles grâce à une politique familiale ambitieuse

La politique familiale n’a pas pour but d’encourager les naissances, mais de permettre aux couples d’accueillir le nombre d’enfants qu’ils souhaitent. Or, accueillir un enfant, c’est pour une famille s’engager sur 25 années. Les mécanismes de solidarité doivent savoir y répondre sur une durée équivalente.

Pour être efficaces, les politiques publiques doivent sécuriser les anticipations des revenus de la famille et doivent donc faire l’objet de programmations pluri-annuelles fixant les engagements de l’État. La politique familiale ne peut pas être modifiée tous les ans en fonction de calculs politiciens ou de soucis ponctuels d’économies budgétaires.

Actuellement, le financement de la branche famille n’est plus assuré qu’à 44 % par les entreprises, qui se désengagent. Par ailleurs, la politique familiale fait régulièrement l’objet de remises en cause (abaissements du plafond du quotient familial, fiscalisation des majorations familiales de retraites, mise sous conditions de ressources des allocations familiales, Rapport Attali…), parce que beaucoup ne comprennent pas pourquoi il faudrait aider les familles «sans condition».
Rappelons donc que la définition d’une politique familiale cohérente, solidaire et équitable repose sur plusieurs piliers fondamentaux :
– Le principe d’universalité : parce que le bénéfice sociétal de l’accueil de l’enfant ne dépend pas du niveau de revenus de sa famille.
– Le principe de solidarité horizontale : parce que l’enfant bénéficie à tous, c’est l’ensemble des familles qui manifestent leur solidarité aux familles avec enfant(s).
– Le principe de libre choix des familles : parce que le choix d’accueillir un enfant et les modalités de ce choix sont des décisions du couple.
– Le principe de contribution en fonction non des revenus, mais de la capacité contributive de chaque famille : parce qu’à égalité de revenus, les ménages ayant charge d’enfants ont des charges supplémentaires par rapport à ceux sans enfants. C’est ce qui explique l’existence du quotient familial, qui est tout simplement l’application de l’article 13 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen2.
– La spécificité des familles, parce que certains besoins sont spécifiques (parent isolé, familles avec charge d’enfant handicapé, scolarité du jeune adulte, etc.).

Quels sont les autres leviers pour une politique familiale effective ?

Les AFC sont attachées à l’imposition des foyers et non des individus. Là encore, un couple, ce n’est pas une cohabitation, mais bien une union. L’égalité homme-femme n’exige pas l’individualisation des personnes au sein de la famille. La famille est un corps intermédiaire, sa fécondité n’est pas l’addition de la fécondité de ses membres, parce qu’elle est porteuse «d’externalités positives» qui proviennent précisément de l’amour et de l’union. Cette fécondité supplémentaire (1 + 1 = 3) doit être reconnue par la reconnaissance – notamment dans les modalités de prélèvement de l’impôt – du fait que la famille est une entité, comme on reconnaît que l’entreprise est une entité.

Elles souhaitent que les politiques favorisent également le libre choix des rythmes de travail. Chacun des parents doit pouvoir choisir, en concertation avec son employeur, l’organisation de son travail pour prendre en compte la vie de la famille (temps partiel, télétravail, adaptation aux rythmes scolaires, limitation forte du travail du dimanche…). Naturellement, un nombre suffisant de places en crèche doivent être mis à la disposition des familles. Mais les familles doivent aussi pouvoir choisir librement, en bénéficiant des avantages fiscaux correspondants, le mode de garde qui leur convient.

Retraite des parents de familles nombreuses. Enfin, notre société doit prendre conscience de l’importance de la contribution des parents qui ont accepté d’amputer leurs revenus et donc leurs retraites. Les conditions d’imposition des compléments de retraite des parents et des pensions des veufs et des veuves ayant élevé des enfants doivent de nouveau en tenir compte.

Mais nous devons aussi nous montrer réalistes, parce que les familles ne sont pas un groupe d’intérêt parmi d’autres groupes d’intérêt. Elles sont la France. Aussi, la qualité d’une politique familiale ne se juge pas in abstracto par l’addition des diverses «promesses familiales», sans tenir compte des autres priorités politiques, des ressources financières disponibles ou pas, de l’état de la compétitivité du travail en France. Bien au contraire, la qualité des propositions de nos élus doit être évaluée aussi à l’aune de leur cohérence, notamment en regard des autre choix majeurs qui vont conditionner le coût du logement, la capacité de notre économie à «générer» le plein emploi, seul à même de rétablir la dignité de la famille. Cohérence aussi avec les politiques de l’immigration, de l’intégration, ou les politiques culturelles, qui doivent renforcer une affectio societatis3 aujourd’hui bien fragile, et enfin de la politique de l’éducation, qui suscite de l’anxiété parce qu’elle détermine l’avenir de nos enfants !

Rebâtir la confiance

La refondation de la politique familiale est urgente. Elle exige un engagement politique sans précédent. Mais peut-on y croire, face à un état des lieux peu engageant ? Nous répondons «Oui», parce que c’est notre responsabilité. Parce qu’il en va de l’avenir de nos enfants, même ceux qui naissent dans des familles qui conservent l’essentiel. Nous ne pouvons pas nous dédouaner, tel Caïn, d’un «Suis-je le gardien de mon frère ?» (Gn 4, 9), parce qu’on n’échappe pas au monde. Si nous n’apportons pas une réponse aux interrogations que soulève le monde, nous et nos enfants, nous serons aussi emportés. Aussi, confiantes dans la fécondité de l’enseignement social de l’Église et en leur capacité à élaborer les réponses qu’exige le monde moderne, les familles rassemblées au sein des AFC prennent leurs responsabilités et se font les témoins d’une espérance concrète et active.

C’est enfin dans ce contexte que les AFC contribuent à la préparation par les Français de leurs choix lors des élections de 2017 en diffusant 17 propositions pour la Famille4. Elles ont toujours agi avec détermination et passion. Quand la famille va bien, la France va mieux !

Jean-Marie Andrès
Président national des Associations Familiales Catholiques

Photo : Monkey Business Images / Shutterstock

 


1 – Enquête CSA en ligne du 12 au 24 janvier 2017 pour RCF.

2 – Art. 13 : Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.

3 – L’affectio societatis désigne la volonté commune entre plusieurs personnes physiques ou morales de s’associer. Elle constitue un élément caractéristique de la société en droit français. Les articles 18321 et 18332 du Code civil français la font apparaître comme fondement même de cette notion.

4 – Voir ici.

 

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