Murs en barbelés

En 2016, lors de la campagne électorale aux USA, un échange par média interposé avait opposé le pape François à celui qui n’était encore que candidat, Donald Trump, au sujet du mur que ce dernier voulait construire sur la frontière avec le Mexique pour protéger son pays de l’arrivée des immigrants en provenance du Mexique et des pays d’Amérique centrale et du Sud. Plutôt qu’un mur, l’alternative des ponts était mise en avant pour mettre en relation les peuples, au lieu de les séparer.

Au-delà de la séparation physique, un mur peut servir à empêcher d’entrer, mais également à empêcher de sortir et c’est bien ces deux fonctions que l’on peut retrouver par une analyse historique des murs que les gouvernements de différents pays ont fait construire.

Les murs dans l’histoire des peuples

Une des plus anciennes constructions, et certainement la plus grande par sa taille, est la Grande Muraille de Chine, une fortification militaire de plusieurs milliers de kilomètre, aujourd’hui très visitée. Le mur d’Hadrien, une fortification de pierre et de terre construite au Ier siècle ap. J.-C. sur toute la largeur du nord de l’actuelle Angleterre, est encore plus ancien, et on est là aussi face à une infrastructure militaire de protection contre les invasions. En raison de leur qualité architecturale, ces deux constructions figurent au patrimoine mondial de l’Unesco. Toutefois, il n’est pas certain que ce même label puisse être attribué à des constructions plus récentes, et dont l’existence a pu faire ou fait encore l’objet de polémiques et de questionnements.

Même si le très emblématique «mur de Berlin» s’est effondré – une image qui fait davantage référence à la disparition du régime politique qui l’avait mis en place –, il n’en demeure pas moins que le nombre de murs destinés à contenir les mouvements des populations est en augmentation et que certaines associations en suivent une comptabilité précise et méticuleuse. Les techniques ont bien évolué et, du mur de pierre, on est passé à des murs en béton ou faits de barbelés infranchissables, associés à des systèmes de surveillance alliant des patrouilles humaines et des systèmes électroniques. Sans aller très loin, les enclaves de Ceuta et de Mellila nous rappellent que l’Europe elle aussi cherche à se protéger, mais que les «candidats» à l’émigration (réfugiés ou migrants) sont prêts à tout pour chercher leur bonheur ailleurs, avec des drames humains et familiaux qui font régulièrement la une des journaux.

Les murs peuvent avoir deux finalités

De fait, les murs peuvent avoir deux finalités diamétralement opposées : se renforcer les frontières pour se protéger de personnes souhaitant entrer soit de façon belliqueuse, ce qui impliquerait une réponse militaire, soit de façon pacifique, ce qui impliquerait une réponse civile, ou encore d’empêcher les départs de celles et ceux qui souhaiteraient fuir leur pays pour diverses raisons (politiques, économiques, sociales,…).

Nous ne nous attarderons que sur le premier cas, c’est-à-dire sur le renforcement des frontières en vue d’une protection. Dans ce cas, il convient d’opérer une distinction parmi les candidats à l’entrée dans un pays. On parle alors de “migrants économiques” pour parler de ceux qui décident de quitter leur pays en espérant trouver une vie meilleure dans un pays d’accueil, ou bien de “réfugiés politiques” ou de “réfugiés de guerre” pour parler de ceux qui fuient leur pays parce que la situation y est intenable. La distinction est parfois difficile à faire quand la situation économique et politique de certains pays est particulièrement complexe.

À partir de la situation vécue en Europe face à l’arrivée massive en 2015-2016 de ressortissants de pays du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord, on peut essayer d’élaborer une réflexion.

Une triple réponse à l’arrivée massive des arrivants

On se rappelle que l’alerte avait été donnée en juillet 2013 lorsque le pape s’est rendu sur l’île de Lampedusa, permettant à tous de prendre réellement conscience que des événements importants se déroulaient là-bas, drames humains dont personne ne parlait.

La réponse peut s’articuler selon trois axes qui ne sont pas nécessairement séquentiels.

Tout d’abord, l’accueil de ceux qui arrivent est un impératif d’humanité, et c’est bien ce que les différents gouvernements ont essayé de faire. Sur ce point, il y a presque unanimité. On peut aussi noter que, pour que cet accueil se déroule paisiblement, cela nécessite aussi que ceux qui arrivent, même s’ils ont une culture très différente, aient un comportement adapté envers ceux qui les accueillent.

Une fois l’accueil organisé et mis en place, on ne peut pas rester les bras croisés et ne pas se poser de questions sur ces flux migratoires qui ont vu l’arrivée de milliers de personnes : comment arrivent-ils ? Quels sont les trajets parcourus ? Qui les «aide» ? Et c’est là que l’on peut noter une certaine faiblesse des gouvernements, qui n’ont pas déployé beaucoup d’énergie à pourchasser les passeurs et leurs complices, ces bandits qui n’hésitent pas à extorquer des sommes énormes en échange du passage vers l’Europe avec les risques encourus… Les passeurs sont toujours en liberté et continuent leur basse besogne.
Une fois les migrants et les réfugiés arrivés, il convient de se poser de vraies questions sur leur avenir : vont-ils rester ou bien ont-ils vocation à retourner dans leur pays une fois la situation stabilisée ou normalisée ? Cette réflexion est indispensable, car cela va permettre de structurer les politiques permettant de définir à la fois les conditions pour rester et celles permettant les retours.

À long terme, une politique de développement des pays émergents est nécessaire, pour aider à fixer les populations et éviter que les forces vives et bien formées ne quittent le pays, car c’est bien là leur plus grand drame.

Les gouvernements des pays d’Europe occidentale ont failli à leur mission. Avec une action essentiellement concentrée sur l’accueil des migrants et des réfugiés, ils ont oublié qu’il aurait été tout aussi indispensable de pourchasser les passeurs et de réfléchir sur l’avenir à court et moyen terme de ces populations. Ces drames humains resteront une blessure dans l’histoire.

Alexandre Germain

Photo Andrea Schmidt / Wikimedia Commons

 

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