François Fillon

François Fillon avait la réputation d’être un «homme vertueux». Cela était insupportable, et l’on s’est acharné, et l’on s’acharne toujours à réduire en miettes cette réputation. Comme il devient de plus en plus difficile de démontrer que ses actes sont illégaux, on se replie sur : c’est «légal» mais «immoral».

Le salaire donné à sa femme entre dans les normes du salaire normalement payé à un assistant parlementaire ; les indemnités à la rupture des contrats sont dans l’épure de ce qui est normalement payé, légalement, lors d’une rupture conventionnelle d’un contrat de travail. La société de conseil créée cinq jours avant son élection comme député n’a rien d’illégal, et aucun règlement de l’Assemblée ne vient empêcher un député de continuer à exercer une activité professionnelle durant son mandat de député. L’utilisation de l’avion gouvernemental pour rentrer chez-lui dans la Sarthe après une semaine de travail en emmenant sa femme et les enfants qui dépendent de lui – il aurait pu prendre le train comme tout le monde – est normale pour la fonction qu’il occupait ! On passe sous silence le fait qu’un premier ministre en charge ne peut pas se déplacer comme n’importe quel quidam sans un service de sécurité très poussé ; l’avion coûte probablement moins cher que la garde très rapprochée qu’il lui aurait fallu pour l’escorter dans le train ! Quant au «château» qu’il est censé avoir dans la Sarthe, il ne s’agit en réalité que d’un simple manoir campagnard acheté comme le font les époux qui veulent une maison pour leur famille, par des emprunts négociés avec la banque. Rien de luxueux !

Autrement dit, Fillon a agit en toute légalité, soit ! Mais ses actes ne sont pas des actes marqués par une très grande moralité. Il n’est pas mieux que les autres ! Ce n’est pas un homme vertueux, pensent un certain nombre de Français !

Qu’est-ce qu’un homme vertueux ?

Le Canard enchaîné et tous ceux qui se repaissent de ses articles ont-ils une grille leur permettant de faire le tri des hommes politiques «vertueux» ? Qu’est-ce que la vertu ? Il faut répondre à cette question avant de porter un jugement sur la vertu ou la non-vertu d’une personne, fût-elle une personnalité politique.

La vertu est une disposition intérieure qui règle la manière d’agir d’une personne humaine. Agir vertueusement, c’est avant toute chose agir selon une conscience droite. La droiture de la conscience dépend du jugement moral intérieur que la personne pose sur ses propres actes. Ce jugement intérieur doit être libre par rapport à l’emprise des pouvoirs publics à quelque niveau que ce soit. S’insinuer dans une conscience personnelle et forcer une personne à des aveux publics qui révéleraient l’intime de sa conscience est ce qu’il y a de pire comme intrusion tyrannique. C’était, et c’est encore, l’arme favorite des pouvoirs marxistes et communistes, telle la «campagne des cents fleurs» instituée jadis par le grand tourmenteur des consciences, Mao Tsé-toung, à partir de mai 1956. Elle dévasta une grande partie de la classe intellectuelle de la Chine et produisit une grande persécution religieuse contre tous les «missionnaires» étrangers qui ne trouvèrent leur salut que dans la fuite vers Taïwan.

La conscience droite doit juger de la moralité de ses actes au regard des quatre vertus morales : tempérance (en matière sexuelle et en plaisirs de bouche), force (courage et sens de la responsabilité), prudence (pondération du jugement, prise et exécution des décisions) et justice. Quel est l’homme ou la femme qui, au regard de ces domaines, peut dire que tous ses actes sont sans faiblesse et qu’il ou elle agit toujours vertueusement ? Et quelle est l’autorité du Canard enchaîné pour devenir le «confesseur» des faiblesses humaines ? Sa direction et ses rédacteurs sont-ils à ce point vertueux qu’il leur est loisible de «lancer la première pierre» ? Et de s’orner ensuite des oripeaux d’une vertu qui se dégrade souvent devant la médisance, la calomnie, le mensonge, l’opportunisme, le lynchage médiatique ? Cela aussi regarde la vertu ! Car la première marque d’un homme vertueux est de respecter la dignité de son adversaire !!!

La vertu en matière de justice

La plus grande des vertus entièrement morale est la justice. Elle se définit comme une volonté constante et perpétuelle de rendre à chacun ce qui lui est dû. Pour dire les choses autrement : le droit est l’objet de la justice. Dans l’ordre social et politique, est juste celui qui respecte le droit tel qu’il est légalement défini, par l’autorité légitime, si elle agit en vue du bien commun. Si un homme respecte la loi et agit dans le cadre de ce que dit la loi, il est difficile de dire qu’il agit d’une façon immorale, c’est-à-dire non vertueuse. Bien sûr, il peut se prévaloir de la loi et la contourner. Il agit ainsi contre l’esprit de la loi. Dans ce cas, il agit contre le bien commun ! Agir contre le bien commun ne signifie pas seulement agir contre les «biens publics». C’est agir contre la santé morale de toute la société. Mais c’est aux pouvoirs judiciaires réels de dire qu’il en est ainsi et non aux manipulateurs de l’opinion publique.

Le légal ne recouvre pas entièrement le «moral». Il y a des lois qui, sous la pression des opinions publiques, donnent des facilités juridiques pour pratiquer sans encourir de peine des actes qui sont de leur nature – selon le droit naturel inviolable et imprescriptible – de véritables contre-valeurs morales. Par exemple, tout médecin ou gynécologue sérieux dira qu’une IVG est matériellement un infanticide. Mais le législateur a couvert cet acte d’une valeur juridique, au mépris de sa valeur morale, en le dépénalisant ! Aucune conscience morale droite ne peut s’autoriser de la loi pour le pratiquer «avec vertu» !

Ainsi, la vertu morale de justice, pour une conscience droite, ne se borne pas à la seule obéissance légale. Dans son intimité, le jugement moral est plus exigeant que la seule obéissance légale. Par contre, cette obéissance légale ne peut être indifférente à la conscience morale. L’obéissance légale est le fondement premier du jugement, au for externe, c’est-à-dire vis-à-vis des actes qui tombent sous le jugement des hommes. On ne peut, au nom de l’intimité de sa conscience personnelle, désobéir à la loi, si elle est bonne et légitime ! Mais si la personne respecte la loi, on ne peut, non plus, l’accuser d’actes immoraux ! La loi dicte les premières exigences de la justice. Y obéir librement, disait Aristote, est la première grandeur de l’homme. Ainsi, accuser un homme qui respecte la loi d’être un homme non vertueux est tout simplement insensé !

La conscience de François Fillon

C’est pourtant exactement ce que l’on fait quand on accuse François Fillon d’escroquerie ! Faute de réussir à présenter ses actes comme «illégaux», on s’acharne à insinuer qu’ils sont immoraux ! Et ils le sont, parce que Penelope aurait profité de salaires payés à partir de l’enveloppe de 9 300 € net par mois prévue pour chaque membre du parlement, afin d’engager des assistants parlementaires ! Salaire qu’elle n’aurait pas gagné, parce qu’elle n’aurait pas travaillé ! Mais quel est l’esprit de la loi devant cette facilité offerte à chaque député d’engager des assistants parlementaires ? L’esprit de la loi est bien de permettre à ce membre du parlement de trouver des personnes qui l’aident à accomplir son travail parlementaire, des personnes avec qui il est en confiance, qui lui enlèvent une partie des tâches onéreuses que comporte sa mission sociale de député ou de ministre. Ce n’est pas de porter un badge, ni d’avoir une adresse e-mail personnelle ! Et Penelope Fillon n’aurait pas fait ce travail ? Elle n’aurait pas été pour son mari la secrétaire à l’agenda, pour les rencontres les plus officielles ou les plus délicates, elle ne l’aurait jamais aidé en raison de sa compétence de juriste, elle n’aurait pas été, souvent, sa représentante personnelle ? Elle n’aurait pas accompli la loi selon l’esprit de la loi ?

Il y a une règle d’or quant à la pratique de la vertu de justice. Son objet se définit par le droit légal. Celui qui respecte la loi, sans obéir à l’esprit de la loi, n’observe pas la loi. Il n’est qu’un légaliste. Observer la loi, c’est observer l’esprit de la loi !

La démocratie repose sur le respect de la volonté du peuple ! Ceux qui s’acharnent à mépriser la volonté du peuple, à utiliser tous les lobbies à leur disposition, pour tromper le peuple, ceux-là violent non seulement le bien public, mais le bien commun, et ils détruisent sûrement la démocratie dans ses bases morales en sapant, pour des raisons obscures, toute confiance du peuple dans l’autorité politique et dans la valeur des institutions sociales. Ce sont eux les violeurs de la loi.

Aline Lizotte

>> Voir notre article du 3 février 2017 : Le Fillongate ou le pouvoir du cynisme
>> Voir notre article du 7 février 2017 : Fillongate 2 : une seule issue, la colère du peuple

 

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