Discours de Donald Trump

«Je jure solennellement que j’exécuterai loyalement la charge de président des États-Unis et que du mieux de mes capacités, je préserverai, protégerai et défendrai la Constitution des États-Unis.» C’est par ce serment solennel que, le 20 janvier dernier, Donald Trump est devenu de façon effective le nouveau président des États-Unis, après avoir prêté serment sur la Bible à Washington, devant les marches du Capitole. Au fil de la journée, son investiture se présenta comme un événement riche en contrastes, à l’image de la personnalité et des attitudes du nouveau président : «Donald Trump a beau être un personnage hors du commun, lui et sa femme, Melania, ont suivi le même protocole que leurs prédécesseurs, ce vendredi, pour la traditionnelle journée d’investiture

«America first» : un discours d’investiture offensif

Parvenu au pouvoir sur une rhétorique anti-élites, à l’issue d’une campagne marquée tout au long de son déroulement par l’agressivité des principaux compétiteurs, Donald Trump a fait de son discours d’investiture une reprise des thèmes et du style du candidat qu’il fut : «En rupture avec la tonalité généralement observée dans ce contexte, le 45e président des États-Unis a promis de « transférer » le pouvoir de Washington vers le peuple et appelé à « une nouvelle fierté nationale ». […] À compter d’aujourd’hui, ce sera l’Amérique d’abord et seulement l’Amérique !», a-t-il lancé, énonçant « deux règles simples » : acheter américain et embaucher américain. « Ensemble, nous rendrons sa force à l’Amérique. Nous rendrons sa richesse à l’Amérique. Nous rendrons sa fierté à l’Amérique. Nous rendrons sa sécurité à l’Amérique. Et, oui, nous rendrons sa grandeur à l’Amérique », a-t-il conclu, brandissant le poing, une image surprenante lors de ce type de cérémonie

Présenté comme populiste ou comme populaire selon les médias, son «discours […] anti-système a comblé d’aise ses supporteurs» explique Le Monde. «Après une campagne particulièrement âpre et une transition baroque, ponctuée d’attaques vis-à-vis de ses adversaires politiques, Donald Trump avait l’occasion d’en appeler à la concorde. Le poids de l’Histoire et le théâtre de sa prestation de serment, au pied du Capitole, face au National Mall, s’y prêtaient. Le nouveau président en a décidé autrement en s’adressant principalement aux 46% d’électeurs qui ont assuré sa victoire, dans un discours aussi vigoureux que concis, conclu par un poing brandi», commente le même journal.

Ponctuant son message d’appels à l’unité, de la promesse qu’«une nouvelle fierté nationale» guérisse «[nos] divisions […]. Que nous soyons noirs, bruns, ou blancs, nous saignons tous du même sang rouge des patriotes», le nouveau président a rudement fustigé la politique de son prédécesseur, en évoquant un «carnage américain» caractérisé par l’extension de la pauvreté, du chômage, de la criminalité et des addictions, mais aussi par l’effondrement des industries et la dilapidation des richesses au profit d’autres pays.

Plus fondamentalement, ce discours, conclu par la formule qui avait terminé chacun de ses meetings pendant toute sa campagne, «Make America Great Again», a nettement affirmé sa volonté d’un recentrage général de l’action de son Administration sur l’Amérique : «À compter de ce jour, une nouvelle vision gouvernera notre nation : seulement l’Amérique d’abord. Toute décision concernant le commerce, les impôts, l’immigration, les affaires étrangères, devra profiter aux travailleurs américains et aux familles américaines.» Le slogan se mue en ligne politique : «Acheter américain et embaucher américain». Quant à sa ligne en matière de politique étrangère, il offre «amitié et bonne volonté», mais surtout encouragement, et reconnaît à chacun la latitude de défendre ses intérêts.

Le discours du nouveau président fut également marqué par une rupture symbolique : «M. Trump n’a fait référence à aucune figure historique. Les prestations de serment sont d’ordinaire propices à l’exaltation des épisodes les plus marquants de l’Histoire américaine, qu’il s’agisse de la guerre d’indépendance, ou des batailles conduites au nom de la liberté au-delà des frontières. Il n’en a pas été question vendredi, comme si une part de la grandeur des États-Unis était devenue hors sujet», a remarqué le journaliste du Monde.

Une opposition visible, mais aux ressorts cachés

Annoncées dans les jours qui les ont précédées comme une lourde menace planant sur le déroulement de l’investiture, des manifestations d’opposition se sont produites dès le début de la journée : « Plusieurs centaines de manifestants masqués et habillés de noir ont provoqué des incidents dans le centre de Washington, lançant des pierres et cassant des vitrines. Au fil de la journée, quelques heurts ont éclaté dans la ville entre “trumpistes” et contestataires, mais les rencontres fortuites entre les deux camps se sont généralement soldées par des ricanements et des doigts levés.»

Présentées comme des manifestations spontanées de groupes féministes regroupés dans le collectif The Future is Feminist, et faisant écho aux soubresauts de la campagne électorale, elles n’ont en fait eu qu’une ampleur limitée. Leur visage véritable s’est révélé le lendemain, où «une « marche des femmes » a été lancée à l’initiative d’une grand-mère de Hawaï, Teresa Shook, et d’une femme d’affaires de New York, Bob Bland, qui ont appelé leurs « sœurs » à protester contre le nouveau président, une idée qui a enflammé les réseaux sociaux et conduit à l’organisation de la journée de protestation. La manifestation s’est transformée en célébration de la « diversité américaine ». Femmes, gays, trans, noirs, latinos… accompagnés d’hommes qui les soutiennent. Ils sont tous là, persuadés que Trump veut attenter à leurs droits. De nombreux manifestants marchent aussi pour les causes qui les préoccupent tout particulièrement, comme le changement climatique ou la protection santé.»

À travers les États-Unis, des centaines de manifestations se sont aussi produites, notamment à Boston, New York ou Los Angeles. À Chicago, près de 250 000 personnes sont sorties dans les rues. Des manifestations se sont également tenues à Londres, à Paris et à Sydney. En réalité, il apparaît que ce sont les minorités choyées par la politique d’Obama qui ont réagi aux nouvelles orientations annoncées par le candidat Trump et confirmées par le nouveau président : «Le parti démocrate semble penser qu’il doit signer et persister dans sa politique centrée sur la défense des minorités, malgré l’avertissement lancé par une partie de l’électorat qui semble fatigué d’être divisé en catégories sexuelles ou raciales. Avec cette manifestation monstre, voilà en tout cas Donald prévenu qu’il est attendu au tournant et que l’Amérique libérale ne va pas le rater s’il trébuche. Pour une fois, le nouveau président est resté très silencieux sur l’événement qui se déroulait sous ses fenêtres, s’abstenant de “tweeter” une quelconque réaction. Une manière de snober l’adversaire ? », explique Le Figaro.

À y regarder de plus près, une ombre semble se dessiner derrière cette agitation : «La presse libérale en Occident, notamment Le Guardian, présente la Marche des femmes sur Washington comme une action spontanée pour les droits des femmes, mais omet de préciser qu’il s’agit en fait d’une marche « partisane » en faveur des femmes qui sont anti-Trump.» Pour Évelyne Joslain, spécialiste des États-Unis, «les manifestants anti-Trump sont payés par Soros. Ça devient un job lucratif d’être manifestant anti-Trump», propos confirmés par le journaliste André Bercoff sur BFM TV. Hillary Clinton y a remporté 4 millions de voix (14,6 millions d’électeurs se sont présentés aux urnes, un record) de plus que Trump.» Fervent soutien d’Hillary Clinton pendant la campagne électorale, le milliardaire américain a multiplié les attaques contre Donald Trump, allant jusqu’à parler à son sujet lors du forum de Davos d’un «apprenti-dictateur» qui va «échouer dans son mandat, qui minera le soft power de Washington et prépare une guerre commerciale, et dont les visées seront contrecarrées par les contre-pouvoirs institutionnels américains».

Plus inquiétant et lourd de menaces peut-être pour la suite du mandat, le fait, selon les Échos, que la Californie endosse le rôle de chef de file de la contestation. Une analyse partagée par le Figaro : «Le sentiment dominant de la réunion – l’une des centaines organisées dans toute la Californie dimanche – était l’effroi, la sensation d’être au bord d’un gouffre dont il serait ensuite impossible de sortir. Puis venait le défi. Une fière insoumission qui prend racine dans la place très spéciale qu’occupe la Californie, l’État le plus peuplé et la 6e «puissance» mondiale, dans la fédération. Ce qu’a été le Texas pour le président sortant – une épine dans le pied qui a poursuivi son administration en justice 46 fois pour bloquer ses décisions ! –, la Californie le sera pour Donald Trump. Elle l’attend au tournant de chaque indignité… avec les meilleurs avocats. Les démocrates californiens ont une super-majorité au Sénat et à l’Assemblée et n’ont donc pas besoin d’un seul vote républicain pour passer des lois.

Rupture ET continuité

Alors, rupture ou continuité, de quelle ligne réelle cette investiture est-elle l’augure s’agissant d’un président semblant surgi de nulle part, difficile à cerner car à la fois méconnu, abondamment caricaturé, sans complexes, et affranchi des codes imposés par les médias et la classe politique dominants ?

Pour symboliques qu’ils soient, les premiers gestes du nouveau président – qu’il s’agisse de la déréglementation immédiate de certains aspects de l’Obamacare, de l’abandon de la politique de réduction des énergies polluantes associée à la reprise des forages de pétrole et de gaz de schiste, ou encore de la sortie des accords de libre-échange (Alena, Tafta) – «n’ont pas déclenché la révolution attendue par certains et redoutée par d’autres.» Et, ajoute le commentateur du Figaro, «les médias américains, qui le jugent à l’aune de ses prédécesseurs, sont prompts à déceler incohérence et l’impréparation dans ses premières décisions. Mais c’est surtout une certaine prudence qui en ressort, masquée par les rodomontades de son discours. Ce paradoxe, qui pourrait être la marque du président Trump, invite à distinguer les actes des paroles et l’essentiel de l’accessoire.»

Laure-Marie de Synthe

Photo : Gage Skidmore / Wikimedia Commons

 

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