Discrimination envers les séminaristes homosexuels ?

Le document Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis relatif à la formation des séminaristes a été récemment mis à jour par la Congrégation pour le clergé. Publié en 2005 sous le pontificat de Benoît XVI, cette remise à jour a provoqué le même émoi médiatique pour un seul de ses points : la question de l’admission ou non au sacerdoce de séminaristes homosexuels.

Que dit le texte ?

Au point 199, le document rappelle ce qui avait déjà été dit en 2005 : «L’Église, tout en respectant profondément les personnes concernées, ne peut pas admettre au séminaire et aux Ordres sacrés ceux qui pratiquent l’homosexualité, présentent des tendances homosexuelles profondément enracinées ou soutiennent ce qu’on appelle la culture gay. Ces personnes se trouvent en effet dans une situation qui fait gravement obstacle à une juste relation avec des hommes et des femmes. De plus, il ne faut pas oublier les conséquences négatives qui peuvent découler de l’Ordination de personnes présentant des tendances homosexuelles profondément enracinées.»

Puis le point 200 qui suit immédiatement : «Par contre, au cas où il s’agirait de tendances homosexuelles qui seraient seulement l’expression d’un problème transitoire, comme, par exemple, celui d’une adolescence pas encore achevée, elles doivent de toute façon être clairement dépassées au moins trois ans avant l’Ordination diaconale.»

L’Église fait donc une distinction entre une homosexualité «profondément enracinée» et une homosexualité «transitoire».

Les militants LGBT catholiques déçus par le Pape François

La réaction des militants LGBT ne s’est pas fait attendre. Nombreux étaient ceux qui pensaient que le Pape François allait révolutionner l’Église par une ouverture inédite aux homosexuels. Marianne Duddy-Burke de Dignity USA, un groupe qui rejette les enseignements de la morale fondamentale catholique, s’en est émue sur LifeSite : «Ce document est extrêmement décevant dans sa vision des hommes gay appelés à être prêtres. Ce n’est pas du tout ce qu’on attendait du Pape du ‘Qui suis-je pour juger ?’» Même amère déception chez Francis DeBernardo, du groupe New Ways Ministry, qui milite pour la reconnaissance des LGBT dans l’Église : «Si le document n’avait pas été approuvé par le Pape François, il aurait été facile de l’écarter comme étant le travail d’officiels du Vatican qui ont fait du zèle. (…) Le Pape François aura beaucoup d’explications à donner.»

Pour Duddy-Burke, il s’agit d’une «immense insulte à l’égard des milliers d’hommes gay qui ont servi et qui servent encore aujourd’hui l’Église avec honneur et dévouement.»

Est-il encore permis de faire des recherches scientifiques sur l’homosexualité ?

En 1974, le DSM2 publié par l’APA (American Psychological Association) a retiré l’homosexualité des maladies psychiques. Cela a eu comme conséquence, entre autres, de diminuer l’intérêt des recherches scientifiques sur l’homosexualité. Pour faire la différence, entre autres, entre les tendances profondes de l’homosexualité et une homosexualité transitoire, il ne faut pas uniquement s’en référer au passage à l’acte. Il y a des personnes homosexuelles dont les tendances sont profondes et qui ne passent jamais à l’acte. Alors que dans certains cas, un passage à l’acte n’indique pas une tendance de structure.

Hétérosexualité interdite

Cependant, le problème est ailleurs et il est beaucoup plus profond. Depuis les années 1970, les mouvements homosexuels de toutes natures appuyés pas les revendications féministes tentent non seulement de défendre les droits des personnes homosexuelles ou lesbiennes, ce qui est légitime, mais de se persuader et de nous persuader, que la jouissance ou le plaisir ne doivent pas se fonder sur le langage du corps. Le plaisir est indépendant de l’organe qui le provoque. Qu’on lise Michel Foucaud ou Gilles Deleuze ou Judith Butler et alliis, on retrouvera la même chanson. L’ennemi, c’est l’hétérosexualité et c’est elle qui doit être détruite, voire interdite. Bien sûr, tous les homosexuels ne partagent pas cette vision, mais les revendications des LGBT s’en inspirent profondément. Donc, réserver l’accès au sacerdoce aux seuls hétérosexuels est en soi profondément discriminatoire ! Peu importe que leur homosexualité soit transitoire ou profonde.

Peut-être devient-il de moins en évident que l’Église soit incapable d’entrer dans une telle philosophie. Car à moins de se renier elle-même, de renier la théologie du corps qui prend appui sur le langage du corps, à moins de mettre à la poubelle toute sa doctrine sur le mariage, elle ne pourra jamais considérer que les paroles «Il les créa homme et femme, à son image et à ressemblance» (Gn, 1, 26-27) soient devenues caduques.

La rédaction

Photo Livioandronico2013 – Vassil / Wikimedia Commons

 

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