Jeunes sans emploi

Les gouvernements successifs trébuchent sur une promesse jamais tenue, celle de réduire le chômage des jeunes. «On a tout essayé» disent certains, d’autres conditionnent leur avenir politique aux résultats espérés. Force est de constater qu’on est loin du compte et que la situation s’est aggravée depuis 2008, année de la grande crise financière.

Dans un récent rapport sur «l’accès des jeunes à l’emploi», la Cour des Comptes analyse avec une précision chirurgicale le fonctionnement et l’efficacité des aides multiples destinées à permettre de trouver, voire de retrouver, un emploi. Au-delà des statistiques et des pourcentages, l’étude s’intéresse plus particulièrement à la situation des 16-25 ans, période charnière entre la fin des études ou de la formation vers l’arrivée sur le monde du travail.

Le rapport accablant de la Cour des Comptes

Les chiffres donnent le vertige, car il s’agit bien de la jeunesse de notre pays. Et avec un taux de chômage des jeunes de 23%1, on parle de 1 million de jeunes de cette tranche d’âge2 (16-25 ans) qui sont sans travail. L’analyse va même plus loin avec la notion de NEET («Neither in Employment, Education or Training» c’est-à-dire «jeunes déscolarisés et sans emploi»), qui permet de recenser les jeunes qui ne se trouvent ni en emploi, ni en études, ni en formation professionnelle, ce qui représente environ 750 000 jeunes de 18 à 24 ans3.

Avec une tendance qui s’est aggravée depuis la crise de 2008, on comprend que les gouvernements successifs se lancent dans la bataille de l’emploi. Cependant, le rapport pointe que les outils et la méthode ne sont pas nécessairement bien ajustés. En effet, les efforts méritoires pour remettre les jeunes sur le chemin de l’emploi ont conduit à mettre en place et à multiplier des modalités d’action à court terme, au détriment d’actions à plus long terme, comme l’apprentissage, dont on sait par expérience qu’elles ont fait leurs preuves.

Cette tranche d’âge de 16 à 24 ans recouvre en fait un éventail très large de situations : des jeunes ayant suivi un parcours de professionnalisation, d’autres qui s’orientent vers des études supérieures, mais également ceux qui sont en échec scolaire. L’annonce récente faite de repousser l’âge de la scolarité obligatoire de 16 à 18 ans pourrait dans ce contexte n’être qu’une mesure cosmétique si elle ne repose pas sur un contenu de formation solide.

De façon intéressante, le rapport met en perspective la multiplicité des situations personnelles des jeunes qui interagissent sur les formations et les emplois occupés, et qui vont impacter durablement la situation des personnes concernées (extraits) :

  • Les générations qui entrent sur le marché du travail pourraient avoir des perspectives économiques et sociales qui soient, pour la première fois depuis l’après-guerre, inférieures à celles de leurs parents.
  • Les jeunes sont fréquemment contraints d’accepter des emplois de qualité inférieure à ceux que leur niveau d’étude leur permettrait d’escompter ; leur taux de pauvreté est élevé et conséquemment l’autonomie financière et sociale tend à être plus tardive.
  • Les jeunes sont confrontés à une précarité de l’emploi plutôt qu’à des période de chômage longue durée : c’est le parcours vers l’emploi des jeunes, tel qu’il se dessine entre la sortie de leur scolarité et l’accès effectif à l’emploi, qui rend le mieux compte des difficultés quantitatives et qualitatives qui se présentent à eux, c’est-à-dire par un taux élevé de chômage, par une inadéquation entre la qualification acquise et l’emploi obtenu, et par le caractère souvent précaire de ce dernier.
  • Les publics des missions locales cumulent des obstacles à leur insertion rapide sur le marché du travail, en raison de leur faible niveau de formation et parfois d’abandons précoces du système scolaire, ou en raison de situations difficiles du point de vue familial, de l’hébergement, de la mobilité géographique ou de la santé.

Des propositions cosmétiques, court-termistes et inefficaces

Pour vouloir des résultats rapides, on multiplie les initiatives et les actions dont on espère des effets à court terme, mais il en résulte de nombreux dysfonctionnements mis en évidence dans la conclusion du rapport de la Cour des Comptes :

  • Une organisation complexe avec une multiplicité d’acteurs associés à des dispositifs nombreux : organismes d’information et d’orientation (Onisep, CIO, Fongecif,…), de financement (Unedic, Opca,…), de suivi et d’accompagnement (Pôle Emploi, Apec,…), avec différents niveaux d’intervention en fonction de l’organisation territoriale (local, départemental, régional, national, européen,…)4,
  • Des résultats qui ne sont pas à la hauteur des enjeux et des moyens mobilisés, car moins de 50% des jeunes ayant bénéficié de dispositifs financés par l’État ont pu avoir accès à un emploi5,
  • Des dispositifs qui ne répondent pas aux besoins des entreprises, car celles-ci sont à la recherche de personnels opérationnels et donc relativement qualifiés, ce qui ne correspond pas au profil des bénéficiaires d’aides à l’emploi6.

Contexte économique défavorable, manque de qualité et précarité de l’emploi obtenu par rapport aux attentes, situations personnelles difficiles, le constat est sans appel et l’échec peut être considéré comme patent !

La surabondance d’aides et de dispositifs mis en place a certainement contribué à une sorte de mirage… Existerait-il un droit au travail ? Plutôt que de «pousser» les jeunes vers des emplois qui n’existent pas, la vraie question n’est-elle pas plutôt de savoir comment créer les emplois d’aujourd’hui mais aussi de demain ?

Les différents dispositifs d’aide pour les jeunes, avec une portée à court ou moyen terme, ne risquent-ils pas d’éloigner plus encore les jeunes du monde du travail ? La perte du sens de l’effort pour ces jeunes sans emploi les éloigne encore plus d’un retour au travail. N’étant plus scolarisés, ni en formation, recevant aides sociales et revenus d’insertion, et sans vraies perspectives de travail, les jeunes ne sont-ils pas tentés de se tourner vers des activités plus informelles, voire illégales, mais probablement plus rémunératrices ?

Autant de questions qui, n’étant pas posées, n’ont bien sûr pas de réponses.

Valoriser l’alternance, un dispositif efficace

C’est un système de formation fondé sur une alternance entre phases pratiques en entreprise et phases théoriques en école. Concrètement, le jeune est salarié de l’entreprise pendant la durée de son contrat, il est dans le monde de l’entreprise avec des responsabilités et est accompagné d’un tuteur pendant cette période.

Les jeunes et l'emploi en alternance

Au cours des dernières années, la mise en place des formations en alternance dans l’enseignement supérieur a été réalisée avec succès, permettant aux étudiants d’accéder à des formations et des écoles dont les frais de scolarité ont augmenté significativement. Ce mouvement a-t-il fait de l’ombre à l’utilisation de ce dispositif pour les moins diplômés ? Non, dit le rapport qui rappelle que c’est pour ceux-ci que le dispositif reste le plus efficace.

Il apparaît donc nécessaire de rendre ses lettres de noblesse à cette formule, qui permet aux jeunes de s’investir dans la durée, faisant ainsi le lien en monde scolaire et éducatif d’une part et monde professionnel d’autre part.

Au-delà de la nécessaire réflexion sur l’ensemble des dispositifs actuels d’aides en faveur des jeunes, une vision à long terme doit émerger dans deux grands domaines. D’une part dans le domaine éducatif : l’école doit assurer une formation de base solide qui permette à chacun d’entrer sur le marché du travail avec un savoir-faire et des compétences. Elle doit aussi insuffler la capacité de s’adapter dans un monde professionnel très évolutif. D’autre part, dans le domaine de l’économie, il devient urgent de permettre les conditions de la création et de la pérennité des emplois de demain.

C’est bien le sens de cette «bataille de l’emploi» qui combat un ennemi invisible.

Alexandre Germain
Salarié dans le secteur privé
Administrateur représentant les salariés au sein d’un groupe français

 


1 – Chiffre de 2014, pourcentage calculé par rapport à la population active de la tranche d’âge, c’est-à-dire en excluant ceux qui sont encore en études ; le taux est de 8,7% rapporté à la tranche d’âge complète.

2 – Selon données INSEE de 2014.

3 – Cf. rapport cours des comptes, p 19.

4 – Rapport cour des comptes p 79.

5 – Rapport cour des comptes p 47.

6 – Rapport cour des comptes p 55.

 

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