Trump et la victoire du peuple

Et voilà ! Quatre mois et demi après le Brexit, nouveau coup de tonnerre ! «La fin d’un monde, la fin du monde» dramatise Slate, le saut «dans l’inconnu» renchérit Libération. Et nouvel échec retentissant des médias et du monde politique à savoir lire les signes des temps et à voir la révolte venir. Un quotidien allemand avait même imprimé sa une en faveur d’Hillary Clinton, persuadé qu’il était de la victoire logique, admise par tous et rationnelle de la candidate démocrate ; tout comme Newsweek, qui avait déjà imprimé 150 000 numéros titrant «Madam President» en une, et qu’Hillary Clinton avait déjà commencé à dédicacer… Eh bien non, l’histoire n’était pas écrite d’avance !

Le portrait robot caricatural des électeurs de Trump

Quel étonnement aussi de voir la marge d’erreur des sondages dans les fameux états-clés qui étaient dévolus à Hillary Clinton ! Les sondages la donnaient gagnante de plus de 5 points dans le Wisconsin, Trump l’a battue de 2,5 points ; en Ohio, il avait une courte tête de 2 points d’avance sur sa rivale, et il l’a emporté avec plus 8 points ; donné perdant de 4 points dans le Michigan et la Pennsylvanie, Trump les a gagnés tous les deux d’un point, indique The Economist.

Et loin de reconnaître leur défaite, les médias stigmatisent les électeurs de Trump de la même manière qu’ils l’ont fait pour les Brexiters : ils sont «blancs, masculins et peu instruits» précise Le Monde. La victoire des «beaufs», en somme. Être blanc et masculin est devenu répréhensible dans la tyrannie du politiquement correct, puisque ces deux appellations précèdent dorénavant en toute bonne foi celles de vulgaires, sexistes, racistes et homophobes. Aurons-nous bientôt des statistiques et des algorithmes qui détermineront notre degré de «bien-pensance» en fonction de notre race ? Aux États-Unis, peut-on dire que si l’on est un homme blanc, on est à 60% sûr d’être raciste et misogyne ? Mais quelle est la pire caricature ? Celle du peu distingué Trump ou celle de la police de pensée qui pratique l’Inquisition de la nouvelle bonne moralité ?

Les électeurs de Trump, d’après Laure Mandeville, correspondante à Washington pour Le Figaro, ont été «exaspérés» par l’autoritarisme des débats sur «les toilettes neutres que l’administration actuelle veut établir au nom du droit des personnes au genre fluide à ne pas être offensées» ; mais aussi par la disparition de «Joyeux Noël» remplacé par «Joyeuses fêtes», toujours pour ne pas blesser les minorités ; par les agressions de professeurs dans les universités à cause des déguisements d’Halloween (il n’est plus toléré de porter un chapeau mexicain ou de se dessiner des yeux bridés) ; par le refus d’Obama de nommer l’islam radical… Tous ces thèmes consacrent la dictature des droits individuels opposables à toute idée de bien commun politique et même de simple bon sens. Il a donc été très facile pour Trump de vendanger les raisins de la colère populaire, qui était tout bonnement ignorée, et surtout méprisée. Et on ne peut que trouver de troublantes ressemblances avec des débats français et européens bien actuels.

Les mirages du multiculturalisme démasqués

Comme le dit très justement Alexis Brézet dans son éditorial, cette élection marque la défaite des dogmes de la «nouvelle religion politique» qu’est le multiculturalisme ou sa version française «le vivre-ensemble», «qui inverse le devoir d’intégration (puisque c’est celui qui accueille qui doit s’accommoder aux diversités).» Pour Natacha Polony, «l’abandon de toute politique d’intégration permet de remplacer la question sociale par le noble combat contre les pulsions racistes de ces classes populaires si peu ouvertes à l’Autre». Mais sommes-nous si sûrs qu’il s’agisse de racisme ? L’Angleterre, chantre du multiculturalisme, connaît un inquiétant «white flight», qui voit des quartiers voire des villes entières se vider de ses habitants blancs, que Les Échos qualifient immédiatement de ségrégation raciale. Mais lorsqu’on habite un quartier où être blanc signifie être minoritaire, comment peut-on être rejoint parles belles théories «multiculturalisantes» d’élites qui habitent les beaux quartiers exempts de cette réalité ?

La mixité sociale, finalement, c’est bien, mais pour les autres ! Et tant que mon confort personnel n’est pas atteint mais uniquement celui des classes populaires, je peux continuer de promouvoir les belles vertus du vivre-ensemble, ce n’est jamais moi qui paye l’addition, et je peux en toute bonne conscience traiter de raciste celui qui me conteste ! Et toutes les stars du show-biz qui ont voué Trump aux gémonies, et promis de quitter les USA s’il gagnait comme Barbara Streisand, Miley Cyrus, Cher, Samuel L. Jackson ou encore Whoopi Goldberg, prouvent qu’elles font eux-aussi partie de cette caste privilégiée, coupée complètement des réalités vécues par leurs concitoyens. Même Omar Sy, personnalité préférée des français, a annoncé qu’il quittait son refuge doré de Los Angeles par opposition au nouveau Président. Maître Gim’s aurait annoncé qu’il renonçait à la chanson. Toutes ces réactions sont en réalité très irrationnelles tandis que celle des électeurs est implacablement plus rationnelle. Ils ont dit non à toutes leurs élites, politiques et médiatiques, et on les considère comme des traîtres à la nation ? Là encore, Trump a été, à notre grande honte, le meilleur analyste du mal-être des classes populaires. Laure Mandeville parle même d’«instincts politiques exceptionnels» pour voir ce que personne n’a vu ou voulu voir.

Trump est-il l’indésirable et déplorable que tous les médias s’accordaient et s’accordent toujours à décrire ? La fin du monde qu’on nous annonce est-elle si à craindre que cela, tant ses problèmes sont criants ? Les regards se tournent maintenant vers la France, prochain grand pays à vivre prochainement une échéance électorale majeure où rien ne donne vraiment à penser que le message ait été entendu. A notre tour de tomber de haut ?

Alix Verdet

 

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