Trump et Sanders

Les élites démocrates n’ont pas su voir que le vent tournait au moment de l’incroyable parcours du plus vieux concurrent des primaires démocrates. La victoire de Trump «signifie le rejet de l’Amérique des élites incarnée par Hillary Clinton et souligne avec cruauté l’incapacité des médias à avoir compris, entendu, mesuré ce qui se passait dans les profondeurs du pays. L’enthousiasme qu’avait suscité la candidature de Bernie Sanders, notamment chez les plus jeunes et les femmes, lors de la primaire démocrate, avait été une première alerte à l’intérieur du camp démocrate», que le parti n’a pas pris au sérieux, analyse Valérie Toranian.

C’est comme si tout le système pouvait continuer à s’appuyer sur le consentement a priori acquis des électeurs à n’importe quelle perpétuation de lui-même, qu’elle soit étiquetée démocrate ou républicaine. Natacha Polony parle de «totalitarisme soft dont on ne perçoit que par intermittence la violence», par exemple lorsque les primaires démocrates ont été truquées «pour éviter l’émergence de Sanders», ou quand l’ancien Président Bush ainsi que d’autres grands du GOP appellent «à voter Clinton, meilleure représentante des intérêts de Wall Street et des lobbys énergétiques et militaires». C’est l’hôpital qui se moque de la charité, et qui a permis qu’un milliardaire parvienne à entendre et représenter les classes moyennes paupérisées.

Et coup de théâtre, Bernie Sanders vient de proposer son aide à Donald Trump, annonce La Presse : «Si M. Trump entend vraiment mener des politiques visant à améliorer les vies des familles de travailleurs dans ce pays, moi ainsi que d’autres progressistes sommes prêts à travailler avec lui. (…) S’il entend mener des politiques racistes, sexistes, xénophobes et contre l’environnement, nous nous opposerons vigoureusement à lui. (…) Les gens en ont marre de travailler plus pour gagner moins, de voir des emplois honorables partir en Chine et d’autres pays aux bas salaires, que les milliardaires ne payent pas leurs impôts fédéraux et de ne pas pouvoir payer l’éducation supérieure de leurs enfants, tout ça pour que les très riches deviennent encore plus riches».

Sanders et Trump, même combat ? Ces deux candidats ont en effet subi les foudres de leurs partis respectifs, dont le premier n’a pu s’extraire. Porter la voix d’un «socialiste» – une insulte outre-atlantique –, c’est absolument inenvisageable pour les élites, alors que ça le devient pour la population. Elle s’est soulevée pour Sanders, et les élites ont eu la naïveté de croire que ce soulèvement d’enthousiasme allait profiter à Clinton. Bien que sous la même étiquette, la riche Hillary si favorable aux banquiers n’est pas crédible pour dire à l’unisson de ses concitoyens : «We, the people» («Nous, le peuple», les premiers mots de la Constitution des États-Unis).

Perdre contre Trump ? La sanction est rude pour les Démocrates. Plusieurs pensent que Sanders aurait gagné. Mais hélas, il n’était pas milliardaire pour faire entendre sa voix et beaucoup moins hâbleur ! Si Trump est aujourd’hui au pouvoir, les Démocrates ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes.

Alix Verdet

Photo : Gage Skidmore / Wikimedia Commons

 

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