Combattants de Daech
  • Daech a subi de sévères défaites en Irak, en Syrie et en Libye mais ses combattants sont prêts à tout et fanatisés
  • D’Al-Qaida à l’État islamique, le terrorisme islamique évolue et traverse les frontières
  • Daech vise maintenant les musulmans d’Asie et le cyberterrorisme

Depuis plusieurs semaines, on note un reflux de l’État islamique partout sur ses principaux territoires. En Irak, la perte en juin dernier de Falloudjha, «cité des mosquées» de 300 000 habitants dans la grande banlieue de Bagdad, et celle en août de Qayyara, prélude aux futurs combats de Mossoul, la deuxième ville du pays (entre 1,5 et 2 millions d’habitants), illustrent une dynamique clairement en faveur de la coalition anti-Daech. En Syrie, la situation est plus confuse mais les revers de Daech le long de la frontière turque ont pour conséquence le tarissement des trafics transfrontaliers qui lui sont indispensables, notamment pour acheminer les candidats au djihad. Enfin, les ultimes combats au cœur de la ville de Syrte marquent probablement un tournant majeur de l’aventure de Daech en Libye.

Les combats de rues sont loin d’être finis

Certes l’État islamique n’a pas dit son dernier mot : le chasser de ses fiefs historiques en Irak et en Syrie requerra des forces militaires conséquentes, capables – en combat urbain – de prendre l’ascendant sur un adversaire fanatisé qui généralise le piégeage des rues et des immeubles, le suicide de combattants au volant de véhicules bourrés d’explosifs et l’utilisation des populations comme boucliers humains (la reconquête de Falloudjha en a donné un aperçu à l’armée irakienne). Mais il semble bien que le proto-État soit sur son déclin. Déclin amorcé au plan économique mi-2015 lorsque les frappes aériennes de la coalition ont tout particulièrement ciblé les infrastructures et les transports d’hydrocarbures – pétrole et gaz naturel – dont Daech tirait une grande partie de ses ressources financières (de l’ordre du milliard de dollars selon certaines estimations). Dans ce contexte, on comprend que les autorités occidentales soient inquiètes de ce qui pourrait survenir après la chute de Mossoul et de Raqqa : quid du retour des djihadistes étrangers dans leurs pays d’origine, dont la France et la Belgique ?

Mais l’après-Daech doit aussi nous faire réfléchir sur une possible évolution du terrorisme djihadiste international.

Entretien avec l’amiral Jacques LANXADE, ancien chef d’État-Major des armées

 

L’État islamique, la somme de tous les djihadistes

Retour en arrière : avec les attentats du 11 septembre 2001 à New York, l’islamisme radical – dont le premier champ d’action, il faut le rappeler, se trouve dans la guerre sans merci entre Chiites et Sunnites – a trouvé une caisse de résonance exceptionnelle à l’échelle de la planète. A la suite de ce fait d’armes et alors que se développait la guerre en Afghanistan, sanctuaire de Ben Laden, Al Qaida s’est trouvée à la tête d’une nébuleuse terroriste agrégeant les mouvements qui lui faisaient allégeance1, en cohérence avec la volonté de son chef de promouvoir un islam planétaire, multipliant les actions à travers le monde, Bombay, Madrid, Bali… Mais l’organisation sort affaiblie par la mort de Ben Laden en 2011, et l’étendard du djihad passe dans les mains d’Al-Baghdadi, leader de l’État islamique, ex-État islamique en Irak et au Levant (acronyme Daech), ex-État islamique en Irak, ex-Al Qaida en Irak du jordanien Al-Zarkaoui. En 2014, Al-Baghdadi proclame le califat sur les territoires qu’il contrôle. La stratégie de Daech – disposer d’un État salafiste au cœur du Moyen Orient – diffère de celle d’Al Qaida au point que les deux organisations sont devenues rivales, même si elles peuvent trouver des terrains de coopération comme au Yémen aujourd’hui.

On le voit, le djihadisme international dispose d’une réelle aptitude à se transformer en permanence.

Des États vulnérables à la tentation djihadiste

La prochaine page du djihad, qui en réalité ne serait pas une mutation, pourrait consister dans la montée en puissance de groupes existants bénéficiant d’une médiatisation accrue en rapport avec leur capacité à théâtraliser leurs activités terroristes. Les régions du monde impactées seraient sans grande surprise celles qui se caractérisent par la présence d’États vulnérables, comme l’illustre la mise en perspective du Global Terrorism Database, élaboré par le National Center for the Study of Terrorism and Responses to Terrorism (START), avec le Fragile States Index entretenu par Fund for Peace (FFP). Outre le Moyen-Orient, l’Asie centrale, l’Afrique sahélienne et la Corne de l’Afrique, pourrait émerger l’Asie du Sud-Est. Ainsi cet été, Daech – passé maître en communication – a diffusé sa première publication en langue malaise à destination des populations de cette région du monde.

Daech et le cyberterrorisme

Le cyber-califat, nouvelle stratégie de Daech

Autre option qui, elle, marquerait une évolution forte : considérer l’espace cybernétique comme lieu du djihad. En proclamant il y a six mois le Califat cybernétique unifié, Daech explore cette voie. Et là, ce sont les pays les plus développés, les plus «connectés», qui sont les plus vulnérables puisque Internet offre à un hacker malveillant l’outil qui permet de s’infiltrer dans leurs réseaux vitaux, qu’il s’agisse des réseaux gouvernementaux, de ceux des grandes entreprises (médias, établissements bancaires…), ou de ceux des sites industriels et des infrastructures les plus sensibles (distribution d’eau, centrales électriques, voies ferrées…). Dans son rapport d’activité 2015 récemment publié, l’ANSSI (agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) rappelle l’épisode de la « cyberattaque » dont a été victime TV5 Monde au printemps 2015. Même si les analystes doutent de la revendication formulée par le groupe de pirates Cybercaliphate, cet événement rappelle qu’il s’agit là d’un vrai défi pour nos générations dites 3.0, voire 4.0.

Emmanuel Beaupré

 


1 – AQI (Al Qaida en Irak) en 2004, AQMI (Al Qaida au Maghreb islamique) en 2007, les Shabbaab de Somalie en 2009, AQPA (Al Qaida en péninsule arabique) en 2009, le Front Al-Nosra en Syrie en 2011.

 

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