Manifestants anti-avortement en prison comme des criminels

Le ministre des Droits des femmes, Laurence Rossignol, ouvre une guerre contre les sites internet qui, non seulement militent ouvertement contre l’IVG, mais indiquent, en particulier, aux jeunes filles, les «souffrances» et l’épreuve que constituent, pour elles, l’avortement. Après avoir gagné comme elle l’affirme, au micro de France-Info, le 17 septembre «la bataille du référencement» en faisant en sorte que sur Google, le site officiel du gouvernement, ivg.fr sorte le premier dans la liste des sites consultables, le ministre part en guerre contre les sites «très pervers» ivg.net, sosgrossesse.net, sosbebe.org, et surtout le site afterBaiz.com qui trompent les femmes en leur montrant les dangers et les souffrances que peuvent entraîner un avortement.

Le ministre n’a pas craint d’affirmer : «Les opposants n’ont jamais désarmé. Pas une fois, pas une heure, pendant ces quarante ans, ils n’ont cessé de chercher à dissuader des femmes, à affaiblir leur droit à l’IVG. Et aujourd’hui, effectivement, leur nouveau terrain de jeu, ce sont les sites internet, très pervers ». Bien sûr, le site officiel du gouvernement est, lui, parfaitement correct et ne contient aucune incitation à l’avortement. Il dit franchement toute la «vérité» surtout quand le gynécologue de service affirme froidement : «La majorité des études scientifiques sérieuses qui ont été publiées sur le sujet montrent qu’il n’y a pas de séquelles psychologiques à long terme de l’avortement. Il n’y a pas de syndrome post-traumatique qui persisterait à distance, plusieurs années après un avortement. Au moment de l’IVG, c’est sûr que ce n’est pas un moment très agréable à passer. Mais là, c’est comme pour la douleur physique, il y a des femmes qui le vivent on va dire plutôt bien et puis il y a des femmes qui le vivent plutôt mal : donc qui sont tristes, qui pleurent. Et à ce moment-là, il ne faut pas hésiter à demander à des professionnels formés à l’accompagnement psychologique de vous aider.» Bref, se faire avorter, c’est comme se faire arracher une dent, on peut avoir peur, ce n’est qu’un mauvais moment à passer. L’IVG, ce n’est aussi qu’un mauvais moment à passer. Le dentiste arrache la dent et la jette dans une poubelle et vous n’y pensez plus et si vous avez un peu mal, vous prenez du «doliprane» ; l’IVG, c’est pareil, l’embryon humain, le fœtus même, on vous l’arrache du ventre, on le jette dans la poubelle et après, prenez du «doliprane» et n’y pensez plus.

Autrement dit, l’enfant qui est dans le corps de la femme, est un «déchet» et le traiter comme un déchet, c’est respecter le droit de la femme !

Mais, il y a pire. Le ministre prévient : il y a des outils juridiques qui peuvent nous aider à lutter contre ces sites «très pervers» : «Il existe des outils juridiques qui ont été créés pour dissuader et limiter l’impact de ces opposants à l’IVG ». Des outils qui créeraient «un délit d’entrave numérique», comme autrefois, on a résolu, par une loi qui condamnait l’entrave physique à ces lieux, le «sit-in» de protestations devant les cliniques d’avortement. Ce «délit d’entrave numérique» serait passible de deux ans de prison et de 30 000 euros d’amendes. Autrement dit, on aurait toujours la liberté de dire que personnellement, on est hostile à l’avortement. Mais on n’aurait plus la liberté de dire qu’elle est moralement inacceptable, plus la liberté de dire qu’elle entraîne des souffrances physiques et psychologiques pour la femme, parce que le dire serait mentir et tromper. Dans ce contexte, a-t-on encore le droit de se demander «qui ment et qui trompe ?» Le demander publiquement poserait-il le risque d’encourir une peine de deux ans de prison et une amende de 30 000 € ? Les régimes tyranniques font exactement cela : le délit d’opinion qui peut aller jusqu’à la peine de mort, se définit par l’audace de dire le contraire de l’autorité politique en place. Celui qui ment, qui trompe, dans la philosophie politique de Laurence Rossignol, c’est celui qui ne dit pas ce que dit la puissance politique en place ! Et non seulement la puissance politique, mais l’idéologie féministe à laquelle cette puissance politique a donné la force du pouvoir.

Projet de déclaration à l’ONU :
L’ONU sera bientôt saisi d’un projet de résolution patronné par l’IPPF1, la Fédération internationale pour le planning familial en vue d’une Déclaration universelle sur la liberté sexuelle. Cette déclaration repose sur 6 principes :

  1. Le développement libre de sa sexualité est un droit fondamental qui est une composante du droit d’être en bonne santé ;
  2. Les personnes ayant moins de dix-huit ans sont aussi sujets de ce droit «et leurs capacités évolutives à prendre des décisions les concernant doivent être reconnues» ;
  3. Nul ne doit être traité de façon différente ou inégale en raison de sa sexualité ;
  4. Toute personne doit pouvoir jouir de sa sexualité et être libre de choisir si elle souhaite ou non se reproduire ;
  5. Toute personne a le droit d’être protégée contre toute forme de violence ;
  6. Les droits sexuels ne peuvent être soumis qu’aux seules limitations fixées par la loi en vue de garantir la reconnaissance et le respect des droits et des libertés d’autrui. Cette législation, relative aux droits humains, doit protéger et respecter les droits et les libertés d’autrui en veillant au bien être général public : la santé et l’ordre public ;
  7. Les États ont l’obligation de respecter, protéger et satisfaire les droits sexuels de tous.

Ces principes, qui sont fondés sur les différentes déclarations des droits de l’homme, visent en premier lieu les cultures et les religions qui tentent de soumettre les libertés sexuelles à d’autres contrôles que celui des législations politiques. Ils visent non seulement l’Islam, mais aussi les Églises qui ont un enseignement relatif à la maîtrise de la sexualité vers l’évolution d’un agir humain responsable. Ils visent aussi les «familles» qui pourraient être restrictives de la liberté sexuelle de leurs enfants avant leur majorité, puisqu’ils accordent le droit à cette liberté aux «ayant moins de 18 ans».

Ce qui est en jeu

Ce qui est fondamentalement en jeu, c’est la définition même de «liberté sexuelle» décrite comme une «liberté individuelle» qui n’a d’autres limites que la liberté individuelle d’autrui. Sont ainsi éliminés le harcèlement sexuel, le viol, l’inceste et la pédophilie. Mais l’acte sexuel, de sa nature, concerne non seulement le sujet dans sa liberté individuelle, mais la personne de l’autre, en tant qu’elle est «autre». La limite n’est pas une liberté individuelle numériquement différente, mais l’altérité de l’autre en tant que personne dans toute son intégrité et sa totalité. Autrement, il n’y a pas de sexualité, il n’y a que l’explosion de la sensualité, c’est-à-dire une recherche d’une satisfaction sensible et affective, une recherche de plaisir pour l’individu, même s’il a besoin d’un objet humain, d’un partenaire pour augmenter sa jouissance.

Femme enceinte

S’il faut apprendre à l’enfant à respecter son propre corps dans la virtualité de sa signification conjugale pour en protéger la dignité, il faut aussi lui apprendre à respecter le corps de l’autre sur lequel il n’a aucun droit. Leurs capacités évolutives, comme le dit le plaidoyer de l’IPPF, ne leur donnent aucun droit à transformer le corps de l’autre en objet de plaisir. Même le mariage le plus «régulier» ne donne pas le droit aux époux de violer la dignité de leurs propres corps en se les appropriant au mépris de leur altérité sur laquelle se fonde la dignité de la personne. Car si on fonde la liberté sexuelle uniquement sur la liberté individuelle, pourquoi interdire le viol, le harcèlement sexuel, la pédophilie ou l’inceste ? Si un individu a des pulsions, des envies, des besoins, pourquoi n’aurait-il pas la liberté de les satisfaire, puisqu’on lui accorde une liberté que seule la loi politique limite et uniquement pour l’intérêt général du bien publique de la santé ? Et pourtant, la grande partie des États modernes continue à interdire le viol, l’inceste et la pédophilie. Ce sont les derniers interdits. Si on sent le besoin qu’ils demeurent, c’est bien parce qu’il y a une autre limite à la liberté sexuelle que la liberté individuelle. Cette limite, c’est l’altérité inconditionnelle de la personne humaine qu’aucun droit politique ne peut permettre de soumettre aux exigences de la seule liberté sexuelle.

C’est sur cette altérité que se fonde l’interdit moral de l’avortement. Affirmer que toute femme a un droit inconditionnel à l’avortement, c’est affirmer, que l’acte sexuel est un droit à un exercice absolu quel que soit l’autre. Quand une femme dit qu’elle est enceinte, elle dit et sait qu’elle attend un enfant, lequel est absolument «autre». Affirmer son droit à l’avortement, c’est proclamer que l’enfant attendu, malgré elle peut-être, n’est rien qu’un déchet dont on peut disposer. Il n’a aucune altérité. Il est comme une dent cariée que l’on peut extraire.

C’est là le point de vue de tous les «féministes». Sous leurs plaintes, leurs revendications, leurs écrits, la femme n’est plus une personne, elle est devenue une «hypostase idéologique». Elle n’est plus une personne ; elle est un prétexte. Elle n’a plus droit à l’altérité, elle est enfouie sous l’indifférence de l’individu. Elle n’a plus de visage, plus de distinction. Elle est dénudée de toute sa dignité.

Et l’on prétend ainsi parler au nom des femmes ! Et si on refuse d’entrer dans cette logique infernale – l’enfer c’est les autres –, si l’on persiste à alerter les jeune femmes des dangers des atteintes graves à leur dignité, atteintes qui ne se résument pas à de «légers symptômes post-traumatiques» (sic), on sera passible de deux ans de prison et de 30 000 euros d’amende.

C’est une nouvelle définition de la démocratie ! C’est surtout un mensonge grave et une tromperie dangereuse.

Aline Lizotte

 


1 – Voir sur ce lien.

 

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