Élections américaines : Clinton ou Trump ?

A moins de deux mois des élections américaines, la campagne 2016 continue de rester des plus incertaines quant à son issue, alors qu’un sondage publié par CNN début septembre donne pour la première fois Donald Trump légèrement gagnant devant Hillary Clinton.

Pour beaucoup d’Américains et pour les médias en général, Trump est une sorte de clown médiatique, pas un président des États-Unis digne de ce nom. Personne de sensé ne peut lui donner son crédit. En face, sa rivale Clinton semble représenter un moindre mal, elle qui sait manier avec beaucoup d’expérience et de dextérité le politiquement correct, à défaut de susciter l’enthousiasme des foules.

Parmi les électeurs les plus hostiles au discours de Trump, on trouve les catholiques. Selon Henrik Lindell dans La Vie, «jamais depuis que l’on effectue ce type de sondages, on n’a pu identifier un vote de rejet aussi important chez les catholiques à l’égard d’un candidat». Souvent en contradiction flagrante avec le pape François, ses discours le discréditent fortement auprès d’eux. Or, comme le souligne E.J. Dionne dans The Tablet, «le vote catholique n’en impose pas à première vue, et pourtant, c’est celui qui décide du sort de chaque élection.» C’est ainsi que Mgr Chaput, archevêque de Philadelphie, a souhaité partager avec ses fidèles, sur le site du diocèse, non pas «les enseignements d’un archevêque», mais les «pensées d’un frère dans la foi» sur les prochaines élections. Et son constat est clair : «Les deux candidats à la Maison Blanche présentent de stupéfiantes failles» ; de plus, par leur niveau de vie et le montant de leur fortune, aucun des deux ne vit dans «le système solaire où vivent la plupart des Américains».

Ces paroles du prélat ont été étonnamment commentées dans la presse catholique, qui semble avoir depuis longtemps tranché la question. Pour John Gehring de Commonweal, «la candidature toxique de Donald Trump est sui generis une grave menace pour les idéaux et les normes démocratiques basiques, pour les valeurs chrétiennes et pour le bien commun. Dans ce contexte, la stupéfiante fausse équivalence [entre les deux candidats] de l’archevêque est irresponsable et même moralement dangereuse.» Il ajoute que des intellectuels catholiques de renom se sont prononcés contre Trump au mois de mars, parmi lesquels George Weigel et Robert George, qui ont mis en évidence combien «ses appels aux peurs éthiques et raciales et ses préjugés sont injurieux pour toute sensibilité authentiquement catholique». Toutefois, comme le rappelle Michael O’Loughlin dans America Magazine, «ils ont vite cessé de dire que voter pour sa rivale, Hillary Clinton, était acceptable…»

Tim Kaine
Tim Kaine.

Peut-on dire qu’Hillary Clinton incarne mieux que Trump les valeurs humaines objectives ? Peut-elle réellement représenter la bonne conscience électorale des catholiques en face du “monstre” Trump ? George Weigel, dans la revue catholique First Things, indique qu’aucun constat dépité sur Trump ne peut nous amener à conclure que «le camp démocrate offre un refuge sûr aux catholiques bien informés sur la doctrine sociale de l’Église, dans cet effroyable cycle électoral.» Le choix par Hillary Clinton du sénateur catholique Tim Kaine comme vice-président est une manœuvre politique courante, elle ne donne aucune garantie que les exigences fondamentales de la morale seront respectées. Comme le rappelle Weigel, tout au long de sa carrière, Tim Kaine a toujours soutenu le droit à l’avortement et va contribuer à donner «un vernis catholique à ce qui sera certainement l’administration la plus violemment pro-choice de l’histoire des États-Unis.» D’autant plus que Kaine prétend que l’Église catholique évoluera sur la question du mariage gay comme il a lui-même évolué sur la question !

Pour le père Murray, curé à Manhattan interrogé par Samuel Pruvot dans Famille Chrétienne, «le vice-président désigné par Clinton est un catholique pro-choice et le vice-président de Trump est un évangélique pro-life ! Le choix est vite fait.» Selon Philippe de Saint-Germain dans Aleteia, Hillary Clinton défend non seulement le droit à l’avortement mais aussi «son remboursement par les contribuables, et notamment les avortements tardifs ou postnataux». Le National Catholic Register rappelle «qu’en tant que première dame, elle a soutenu le mouvement qui a visé à faire reconnaître l’avortement et la contraception comme des droits internationaux à la Conférence internationale sur la population et le développement du Caire en 1994.»

Depuis le mois de janvier, elle est devenue «la première candidate aux élections présidentielles à être soutenue par le Planning Familial», qui s’est distingué de la manière la plus macabre l’été dernier lors de la révélation d’un trafic de revente d’organes prélevés sur des fœtus avortés tardivement. Hugues Lefèvre, dans Famille Chrétienne, rappelle que «l’organisation verserait 20 millions de dollars pour l’aider dans sa campagne ainsi que dans celle des sénateurs qu’elle soutiendrait.» Et concernant le mariage homosexuel, après s’être longtemps prononcée contre son application, elle a radicalement changé de position en 2013, «à mesure que les enquêtes d’opinion commençaient à montrer qu’une majorité d’Américains était favorable à une redéfinition du mariage.» Et que penser de son recours à un serveur d’e-mails privé non protégé quand elle était secrétaire d’État aux Affaires étrangères ? Selon Contrepoints, il s’agit d’«une utilisation rigoureusement interdite par les procédures du ministère et qui lui a permis d’éviter que ses e-mails ne puissent être utilisés dans le cadre d’autres affaires comme celle de Benghazi».

Le rapport d’enquête officiel a pourtant mis en évidence la responsabilité et l’incompétence de Clinton dans la mort de l’ambassadeur américain en septembre 2012. Le Washington Post cite le cas d’une électrice catholique américaine qui s’apprêtait avec beaucoup de réticences à voter pour Hillary Clinton, «jusqu’au jour où Bill Clinton a rencontré en privé le procureur général Loretta Lynch sur le tarmac de l’aéroport de Phoenix, seulement quelques jours avant que le FBI décide de ne pas poursuivre Hillary en justice». La puissance du clan Clinton, son influence mais aussi les origines troubles de ses richesses inspirent peu confiance. En 2015, les époux Clinton ont déclaré «un revenu de 10 745 378 dollars, avec comme principale source de revenus des honoraires venant de conférences1. Ils ont eu un taux d’imposition de 43 %», révèle Atlantico. Or, ils sont parvenus à déduire «de leur impôt sur le revenu 1 042 000 dollars en dons à des organisations caritatives». Mais «sur ce montant, 1 million de dollars a été versé à une association de leur famille, la Clinton Family Foundation».

Enfin, il reste la question très importante de la nomination des juges à la Cour suprême – juges nommés à vie par le président –, qui pendant les deux mandats d’Obama est revenue à une administration démocrate. La mort soudaine en février dernier du doyen de la Cour suprême, le juge Antonin Scalia, très connu et respecté pour ses positions contre l’avortement, donne à la plus haute instance des États-Unis la possibilité de basculer durablement dans le camp pro-choice, c’est-à-dire nettement plus libéral et progressiste en matière sociétale. On peut donc être en droit d’espérer que la nomination des juges revienne dans la camp républicain. Une des promesses de campagne de Trump est de nommer des juges pro-life et aussi de lutter pour la liberté religieuse.

Comme le rappelle Samuel Pruvot, «entre l’Église catholique et le gouvernement Obama, le torchon a brûlé» : plusieurs établissements de santé tenus par des religieuses «ont pris le risque de s’opposer au gouvernement fédéral sur le versement de sommes en faveur de l’avortement.» Or Trump est allé jusqu’à promettre de révoquer l’amendement Johnson de 1950, qui interdit aux églises de s’engager ouvertement en politique : «Je pense que ce sera peut-être ma plus grande contribution au christianisme – et aux autres religions – de permettre à chacun, quand il parle de liberté religieuse, de ne pas hésiter à parler ouvertement, et s’il veut être représenté par quelqu’un, il devrait pouvoir le faire», rapporte Michael O’Loughlin dans America. Autrement dit, Trump a compris qu’il faut flatter le vote religieux. La débandade de Clinton va mettre les catholiques en déroute. Vont-ils voter pour le “monstre” ?

Trump n’est assurément pas un enfant de chœur, ni un exemple à suivre. Mais Hillary Clinton ne l’est pas non plus, alors qu’elle fait tout pour paraître respectable. Tous les discours de Clinton sont révisés au millimètre près et construits de manière à séduire le public auquel il s’adresse. Il semble, au contraire, que Trump affiche un parler abrupt, un mépris de l’establishment et des positions excessives. Mais, ne sont-ils pas sa manière de vouloir changer les choses ? Est-il réellement dangereux ? Pourra-t-il réellement mener à bien ses propositions les plus saugrenues et controversées ? L’électeur américain est en face du politiquement correct ou du politiquement incorrect. L’impensable d’y il y a quelques mois paraît devenir pensable. Non seulement l’Amérique, mais le monde entier expérimente un phénomène nouveau : la chute de l’idéal démocratique due à l’impuissance des peuples à se faire respecter. Qu’en sortira-t-il ? God Bless America !

Alix Verdet

 


1 – Hillary Clinton et son mari Bill, ancien président des États-Unis, ont reçu plus de 153 millions de dollars pour des conférences rémunérées entre 2001 et mai 2015, lorsque Hillary Clinton a lancé sa campagne présidentielle, selon Sud Ouest.

 

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