Emmanuel Macron

Mais qu’est-ce qui arrêtera Emmanuel Macron ? Le benjamin du gouvernement – jusqu’à l’arrivée de Myriam El-Khomri – illustre inconnu il y a encore deux ans, n’en finit plus de faire monter les sondages en sa faveur, jusqu’à lorgner, avec un sourire charmeur, sur les présidentielles de 2017. Il est désormais en tête des personnalités de gauche préférées des français pour l’échéance électorale majeure de notre pays selon un sondage réalisé par Viavoice pour Libération. Mais où se situe Macron et où est-il situé par les autres ?

A gauche, selon ses propres paroles, dans une interview parue sur Arte : «Je suis de gauche, c’est mon histoire» rapporte L’Obs ; et d’ajouter immédiatement : «Mais la gauche aujourd’hui ne me satisfait plus.» Une nouvelle gauche en somme, peu goûtée dans son clan qui le dédaigne. Car c’est bien un mouvement ni de gauche ni de droite, qui plus est à ses initiales «En Marche», qu’il a lancé avec succès, mouvement «bien plus critiqué à gauche qu’à droite», «voire carrément salué par Jean-Pierre Raffarin ou encore Pierre Gattaz, le président du Medef», souligne L’Express. Conséquence attendue : il ne fait ni partie de la Belle Alliance Populaire, incertaine initiative de seconds couteaux du polyèdre écolo-gauchiste, qui, à peine née, «suscite une impression de déjà-vu et de rafistolage», titre Le Monde ; ni du battage de rappel des «hollandistes» de «Hé oh la gauche» conduit par Stéphane Le Foll, dont le slogan a été abondamment moqué par nos humoristes nationaux, indique Le Figaro.fr.

Paradoxalement, Macron s’est vu recevoir son adoubement de chevalier de la gauche par les propos chaleureux et élogieux du sulfureux Yannis Varoufakis, ancien ministre des finances de Tsipras, limogé pour trop d’intransigeance, et vu il y a quelques mois encore aux côtés du frondeur Arnaud Montebourg, ancienne étoile montante désormais déchue : «Je l’aime beaucoup personnellement», dit-il à propos de Macron ; «nous avons travaillé ensemble, c’était le seul ministre français qui semblait comprendre ce qui était en jeu au sein de la zone euro. Il a compris combien ce qui arrivait à la Grèce pouvait être catastrophique pour la France», rapporte L’Opinion. Ainsi le brillant banquier de chez Rothschild serait-il en plus le plus compétent ? De l’autre côté de la Manche, The Guardian le décrit comme un «iconoclaste» qui, «tout en officiant dans un gouvernement socialiste, a systématiquement attaqué les sujets tabous de la gauche – des 35 heures au travail du dimanche en passant par l’immense service public» ; il présente aussi l’avantage, selon eux, d’être une tête nouvelle, au sein d’une «course à la présidence entre trois vieux visages du passé – Hollande, Sarkozy et Le Pen, qui ont tous combattu pour la présidentielle de 2012». Du sang neuf, donc, ce qui ne déplaît visiblement pas aux Français.

Manuel Valls
Photo Olaf Kosinsky /
Wikimedia Commons

Mais s’il en est un à qui Emmanuel Macron fait certainement de l’ombre, c’est le Premier ministre Manuel Valls. Alors que ce dernier montait dans l’opinion des Français en tant que ministre de l’intérieur, le Président Hollande a parfaitement su ternir son aura en le propulsant à la tête du gouvernement, position très souvent ingrate pour les ambitieux : «Regardez comme il s’est « hollandisé » ! Il parle comme Hollande, il bouge comme Hollande. (…) Il s’est tiédi», analyse un ancien conseiller du pouvoir interrogé par Le Parisien. Cette position ne lui permet plus d’incarner le renouveau de la gauche, libre et audacieux, au contraire de son jeune rival, qui s’est payé le luxe d’exprimer «son malaise sur la déchéance de nationalité», aux côtés de la très à gauche Christiane Taubira, rappelle Le Temps : «Sous le quinquennat si problématiquement «normal» de François Hollande, Emmanuel Macron est l’exception», et non Valls, jugé «trop rigide», «trop apparatchik». Sans oublier les victoires sociales libérales de sa loi : «Un ministre qui peut, en moins de deux ans, associer son nom à une action concrète qui change la vie des gens, c’est un capital unique», souligne Jean-Christophe Lagarde, leader de l’UDI.

Macron, c’est donc le dépassement par la transgression, et non la rupture un peu trop sèche de Valls. Cela se voit jusque dans leur langage corporel, précisément analysé par Marie-Claude Martin dans Le Temps : quand Manuel Valls apparaît souvent «en colère, les sourcils froncés, les narines pincées, la bouche à l’envers et le cou congestionné dans des cols trop serrés», Emmanuel Macron «apparaît décontracté, malicieux, toujours souriant, « cool » dans ses costards, un peu comme un tennisman en vacances». Et que dire de la une de Paris-Match – bien plus élégante et flatteuse qu’une certaine une de Closer – où on le retrouve en prince charmant, époux fidèle et amoureux depuis ses 17 ans d’une femme plus âgée que lui, et donnant le biberon avec cette même décontraction aux petits-enfants de sa femme. Mais on découvre aussi son flamboyant parcours, de collégien prodige sur les planches qui caresse la carrière d’acteur, d’élève littéraire avec un bac scientifique, de diplômé en philosophie et d’énarque, de brillant banquier mais aussi de pianiste, le parfait honnête homme en somme. Là encore, Macron se démarque par son élégance et sa culture. Selon François-Xavier Bourmaud, auteur du livre Emmanuel Macron, le banquier qui voulait être roi, Macron «ne reconnaît pas à Valls d’envergure intellectuelle ; il le trouve bon en communication mais sans grande vision sur le fond». Même si cette une était peut-être une bêtise, Paris-Match n’en a pas moins connu ses meilleures ventes depuis le début de l’année, révèle BFMTV

Si son image est très bien négociée, le charme d’Emmanuel Macron réside aussi dans sa jeunesse et sa modernité. Selon Richard Werly, correspondant du Temps à Paris, «Emmanuel Macron a compris deux choses qui le rendent politiquement crédible : les jeunes générations, épuisées par le chômage de masse, sont libérales, et les Français en général ont soif d’une direction et d’un nouveau récit national.» Mais, comme le rappelle les membres agacés de son camp dans Le Figaro, «Macron est loin d’avoir fait ses preuves sur le plan politique» ; Thomas Piketty dans Le Point, cité par Atlantico, ne se laisse pas le moins du monde impressionner par son brillant pedigree : «Je le juge coresponsable de la catastrophe économique en cours : bidouiller une fusion pour sa banque ne prépare pas à gouverner un pays. Rédiger une belle dissertation de droit ou d’économie pour un concours assez médiocre au niveau national (l’ENA), non plus.» Mais en face de professionnels de la politique qui n’ont jamais travaillé dans le privé et qui boivent le lait du parti depuis des années, Macron, qui a rendu sa carte, présente un bilan professionnel autrement plus positif…

Nova dans le système, qui donc est la naine blanche ? Devinez !

Alix Verdet

Photo : SPD Bundesparteitag 2015-Gruppenaufnahmen – Official Leweb Photos / Wikimedia Commons

 

Petit précis d’astrophysique

Nova : étoile qui devient brusquement beaucoup plus lumineuse (semblant constituer une étoile nouvelle), puis reprend lentement son éclat primitif. La subite augmentation de la brillance est en fait due à un système stellaire binaire de forte excentricité, qui est très rapproché pendant seulement quelques heures. L’une des deux étoiles est une naine blanche. Se refroidissant très lentement, cet astre est plutôt inerte mais, lorsqu’il fait partie d’un système binaire, vient un moment où il arrache du gaz à l’étoile voisine. Une explosion se produit alors, soufflant la naine blanche.

Vie et mort des étoiles ordinaires sur futura-sciences.com

 

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