La pape François devant l'exhortation apostolique

Le cardinal Burke donne une appréciation canonique de l’autorité qui s’attache au document Amoris Lætitia. Voici quelques extraits accompagnés d’une note explicative réalisée à partir de la Constitution apostolique Lumen Gentium.

Cardinal Burke : «La seule clé pour interpréter correctement Amoris Lætitia est celle de la continuité doctrinale de l’enseignement de l’Église et de sa discipline qui garde et nourrit son enseignement. Le Pape François a dit clairement, depuis le début, que l’exhortation apostolique post-synodale n’est pas un acte du magistère.»
[…]

« En d’autres termes, une exhortation apostolique post-synodale, par sa nature même, ne propose pas une nouvelle doctrine et une nouvelle discipline, mais met en application la doctrine et la discipline pérennes dans la situation du monde de ce temps.

Comment, dans ces conditions, recevoir ce document ? Tout d’abord, il doit être reçu avec le profond respect dû au pontife Romain comme vicaire du Christ, selon les paroles du Concile Œcuménique de Vatican II : «Le pontife romain, comme successeur de saint Pierre, est le principe perpétuel et visible et le fondement de l’unité qui lie entre eux soit les évêques, soit la multitude des fidèles» (Lumen Gentium 231). Certains commentateurs confondent un tel respect avec la prétendue obligation de «croire de foi divine et catholique» (Canon 750, § 12) tout ce que contient ce document. Mais l’Église Catholique, tout en insistant sur le respect dû au ministère pétrinien comme institué par Notre Seigneur lui-même, n’a jamais soutenu que chaque énoncé du successeur de saint Pierre devait être reçu comme faisant partie de son magistère infaillible.

L’Église a de tout temps fait attention à une tendance erronée d’interpréter chaque parole du Pape comme obligeant la conscience, ce qui, bien sûr, est absurde. Selon la tradition, le Pape a deux corps, son corps en tant qu’individu faisant partie des fidèles et qui est soumis à la mort et son corps en tant que vicaire du Christ sur la terre, qui, selon la promesse de Notre Seigneur, dure jusqu’à son retour dans la gloire. Le premier corps est son corps mortel ; le second corps est l’institution divine du ministère de saint Pierre et de ses successeurs.»

 

Note explicative

L’exhortation apostolique du Saint Père est un texte du Magistère auquel on doit un pieux respect. C’est un enseignement pastoral mais le Saint Père n’entend pas en faire un enseignement qui requiert l’adhésion au magistère infaillible ni même l’adhésion au magistère authentique.

Un certain nombres de personnes, lorsqu’elles emploient le mot magistère, font référence à un enseignement infaillible, exprimé de façon ordinaire ou solennelle. Or il n’en est pas toujours ainsi. Le mot magistère désigne l’enseignement du Pape, lequel est revêtu d’une certaine autorité. Or c’est le Pape lui-même qui fixe l’autorité de son enseignement.

Selon Lumen Gentium3, il y a trois degrés d’autorité :
– le magistère infaillible qui engage la foi divine de l’Église telle que le Droit canon l’enseigne et qui oblige en vertu de cette même foi.
– le magistère authentique qui demande un assentiment religieux, c’est-à-dire un acte de l’intelligence par lequel on adhère à la vérité de cet enseignement qui ne peut être contredit ni affaibli, en vertu du charisme personnel dont le Souverain Pontife jouit dans son magistère ordinaire.
– le pieux respect par lequel on adhère à un enseignement du Saint Père, lequel habituellement rappelle l’enseignement traditionnel de l’Église dans sa continuité en y ajoutant ici et là un style personnel et quelques notes pastorales nouvelles. C’est dans ce troisième sens que l’on doit recevoir l’exhortation apostolique Amoris Lætitia. C’est ainsi que l’applique le Cardinal Burke quand il dit que ce document «doit être reçu avec le profond respect dû au pontife Romain comme vicaire du Christ.»

Pour la question des divorcés remariés, le Saint Père en reporte la solution sur un discernement pastoral que doit faire l’évêque. Il serait donc contradictoire d’en exposer des normes autres que celles qui font partie de la doctrine de l’Église. Autrement, il ne s’agirait plus d’un discernement prudentiel.

Extraits d’une interview accordée par le cardinal Burke au National Catholic Register, le 12 avril 2016 (traduction AFCP)
Retrouvez l’intégralité de l’interview sur ce lien

 


3 – «Cet assentiment religieux de la volonté et de l’intelligence est dû, à un titre singulier, au Souverain Pontife en son magistère authentique, même lorsqu’il ne parle pas ex cathedra, ce qui implique la reconnaissance respectueuse de son suprême magistère, et l’adhésion sincère à ses affirmations, en conformité à ce qu’il manifeste de sa pensée et de sa volonté et que l’on peut déduire en particulier du caractère des documents, ou de l’insistance à proposer une certaine doctrine, ou de la manière même de s’exprimer.» Lumen Gentium 25.

 

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