Les juifs sur le départ

Une enquête de CNN révèle que depuis l’attentat de l’Hyper Cacher, deux jours après celui de Charlie Hebdo, trois ans après les tueries anti-juives de Mohamed Merah, le départ des Juifs de France vers Israël s’intensifie, pour devenir la plus forte migration de Juifs de l’Europe occidentale vers Israël depuis la création de l’État en 1948. Près de 8 000 Juifs français ont rejoint l’État hébreu depuis janvier 2015 et les attaques de Charlie Hebdo selon l’Agence Juive, chargée de l’immigration des Juifs en Israël, appelée aussi Aliyah. En 2013, moins de 3 300 Juifs français avaient migré. Deux ans plus tard, ce nombre était revenu autour de 1 900. La Grande-Bretagne détient la deuxième plus importante émigration juive depuis l’Europe Occidentale mais dans une bien moindre mesure. Selon L’Agence Juive, seulement 774 Juifs britanniques ont émigré vers Israël en 2015, soit moins du dixième des Juifs français.

De nombreux Juifs français s’installent à Ashdod, une ville au sud d’Israël, connue pour son importante population française. Il est donc commun d’entendre parler français autant qu’hébreu dans les rues, notamment dans un de ses nombreux cafés français. L’agence Juive indique que la violence est une des raisons de l’immigration française, depuis les attaques hyper-médiatisées de l’école juive de Toulouse en 2012, du musée juif de Bruxelles en 2014, du supermarché cacher à Paris et de la synagogue à Copenhague. Le sentiment d’insécurité des Juifs français et européens trouve un écho dans la politique d’accueil des dirigeants israéliens qui proclament qu’Israël offrira toujours un toit aux Juifs du monde entier.

Le Premier Ministre Manuel Valls déplore le départ des Juifs de France dont ils sont la plus ancienne communauté, étant citoyens français depuis la Révolution Française, c’est-à-dire au moment même où tous les Français le devenaient. «Sans les Juifs, la France n’est plus la France». Ce à quoi Salomon Malka, auteur du livre Le Grand désarroi : enquête sur les Juifs de France, ajoute dans Le Monde des Religions : «Je ne sais pas si la France sans les juifs serait la France ou pas, mais sans la France, il manquerait quelque chose d’essentiel au judaïsme. Il est inscrit dans l’Histoire du pays. De grandes figures s’y sont illustrées autant sur le plan religieux que dans la littérature, la philosophie, les arts, la science, avec des figures comme Rachi, René Cassin, Pierre Mendès-France, Alfred Dreyfus, Bernard Lazare, Emmanuel Lévinas, Romain Gary, Albert Cohen… Leur identité française est inséparable de leur dimension juive.»

Cependant, l’Aliyah, ascension spirituelle idéalisée pour ces candidats au départ, ne tient pas toujours toutes ses promesses. Ainsi les retours au pays d’origine ne sont pas rares. Bien que difficiles à évaluer, l’Agence Juive indique dans ses statistiques officielles que parmi les émigrants «5 % achètent un billet retour dès la première année», et qu’il «pourrait y avoir de 15 à 20 % de retour à plus long terme» quand 40 % de nouveaux immigrés «envisagent de retourner dans leur pays d’origine sans pour autant franchir le cap» révèle L’Obs.

Rédaction SRP

 

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