Henri 8 et la cathédrale de Canterbury

L’Église Épiscopalienne nord-américaine est suspendue de toute participation à la direction de la Communion Anglicane pour trois ans. L’archevêque de Canterbury Justin Welby, primat d’honneur, dépourvu de toute juridiction sur les diverses communautés qui forment la Communion Anglicane, vient vraisemblablement d’utiliser sa dernière cartouche dans sa quête pour maintenir l’unité de la Communion. À qui voulait bien voir, cette décision semblait inévitable.

En juin dernier déjà, Justin Welby avait fait part de ses «vives inquiétudes» quant aux choix d’ouverture et aux innovations liturgiques en faveur des homosexuels de l’Église épiscopalienne, branche américaine de l’Église anglicane. En effet, les évêques épiscopaliens s’étaient mis d’accord pour «retirer des canons liturgiques toute référence au mariage comme étant entre un homme et une femme» rapportait alors Christian Today. Et c’est exactement la ligne rouge qu’il ne fallait pas franchir et qui justifie leur exclusion pour trois ans de tout organe de décision et de concertation de la Communion Anglicane : «La doctrine traditionnelle de l’église, compte-tenu des enseignements de l’Écriture, maintient que le mariage est une union entre un homme et une femme, union fidèle pour la vie. La majorité de ceux réunis ici réaffirme cet enseignement» relaie The Tablet.

Mais quel sens ont les mots «doctrine» et «tradition» en face de la «majorité» ? Si la majorité change d’opinion, la doctrine et la tradition lui emboîteront-elles le pas ? Vu le dynamisme démographique de l’Afrique, les Épiscopaliens ont du souci à se faire. Car il peut paraître stupéfiant de lire la justification de leur ouverture à la bénédiction de couples de même sexe : «Notre décision concernant le mariage s’appuie sur la conviction que les paroles de l’apôtre Paul dans l’épître aux Galates sont vraies pour l’église d’aujourd’hui : «Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. Il n’y a plus désormais de Juif ou de païen, d’esclave ou d’homme libre, d’homme ou de femme, car tous sont un dans le Christ» continue The Tablet. Pourtant, le même apôtre est très clair quand il aborde la question des pratiques homosexuelles dans la première épître aux Corinthiens (1Co 6, 9)…

Michael Bruce Curry
Michael Bruce Curry, évêque-président de l’Église épiscopale de États-Unis – Photo Beth Crow / Wikimedia Commons

 
La Communion Anglicane se défend de mettre à la porte les épiscopaliens, mais explique que ce sont «leurs décisions depuis 12 ans qui ont créé cette distance et qu’il ne s’agit donc que des conséquences de leurs choix» indique le National Catholic Reporter.

Pour rappel, il y a 12 ans, l’Église épiscopalienne ordonnait évêque un prêtre ouvertement homosexuel vivant en couple, Gene Robinson, évêque dans le New Hampshire. L’homosexualité, un peu rapidement qualifiée de «mœurs de blancs» en Afrique, est absolument inacceptable pour les prélats africains mais aussi indiens de l’intercommunion anglicane. Mais est-elle davantage acceptée dans la High Church anglaise, qui n’en a pas fini de se diviser non seulement sur cette question, mais encore sur l’ordination des femmes ? En effet, The Tablet révélait en août dernier que les prêtres et évêques qui refusaient l’ordination de femmes prêtres avaient obtenu le droit de célébrer de leur côté la messe chrismale, pourtant haut lieu de la manifestation de la communion du clergé autour de l’évêque.

Sur la question de l’homosexualité, l’Église d’Angleterre dit rester «réticente à bénir les unions de même sexe» lit-on dans La Croix, même si certains prêtres et évêques ont déjà pris la liberté de le faire. Et les prêtres homosexuels ne peuvent être ordonnés évêques que s’ils sont abstinents, ce qui est vivement critiqué outre-Atlantique… Or, pour Michael Curry, l’évêque président de l’Église épiscopalienne, «il n’y aura pas de retour en arrière de la part des épiscopaliens» révèle le National Catholic Register. Le divorce semble consommé, et le schisme juste repoussé.

Le Vatican, par la voix de son président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, le cardinal Kurt Koch, salue cet effort d’unité de la Communion Anglicane et note que cette décision permet de conserver un dialogue possible avec l’Église catholique, et qu’elle «permet la possibilité de resserrer les liens entre catholiques et anglicans». On se rappellera que ce dialogue qui avançait dût adopter un profil bas après la décision de Cantorbery d’admettre les femmes au sacerdoce ministériel. Ce fut pour Jean-Paul II l’occasion du publier la lettre apostolique Ordinatio Sacerdotalis, le plus court document de son pontificat.

Andrew Burnham
Monseigneur Andrew Burnham –
Photo James Bradley / Wikimedia Commons

L’Église catholique serait-elle donc l’avenir de la Communion Anglicane ? C’est un peu ce que semble penser Mgr Andrew Burnham, un ancien évêque anglican devenu prêtre catholique, membre de l’Ordinariat personnel de Notre-Dame de Walsingham, fondé par Benoît XVI en 2011 pour accueillir les membres du clergé anglican souhaitant la pleine communion avec Rome. «Il manque à l’Anglicanisme, confie-t-il au National Catholic Register, l’autorité du ministère pétrinien comme garantie de la doctrine […] et l’autorité nécessaire pour résoudre les conflits qui se présentent.»

Ed Tomlison, ancien prêtre anglican désormais catholique et membre de l’Ordinariat de Tunbridge, va plus loin en disant «qu’à terme, le schisme est inévitable» et que les Ordinariats Personnels s’emplissent d’anciens prêtres anglicans. Il ajoute suspecter «fortement que la décision des primats anglicans a été prise dans le but d’essayer de maintenir l’unité de la Communion Anglicane […], car dès que la Communion se délitera, l’Église d’Angleterre elle-même ne peut qu’imploser. La seule chose qui tient encore ensemble les paroisses divisées est la Couronne, en fin de compte.» God save the Church, mais pour combien de temps encore ? Pas sûr que le Prince Charles fasse autant l’unité que sa mère la Reine Élisabeth sur la question.

Rédaction SRP

 

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