Jeune engagée dans le service civique

«S’engager, c’est être utile deux fois, pour soi et pour les autres» déclarait François Hollande lors de ses vœux à la jeunesse le 12 janvier dernier. Voilà quelle est la justification du service civique pour le chef de l’État.

Créé en 2010 par Martin Hirsch sous les présidence de Nicolas Sarkozy, le service civique volontaire peut se targuer d’être un succès. De 6 000 volontaires en 2010, il en a attiré 120 000 en 2015, alors que seulement un quart des candidatures peuvent être satisfaites faute de places suffisantes, indique Libération. Il semblerait donc que le milliard d’euros d’investissement promis par le chef de l’État d’ici 2018 soit une vibrante réponse à cet élan de générosité qui meut la jeunesse de notre pays. Et l’objectif du service civique est non seulement d’être «un levier essentiel de la citoyenneté» mais aussi un «moyen de s’insérer dans la vie professionnelle». Serait-elle là, la promesse du candidat Hollande à la jeunesse abandonnée ? Eh bien non, pas encore.

Comme le fait remarquer Guillaume Bigot du Comité Orwell dans Figaro Vox, le service civique en vue d’éduquer à la citoyenneté est volontaire et non pas obligatoire, donc par définition, il s’adresse à «ceux qui ont le moins besoin d’apprendre à s’engager». De plus, le parcours citoyen qu’il validerait et qui doit être un remède préventif à la radicalisation, semble bien pâle en face du paradis apocalyptique que propose Daech à ses aspirants.

Mais c’est surtout en ce qui concerne l’emploi que l’illusion d’optique joue le plus. François Chérèque, ex-secrétaire général de la CFDT et président de l’Agence du service civique interviewé par Capital est formel : les bénéfices du service civique sont d’un ordre personnel et non professionnel pour les jeunes : «construction d’un réseau, développement de l’autonomie, confiance en soi» avec bien sûr une certaine «valorisation du CV». Mais ces bénéfices touchent essentiellement des jeunes déjà diplômés et normalement déjà aptes à intégrer le marché du travail. En effet, 17,5 % de jeunes sans diplômes se portent volontaires mais font souvent partie de ceux qui ne trouvent pas de missions faute de qualification, qui restent sur le carreau du service civique révèle Éric Nunès dans Le Monde.

Pour le collectif Génération Précaire interrogé par Les Échos, l’accent est à mettre sur l’apprentissage, «quasi-inexistant dans le secteur associatif» et pourtant «seul dispositif qui permet aux jeunes de trouver un job», le service civique ne servant finalement qu’à «retarder l’entrée des jeunes sur le marché du travail». Le collectif dénonce aussi un effet collatéral pervers de cette mesure sur l’emploi dans les associations, «en grandes difficultés financières» suite aux coupes dans les dotations aux collectivités locales, et chez qui les services civiques volontaires et fortement subventionnés par l’État risquent de «remplacer des emplois salariés». Enfin, le reclassement de ces jeunes demandeurs d’emploi de la catégorie A à la catégorie D maquillera opportunément la courbe du chômage à l’approche d’échéances électorales majeures. Comme si le combat contre le chômage était décidément perdu d’avance, au point qu’il ne reste plus à manier pour le gouvernement que la poudre aux yeux de l’opinion.

Rédaction SRP

 

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