La France conquise par le FN

«Le “Tous contre le FN” a fonctionné» titre le quotidien espagnol El Mundo en ce lundi 14 décembre. La presse européenne semble pousser un «ouf» de soulagement, en lieu et place de la presse française qui ne peut en faire autant – «La défaite pour tous» reconnaît La Croix – sans pour autant crier à la victoire : «Mais alors, qui a gagné les élections en France ?» s’interroge El País.

Difficile en effet de définir clairement un vainqueur au lendemain des résultats des élections régionales, scrutin d’ordinaire peu suivi et qui n’aura jamais autant suscité d’inquiétudes et d’engagement tant du côté des candidats que de leurs partis. Plusieurs médias cependant désignent le Front National vainqueur de ce scrutin. Éric Verhaeghe, pour Contrepoints, parle de «défaite en trompe-l’œil» pour ce parti dont les candidats ont, chacun dans leur région, gagné un nombre important de nouveaux électeurs : 100 000 pour Marine Le Pen, 150 000 pour Florian Philippot, «soit 40 % des nouveaux votants», 70 000 pour Marion Maréchal Le Pen et 150 000 pour Louis Alliot. Et c’est aussi la légitimité des nouveaux présidents de région qui laisse à désirer selon lui, au vu d’un taux d’abstention encore très élevé, malgré une participation accrue des électeurs au second tour pour faire barrage au Front National, décidément meilleur motif de mobilisation électorale.

Ainsi, rares sont les présidents de région à avoir été élus par plus de 30 % des inscrits. Gabriel Nedelec pour Les Échos constate également ce renforcement électoral du FN qui, «avec 6 800 000 voix, […] a battu son propre record» avec une «progression de plus de 800 000 voix» et qui «peut surtout se réjouir des 358 conseillers régionaux nouvellement élus, soit trois fois plus que le nombre de sièges qu’il possédait depuis 2010 (118)». Ce résultat fait du FN le premier parti de France ainsi que la première force d’opposition, et va contribuer à la professionnalisation de ses cadres, pour continuer à gagner du terrain en vue des présidentielles. Car pour le maire de Neuilly Jean-Christophe Fromantin, les deux tours ne présentent pas le même visage de la France : «Le premier tour est à la main des Français, le second est retravaillé artificiellement par les appareils politiques. Ainsi, la photographie du premier tour est la plus fidèle», rapporte Famille Chrétienne.

Marine Le Pen au second tour des Régionales
Photo Jérémy-Günther-Heinz Jähnick / Wikimedia Commons

 
Pour El País (op. cit.), nous sommes en face d’un paradoxe, dû au «complexe système électoral français» qui veut que «le parti qui a reçu le plus de suffrages au premier tour ne parvienne pas à remporter une région». S’agit-il aussi du «plafond de verre» que le Front National n’aurait pas encore les moyens de dépasser ? Walid Mebarek pour El Watan analyse en effet la nécessité pour les candidats dans le mode électoral français de «fédérer autour de leur fanion ceux qui n’ont pas voté pour eux au premier tour» pour pouvoir l’emporter. Et de pointer du doigt cette faiblesse : «Le FN n’a pas encore cette aptitude fédérative». Il salue aussi l’attitude de l’électorat français qui «a fait preuve de maturité politique et démocratique» mais prévient que ce ne sera qu’un «répit de courte durée». Analyse semblable de Guillaume Perrault dans Le Figaro qui compare le Front National avec «la situation du parti communiste français pendant les Trente Glorieuses» et son «impossibilité […] d’accéder au pouvoir, faute d’alliés».

Mais l’habitude semble s’installer toujours plus profondément de voter contre plutôt que de voter pour un programme, un parti, ou une certaine idée de la France. Ainsi la victoire de François Hollande en 2012 n’était-elle pas en grande partie la défaite de Nicolas Sarkozy au vu des sondages si rapidement défavorables au chef de l’État peu de temps après les élections ? Le Front National, parti que refusent 70 % des français selon les sondages mais que plébiscitent près de 27 % des électeurs, sera-t-il le principal motif de mobilisation électorale pour les sympathisants du PS et des Républicains en 2017 ?

Rédaction SRP

 

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