Donald Trump

«Donald J. Trump is calling for a total and complete shut down of muslims entering the US until our country’s representatives can figure out what the hell is going on ! We have no choice ! We have – no – choice !»1 Est-ce la déclaration de trop pour le candidat aux primaires républicaines Donald Trump ? Le journal britannique Evening Express a en effet annoncé que «l’Université Robert Gordon d’Aberdeen retirait à Donald Trump son diplôme honorifique» qu’il avait reçu en 2010 «en reconnaissance de ses performances en tant qu’entrepreneur et homme d’affaires» au motif que nombre de ses déclarations sont «totalement incompatibles avec la philosophie et les valeurs de l’université».

Donald Trump est un habitué des déclarations fracassantes et pour l’instant, le moins que l’on puisse dire, c’est que cela lui réussit. Car la foule qui l’écoutait lundi soir en Caroline du Sud a accueilli cette déclaration avec «des applaudissements soutenus», rapporte le New York Times, déclaration que le quotidien qualifie «d’extraordinaire surenchère rhétorique [qui] visait les craintes de électeurs à propos des membres de la religion islamique». Pourtant, ses propos ont été très largement condamnés par les représentants politiques et religieux de tout bord : «Enraciner notre politique d’immigration nationale dans le sectarisme religieux ne rendra pas à l’Amérique sa grandeur» dit le Rabbin Jack Moline, reprenant le slogan de campagne de Trump, “Make America great again”. Côté Républicain, Jeb Bush l’a qualifié de «déséquilibré» et Marco Rubio a dit que son bannissement des musulmans était «offensant et farfelu». La démocrate Hillary Clinton, quant à elle, a dit que son idée était «condamnable, préjudiciable et semeuse de discorde».

Cependant, le problème, c’est que Trump n’en a que faire, ainsi que nous le révèle CNN, et il en surfe de plus belle sur les peurs de ses compatriotes : «Vous allez avoir beaucoup d’autres World Trade Center si vous ne résolvez pas la question – beaucoup, beaucoup, beaucoup d’autres et même peut-être pire que le World Trade Center». Car Trump soigne beaucoup sa communication et sait revenir sur les excès de ses déclarations pour les rendre acceptables. Ainsi dit-il que «son plan serait temporaire», qu’il s’agit de «bon sens» pour éviter une situation comme Paris ou le WTC : «Nous ne voulons pas de ça. Nous avons besoin d’intelligence dans ce pays. Nous avons besoin d’une certaine solidité dans ce pays». Comme l’analyse Laure Mandeville dans Le Figaro, Trump est un «milliardaire populiste» dont la «force est de traduire à la perfection les pensées de ceux qui l’écoutent et ne s’encombrent pas de nuances». Alissa J. Rubin dans le New York Times en vient à rapprocher la rhétorique de Marine Le Pen à celle de Trump : «Tout comme M. Trump, Mme Le Pen sait astucieusement parler aux électeurs qui se sentent oppressés économiquement, éloignés de la classe dirigeante qu’ils perçoivent comme élitistes et aux antipodes de leurs préoccupations, qui sont en colère et inquiets devant les vagues d’immigration qu’ils ressentent comme une menace pour leur identité nationale et leur sécurité personnelle.»

Donald Trump en meeting
Photo Michael Vadon / Wikimedia Commons

 

Pourtant, les outrances de Trump semblent parfois aller plus loin que celles du Front National comme l’indique Rula Jebreal dans Foreign Policy. «Quand deux supporters de Trump à Boston ont frappé et uriné sur un SDF mexicain, le candidat a pris la défense des coupables. Ils aiment leur pays et ils veulent voir à nouveau la grandeur de ce pays» a-t-il dit. «Ils sont passionnés.» Idem pour l’agression d’un activiste du mouvement Black Lives Matter par ses partisans deux semaines auparavant : «Peut-être que cet homme a été quelque peu… malmené». La réaction des opposants de Trump est donc de le «dénigrer» en voyant en lui un «fasciste des temps modernes, en le comparant à Adolf Hitler et à Benito Mussolini – et même au personnage fictif de Voldemort» rapporte Siobhan O’Grady dans Foreign Policy. Et d’ajouter : «Le fait que son ex-femme affirme qu’il avait un livre des discours d’Hitler sur sa table de chevet n’arrange pas son cas.»

Dana Milbank du Washington Post indique que l’analyse des discours de Trump le rapproche de ce que les historiens nommaient «les appels des démagogues du siècle dernier» avec ses répétitions de «phrases agressives, de mots durs et d’images violentes». Mais selon lui, «peut-être plus troublant que Trump est le fait que les leaders Républicains répugnent à le désavouer.» Car exclure Trump n’est pour l’instant pas envisageable pour les Conservateurs. Comme l’analyse Laure Mandeville, «ce serait un risque énorme, car Trump pourrait alors se présenter en troisième homme et emmener avec lui des bataillons fournis d’électeurs exaspérés par le “politiquement correct” de l’ensemble de la classe politique». Un ancien conseiller de Reagan alerte sur ce point : «Il y a une énorme défiance dans le pays vis-à-vis des élites. Si les Républicains n’y répondent pas avec un plan clair, Trump prospérera quoi qu’il dise.» La tactique de ses concurrents républicains serait-elle d’attendre que Trump finisse par se saborder et à se discréditer lui-même à force d’extravagances ? Parmi eux, lequel se sent de taille à affronter celui que les électeurs républicains continuent de préférer dans les sondages ?

Rédaction SRP

Photo : Gage Skidmore / Wikimedia Commons

 


1 – «Donald J. Trump appelle à fermer de manière totale et plénière l’entrée des musulmans aux États-Unis jusqu’à ce que les représentants de notre pays parviennent à comprendre ce qui se passe, bon sang de bonsoir ! Nous n’avons pas le choix ! Nous n’avons pas – le – choix ! »

 

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