Rassemblement pour le Front National

Vox populi, vox Dei ? En Europe, la montée du populisme exprime-t-il la voix de Dieu ?

Les dernières élections en Pologne ont ramené au pouvoir le PiS (Droit et Justice) fondé en 2001 par les jumeaux Lech et Jarosław Kaczyński) Le premier, Lech, devient président de la Pologne le 23 décembre 2005 et Jarosław est élu président du Conseil des ministres en 2006. On se souvient que Lech décède dans l’accident d’avion inexpliqué du 10 décembre 2010 à Smolensk. Son frère Jarosław échoue à être élu à la présidence, mais son influence au sein du PiS demeure très importante. Les législatives d’octobre dernier ramènent le PiS au pouvoir. Andrzej Duda remporte la Présidence mais c’est Jarosław Kaczyński qui désigne «tel que prévu», révèle la version canadienne de Métro, la nouvelle Première ministre de la Pologne : Beata Szydło.

Or, explique Ouest-France, «tant le président Duda que la Première ministre Beata Szydło reconnaissent volontiers qu’il [Jarosław Kaczyński] est leur maître à penser.» Que souhaite Kaczyński ? «Remettre en état la Pologne», continue Ouest-France, sur le modèle de la Hongrie de Viktor Orban : «Le jour viendra où nous y parviendrons, nous aurons Budapest à Varsovie». Cela signifie-t-il que le parti aspire à contrôler «tous les postes-clés du pouvoir législatif» ? Tout semble s’y préparer : fort de sa majorité absolue à la Diète, le Parlement polonais a invalidé le 25 novembre «l’élection de cinq juges constitutionnels» fraîchement élus en octobre pour en nommer cinq autres qui lui sont dévoués. Veut-il aussi mettre les médias aux pas afin de les «repoloniser» pour éliminer l’influence allemande ? Les nominations ministérielles à la Défense, aux Renseignements, à la Culture, indiquent une mainmise qui sent la fermeture nationaliste. Cette «étrange équipe», ainsi que la nomme The Economist, se montre aussi euro-sceptique et a déjà fait savoir que «l’accord européen gagné de haute lutte sur la répartition des migrants était lettre morte» suite aux attentats de Paris.

Jaroslaw Kaczynski
Jaroslaw Kaczynski
Photo Piotr Drabik / Wikimedia Commons

La Pologne a également «renouvelé son opposition à la politique climatique européenne», en continuant d’opter pour les centrales thermiques à charbon, et s’est désolidarisé «de deux contrats d’armement de défense, l’un américain, l’autre français, pour privilégier des manufactures polonaises». Car les décisions du PiS sont souvent populaires, ajoute The Economist. En effet, «Mme Szydło prévoie de commencer le paiement d’allocations familiales mensuelles, d’augmenter le plafond des déductions fiscales et de baisser l’âge de la retraite à 60 ans pour les femmes et à 65 ans pour les hommes. Les personnes âgées de plus de 75 ans bénéficieront de soins médicaux gratuits et le budget d’État de la santé sera revu à la hausse.» Ces mesures qui touchent les conditions de vie des gens sont également assorties d’une défiance face à l’accueil des migrants qui occupent l’actualité européenne. Lech Walesa, dans une interview accordée au Temps, met en garde contre les agissements du parti de Kaczyński en disant qu’il « brusque la démocratie. Il la teste à l’extrême. Il veut réussir à tout prix. La démocratie demande le consensus.»

Or, comme l’analyse Catherine Chatignoux pour Les Échos, plusieurs de ces mesures sont communes à de nombreux partis d’une droite populiste qui « s’enracine sur tout le continent européen ». Le premier élément de comparaison, au vu de l’actualité, est le Front National et son succès aux Régionales en France. En Suisse, «l’Union Démocratique du Centre » atteint des scores semblables, « organise régulièrement des référendums contre l’immigration de masse ou pour l’interdiction de nouvelles mosquées» et «siège au gouvernement fédéral, imprimant à la politique menée par l’exécutif un sérieux virage à droite.» En Autriche, « le FPÖ de Heinz-Christian Strache, le successeur de Jörg Haider », capte par endroit plus 30 % des voix, notamment à Vienne. Les Démocrates de Suède sont «au premier rang des intentions de vote» et se rapprochent du gouvernement. «Aux Pays-Bas, le PVV de Geert Wilders, qui prône comme Marine Le Pen l’arrêt complet de l’immigration, caracole dans les sondages». Et «que penser du refus du Premier ministre slovaque social-démocrate, Robert Fico, d’accueillir des réfugiés et de contester en justice la décisions du Conseil Européen de répartir les demandeurs d’asile entre différents pays européen ?» Pour le politologue Jean-Yves Camus dans Le Temps, «l’Europe est en phase de convulsion identitaire. Le modèle de société multiculturelle qui domine aujourd’hui n’a pas été digéré.»

Ainsi, l’Europe se trouve «minée par le populisme» écrit Frédéric Keller, éditorialiste pour Le Temps. Et à ceux qui prédisent un plafonnement à un tiers des voix exprimées pour ces partis, il répond qu’il «serait imprudent de miser sur cette limite hypothétique sans questionner l’essence même de l’Union européenne.» Car c’est bien «un retour des logiques souverainistes et du repli identitaire [qui] est en train de prendre forme sous nos yeux, élection après élection, partout en Europe.» Et la victoire annoncée du Front National est prise très au sérieux par nos voisins allemands, rapportent Les Échos : «Les camps traditionnels se freinent mutuellement, les structures de décision complexes et l’influence de beaucoup de groupes d’intérêts, y compris régionaux, donnent un sentiment de paralysie, observe la Suddeutsche Zeitung dans un éditorial. Quasiment aucun autre pays en Europe ne produit une élite agissant de manière aussi féodale». Car, comme le souligne Frédéric Keller, «personne d’autre qu’un Allemand peut-être ne comprend mieux les risques de dérive actuelle» et le vote français ne suscite rien de moins que de «l’effroi» outre-Rhin. «Les mémoires des horreurs passées s’effaçant, la raison d’être de l’Union se dissipe».

Ce souci pour l’Union Européenne a aussi rencontré un écho très net chez nos voisins transalpins. Matteo Renzi, dans La Repubblica, confie : «L’Europe doit changer. […] Sans une vision stratégique, surtout en matière d’économie et de croissance, les forces populistes vont gagner». Et plus loin, il ajoute : «Je suis très préoccupé par l’Europe. Si l’Europe ne change pas son parcours tout de suite, les institutions européennes risquent de devenir (en le sachant ou pas) les meilleurs alliés de Marine Le Pen et de ceux qui essayent de la prendre pour modèle.»

Rédaction SRP

Photo : Frederic Legrand – COMEO / Shutterstock

 

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