Vladimir Poutine

Obama a décidé de laisser ses 10 000 soldats américains en Afghanistan. «Soucieux d’éviter que l’Afghanistan redevienne un sanctuaire taliban, quatorze ans après fait tomber leur régime, dépenser plus de 60 milliards de dollars (53 milliards d’euros) en aide et perdu 2 300 soldats américains, le président n’avait guère le choix. Le coup d’éclat des talibans le 28 septembre à Kunduz, une grande ville du Nord occupée pendant près d’une semaine, puis la tentative, mardi, des insurgés de prendre Ghazim, une autre grande ville afghane, n’ont pu que conforter ceux qui, au sein de l’administration, mettaient en garde contre une répétition du fiasco irakien, où Washington n’avait maintenu qu’une force symbolique destinée à protéger son ambassade.» Telle est la nouvelle qu’écrit Le Monde. Voici quelques jours, Daech était aux portes d’Alep. Les troupes de Bachar Al Assad, puissamment soutenues par l’aviation russe, ont permis de les repousser et de reprendre le contrôle dans cette partie de la Syrie, selon l’Observateur Syrien. Les frappes aériennes russes ont fait 60 morts dans la Province de Homs, plutôt des femmes et près de 30 enfants.

Devants des faits que l’on croirait nouveaux, le conflit interminable au Moyen-Orient vient de prendre une nouvelle tournure avec l’entrée en jeu de Vladimir Poutine. Déclarant qu’il vient se joindre à la coalition, ses missiles et ses drones frappent plutôt les rebelles anti-Assad et ménagent en quelque sorte Daech, selon The Washington Institutute for Near-East policy. De son côté, The Economist établit que les attaques contre les forces anti-Assad vont certes l’affaiblir, mais que Moscou est loin d’avoir gagné la partie. Les rebelles considèrent l’intervention russe comme une seconde occupation, la première étant celle de l’Iran. Les Russes seraient même en train de répéter l’erreur qu’ils ont faite en Afghanistan. Car, malgré qu’on en ait, les rebelles ne sont pas aussi faibles qu’on voudrait le croire en Occident. Ils sont, il est vrai, dissipés en petits groupes – 7 000 environ de cellules d’attaque – selon le Carter Centre. Depuis mars dernier, ils se sont unis et sont soutenus par les Américains et la Jordanie. Washington vient d’ailleurs de réviser ses plans, de renoncer à entraîner les rebelles – ce qui a été un véritable échec – et d’augmenter la fourniture d’armements. Certes, Moscou se révèle l’allié de Bachar al Assad mais, derrière lui, il y a le Hezbollah du Liban et, de l’autre côté de la frontière, l’Iran. Poutine joue donc une carte chiite contre Washington. Carte dangereuse qui, pour le moment, fait l’affaire de Daech et qui pourrait changer l’inquiétude de Washington de voir Moscou prendre une place stratégique importante en certitude d’une présence qu’il ne désire pas dans cette région si malmenée à l’heure actuelle, d’après The Telegraph.

En décidant d’augmenter sa fourniture d’armes aux rebelles, en décidant que les troupes américaines demeureraient en Afghanistan, Obama avoue silencieusement son échec politique au Moyen-Orient et en conséquence son échec vis-à-vis de l’Europe. Le retrait presque complet des troupes américaines en Irak, le soutien à l’ancien premier ministre Nouri al Maliki ont exacerbé jusqu’au conflit l’antique rivalité entre Chiites et Sunnites. Telle est l’analyse faite par Foreign Affairs dans son dernier numéro.

Bachar el-Assad
Bachar el-Assad – Photo Kremlin.ru /
Wikimedia Commons

Quelle est cependant la stratégie de Vladimir Poutine ? Le président de l’Ukraine, Petro Poroshenko, vient de dire : «Ne faites pas confiance à Poutine et préparez-vous au pire.» Mais que veut Poutine ? A courte vue, son appui aux forces gouvernementales, lequel a presque contraint Obama à augmenter sa fourniture d’armes aux rebelles bien qu’il sache qu’elles finissent par tomber entre les mains des djihadistes, est un savant calcul. En rendant la situation au Moyen-Orient pire qu’elle ne l’est présentement – c’est déjà l’enfer -, il veut faire comprendre aux USA que la situation là-bas ne se résoudra pas sans lui. Et sans lui, cela signifie sans que son allié Assad soit raffermi sur son «trône». C’est un plan à long terme. Devenu indispensable à la «paix» au Moyen-Orient, Poutine ambitionne, dans l’échiquier mondial, une influence d’un poids égal au Président de la Maison-Blanche. Encore faudra-t-il qu’il arrive à museler, chez lui, toute véritable opposition. Cela est-il encore possible ? Selon le dernier numéro de Current History, les Moscovites regardent avec moins d’effroi que l’on pense cette dictature montante et pensent déjà qu’ils devront payer le prix pour qu’elle ne s’installe pas. Il y avait 50 000 protestataires silencieux aux funérailles de Nemtsov, tué de sang froid devant des caméras qui ont tout enregistré. Le peuple russe sait bien qui en porte la signature. Mais l’Occident veut l’ignorer…

Rédaction SRP

Photo : Kremlin.ru / Wikimedia Commons

 

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