Politique et bien coPanneaux indicateurs devant Saint-Pierre de Romemmun

À quelques jours de distance, le Synode sur la Famille s’ouvrait à Rome. Nous sommes maintenant à mi-parcours. Et comme on le prévoyait, les tensions, les divergences de vue, les oppositions n’ont pas manqué. Qu’en retenir ? À l’homélie de la messe d’ouverture, le Pape François concluait : «Frères Synodaux, pour cultiver et bien garder la vigne, il faut que nos cœurs et nos esprits soient gardés en Jésus Christ dans la “paix qui surpasse tout ce qu’on peut concevoir”» (Ph 4, 7). Ainsi nos pensées et nos projets seront conformes au rêve de Dieu : se former un peuple saint qui lui appartienne et qui produise des fruits du Royaume de Dieu (cf. Mt 21, 43). La première surprise qui attendait les Pères synodaux fut le changement de méthode : au lieu de passer des heures et des jours à écouter des conférences ou des témoignages et de ne réserver leur remarques et leurs questions que pour la dernière heure de la journée, les 270 évêques participants du Synode ont été regroupés en 13 groupes linguistiques pour commencer à étudier les deux premières parties de l’Instrumentum Laboris. Était-ce pour éviter une dynamique de groupe trop importante, pour éviter de créer des tensions trop sensibles, pour fractionner les oppositions ? Michel O’Loughlin écrit dans Crux :«Ces petits groupes montre qu’il y a encore beaucoup de travail avant d’arriver à un consensus.» Mais au point de départ, il y eut une acceptation positive quoique inquiète de cette nouvelle procédure. America a eu une façon originale de faire accepter positivement ce travail dans les circuli minores. Sans nous redire que le Pape est Jésuite, il montre que la prédilection qu’il met à créer des petits groupes de travail – les G9 – est une façon toute à fait propre à l’Ordre de procéder. Le discernement s’opère davantage car il s’accomplit au sein d’un petit groupe où la parole se libère, la prière monte, et le respect de l’autre est plus exigeant.

Il était cependant normal que les tensions apparaissent. Un long article du Catholic Herald qui groupe différentes auteurs, comme George Weigel et des professeurs de l’University de Steubenville, montre les faiblesse de l’Instrumentum Laboris, principalement dans ses enseignements sur le mariage, la sexualité et la conscience. L’article se termine par une longue lettre du Cardinal George Pell, le Préfet du Secrétariat pour l’Économie du Saint Siège, sur L’Église comme Mère et Maîtresse. Faut-il en conclure à une scission au sein du Synode ? Au début de l’Assemblée, le cardinal Marx disait dans une interview traduite dans le National Catholic Reporter, par Christina Pongratz-Lipput : «Nous devons essayer de demeurer unis. L’Église n’est pas dans le monde la seule institution qui tente de parvenir à un consentement unanime. Mais Dieu merçi, nous avons le Pape. Le pape FrançoisNous, évêques, nous n’avons pas à décider. L’unité de l’Église n’est pas en danger. Une fois que le pape a décidé, nous devrons respecter sa décision.» L’unité de l’Église n’est pas en danger, mais cela ne masque les divisions quelquefois violentes. La première éclatait alors que le synode était à peine commencé. Le cardinal Pier Erdo répondait à un an de distance au rapport intérimaire controversé qu’avait produit Mgr Bruno Forte à la fin du synode de 2014. Dans un rapport de 7 000 mots dont Crux nous dit l’essentiel, le Cardinal Erdo, Rapporteur général du Synode, a pensé fermer pour toujours la porte que le Synode de 2014 aurait laissé ouverte. Ce furent ces quatre «non» : non à l’autorisation de la communion des divorcés remariés, non à la gradualité, non à l’avortement et à la contraception. Jean Marie Guénois avait fait dans Le Figaro une saisissante synthèse de ce rapport du cardinal hongrois. Et Michael O’Loughlin dans Crux nous a fait l’état d’une autre discussion saisissante entre le Cardinal Wuerl, archevêque de Washington et Président de la Conférence épiscopale américaine, et Wilfrid Fox Napier, évêque de Durban en Afrique du Sud. C’était après la parution dans le site La Chiesa, tenu par Sandro Magister, d’une lettre au Pape que certains cardinaux auraient signée. Elle portait sur les procédures des circuli minores, sur l’absence des Assemblées générales pour discuter le rapport final, rapport synodal. Mais ne portait-elle pas que sur cela ? L’accusation que fait Commonweal dans son dernier numéro divise les membres du Synode, entre ceux qui veulent la miséricorde et ceux qui s’opposent au Pape principalement sur cette question. C’était aussi la position du National Catholic Reporter, dans son numéro du 10 octobre, qui voyait dans l’interdiction de communion faite aux divorcés remariés un refus de miséricorde. Robert Mickens, dans son article, citait Enzo Bianchi qui, quelques jours auparavant, écrivait dans La Repubblica : «Ce qui scandalise l’Église, ce n’est pas la doctrine de l’indissolubilité du mariage, ni la possibilité de la communion aux divorcés remariés, c’est la miséricorde de Jorge Bergoglio.»

C’est ainsi qu’on divise l’Église entre ceux qui sont fidèles à la doctrine et qui, de ce fait, refusent la miséricorde, et ceux qui au nom de la miséricorde seraient prêt à changer même la doctrine du salut !

Rédaction SRP

 

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