Salle de classe au collège

Que faut-il réformer ? Les programmes ou les professeurs ?

Sauvegarde du latin et du grec, maintien des classes bilingues – allemand, français –, réforme du brevet, dictée à l’école, voilà autant de mots s’attachant à la réforme du Collège qui s’étend de la 5e à la 3e. Lancée en mai dernier, elle a soulevée un diversité de boucliers, des protestations et pas des moindres. La ministre de l’éducation Najat Vallaud-Belkacem semble avoir soutenu le combat puisque qu’en septembre dernier, elle posait le dernier jalon à sa réforme, une nouvelle réévaluation des élèves. Elle ne mérite plus le titre de «benjamine du gouvernement» lance Le Monde mais de communicante et de stratège. Mais a-t-elle gagné son pari ?

Cette réforme du collège qui ne passe toujours pas, titre Le Figaro, est beaucoup plus qu’une simple réforme scolaire. C’est une vision de la société française que l’on tente de nous imposer ! Une vision dépourvue de la volonté d’élever le niveau culturel du pays, tendant tout juste à produire des personnes adaptables à la vie professionnelle, déclare Albert-Jean Mougin, Vice-président du Snalc, syndicat d’enseignants souvent classé à droite. La rétrogradation des classes des langues anciennes (latin et grec) au rang des EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) et l’abolition des classes bilingues (allemand-français, anglais-français) pour les plus doués créent des inquiétudes sur cette volonté d’égalité, que d’aucuns voient plutôt comme un égalitarisme. «Il fallait une réforme pragmatique ! Pas une réforme technocratique qui, contrairement à ce qu’explique le ministère, n’est pas basée sur la confiance aux enseignants. En réalité, elle est totalement corsetée. Une fois de plus, on pense que les pratiques vont évoluer par des injonctions ministérielles. C’est ainsi que l’on aboutit à une réforme hors sol. Il aurait fallu laisser enfin aux établissements le soin de gérer localement l’organisation pédagogique, de moduler les horaires» fait remarquer, non sans fermeté, Philippe Tournier, Secrétaire général du SNPDEN, syndicat des personnels de direction de l’Éducation nationale. Les critique, entres autres, sont venues d’organismes aussi élevés que l’Académie Française qui, le 22 juin, dans une déclaration adoptée à l’unanimité, sur le contenu, mise du français sur un pied d’égalité avec les langues régionales et, sur la structure, le bouleversement complet du calendrier scolaire qui ne permettra pas de lutter contre l’échec scolaire et ne favorisera pas la réussite de tous. Enfin, la quasi-dissolution du latin et grec dans les EPI fait vibrer ce qui restait d’humanistes dans la société française. Thierry Grillet, naguère journaliste et actuel directeur de la diffusion culturelle de la BNF, ne se gêne pas pour parler de la barbrie rentable. Il stigmatise cette perte des classes de latin et de grec : «Certains barbares détruisent ce qui ne leur ressemble pas. Bouddhas de Bamiyan, Palmyre, mosquées et manuscrits de Tombouctou. Nous nous attaquons à ce qui nous ressemble.» Évidemment, un certaine partie ne comprend pas.
Le Nouvel Observateur, quant à lui, s’étonne de la tiédeur croissante des syndicats d’enseignants à se mobiliser pour contrer cette réforme qui semble ne faire l’affaire de personne. Il dénonce l’amalgame des manifestants : ce ne sont plus uniquement des professeurs, mais un ensemble hétéroclite de parents d’élèves, voire même d’étudiants qui viennent manifester. Si on trouve cette réforme inadaptée, on peut lire, dans le même journal, un diagnostic qui relève cette fois d’une constatation très égalitaire : l’ennui. Impossible n'est pas françaisNajat Vallaud-Belkacem a livré des chiffres : en France, 71 % des élèves disent s’ennuyer au collège et 50 % ne font rien d’autre que de prendre des notes dictées par leurs professeurs : «Si la France dévisse dans les évaluations internationales, c’est aussi parce que son modèle pédagogique n’est plus adapté. A l’heure des tablettes et du savoir à portée de tous, les maîtres mots ne sont plus passivité, immobilité, soumission, mais transversalité, inter-activité, implication, responsabilisation…» Sauf qu’une tablette, un smartphone, un vidéo-projecteur, n’ont jamais remplacé un professeur passionné d’apprendre et passionné de transmettre. Et aucune réforme si savante soit-elle ne prendra la place de l’enseignant, qui est soucieux d’éveiller une intelligence et de permettre à un jeune d’écrire lui-même sur cette tabula rasa, qu’est sa propre intelligence avide de savoir.

Faut-il encore et toujours réformer les programmes et rebâtir les structures ? Ou bien faut-il redonner à l’enseignant la passion et l’enthousiasme de sa vocation ?

Rédaction SRP

 

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