Mairie de Rimogne : la laïcité à la française, symbole d'obscurantisme ?

La laïcité de l’État est notre «rempart contre tous ceux qui veulent mettre sur la scène publique l’intolérance, l’exclusion, le refus du débat, l’obscurantisme». Voilà la profession de foi en la République que notre Ministre de l’Intérieur Manuel Valls a lancée lors du synode officialisant la réunion des deux tendances principales du protestantisme (Luthériens Réformés et Calvinistes), créant l’Église Protestante Unie de France.

Une nouvelle intéressante : la laïcité de l’État combat l’obscurantisme.

Que faut-il en penser ?

Relevons les principales idées du discours de Valls :

1. Qu’est-ce que la laïcité de l’État ? Valls touche à quelque chose de juste : la laïcité se définit comme une «séparation claire entre ce qui relève du spirituel et du temporel». Que signifie «séparation claire» ? Valls nous dit qu’elle est de nature politique, c’est-à-dire qu’elle relève du gouvernement harmonieux (sic) de la Cité des hommes.

Que la laïcité soit de nature politique, d’accord ! En effet, l’État n’est pas un gouvernement spirituel : il ne lui appartient ni de définir les valeurs religieuses, ni même de définir les valeurs morales. Ne pas définir les valeurs morales ne signifie pas qu’il ne doit pas en tenir compte, mais qu’il ne doit pas imposer un ordre moral de son propre choix. Tenterait-il de le faire, en s’appuyant sur la force de son pouvoir, cela conduirait rapidement à la tyrannie.

L’État dont parle Manuel Valls n’a-t-il jamais été tenté d’utiliser son pouvoir pour introduire un ensemble de valeurs «morales» qui contredisent la vérité universelle de l’ordre moral et ne respectent plus les aspirations d’une grande majorité de la population ? Que fait-il lorsque il tente d’imposer une seule école, de type laïque, condamnant à la portion congrue l’enseignement libre ? Que fait-il lorsqu’il se rend maître de l’institution sacrée du mariage, allant jusqu’à dénier sa valeur naturelle ? Que fait-il lorsqu’il institue des lois qui sont au détriment profond du droit à la vie ?

Le pouvoir politique est une force qui a toujours un côté obscur. Le côté obscur de la «force» (cf. Maître Yoda dans Starwars) est la tentative, inhérente à la force du pouvoir, de se rendre maître de la définition de l’ordre moral. Celui qui résiste à cette tyrannie, ce n’est pas lui qui est dans l’obscurantisme.

La laïcité propre de l’État n’est donc pas le fait d’un Ministre ou d’un Président qui se promènerait dans toutes les cathédrales du monde, elle est la qualité de l’État qui, gouvernant au niveau temporel, permet aux citoyens d’agir ensemble pour que le bien commun – de nature morale – soit atteint.

2. Deuxième idée du Ministre : «Croire ou ne pas croire relève de l’intime, car la foi est une réponse individuelle à des interrogations personnelles.»

Il y a ici confusion intellectuelle de deux notions : l’acte de croire, qui est évidemment personnel, et la foi, qui est fondée sur des valeurs objectives. Déterminer la vérité des valeurs objectives de la foi n’appartient absolument pas à l’État. Mais l’histoire de l’humanité est pleine, depuis les différentes civilisations, de ces tentatives de fonder politiquement les valeurs religieuses. C’est ce que l’on appelle le pouvoir régalien.

Par contre, l’État doit respecter les valeurs religieuses et préserver un espace de liberté extérieure et intérieure qui permet aux citoyens de témoigner librement et politiquement des valeurs objectives de leur foi. L’État qui ne respecte plus cette liberté religieuse – liberté de droit civil et politique –  cède au côté obscurantiste de son pouvoir. Le martyre des CarmélitesNotre «si beau pays qu’est la France» (sic) n’a-t-il jamais cédé à ce côté obscurantiste de son pouvoir politique ? Un État républicain qui envoie des Carmélites à la guillotine (cf. les Carmélites de Compiègne en 1794), qui contraint nombre de prêtres à mourir sur des bateaux (cf. les martyrs des pontons de Rochefort en 1792 : des prêtres réfractaires à la Constitution civile du clergé morts en attente d’être déportés) ou noyés (les noyades de Nantes en 1793, où nombre de prêtres et de laïcs trouvèrent la mort), qui contraint un nombre important de religieux et religieuses à quitter la France (expulsions en 1880, en 1903), etc., cet État n’a-t-il pas cédé à la tentation obscure de son pouvoir de tyranniser les consciences ?

3. Troisième idée du ministre : «Le temporel et le spirituel sont nécessairement appelés à cohabiter, à vivre dans la concorde et le dialogue au nom d’une belle valeur : la tolérance.»

Tolérance, ou relativisme ?

La tolérance désigne l’acte politique par lequel on accepte l’existence d’un mal en tant que mal. Elle suppose que l’on sait faire la différence entre le bien et le mal ; elle suppose aussi que certaines attitudes – mauvaises – existent, parce que les supprimer ferait plus de tort que de bien. Louis IX tolère la prostitution, mais il ne la définit pas comme un bien.

Chaque État pratique un certain taux de tolérance ; les citoyens qu’il gouverne sont des êtres humains. Il n’est pas chargé, au for interne, de leur conscience morale. Un État qui fait de la tolérance sa valeur fondamentale tombe dans le relativisme. Le relativisme n’est pas de la tolérance. C’est une attitude de l’esprit qui considère que les valeurs de l’«autre» ne sont importantes que si elles s’harmonisent avec ses propres valeurs subjectives. Les valeurs de l’«autre» sont importantes si elles le sont pour moi, elles ne le sont pas en soi. Mais le relativisme se tue lui-même. La Mafia ne considère absolument pas que le respect de la vie et de la propriété privée soient des valeurs en soi, ce ne sont que des valeurs de l’«autre». Comme telles, elles ne sont pas respectables pour moi.

Qui tranchera ? Si toutes les valeurs sont relatives, personne n’a donc l’obligation de respecter les valeurs de l’«autre» ? Manuel Valls répondrait : c’est l’État qui doit trancher. Au nom de quoi ? De ses valeurs politiques ? Mais si les valeurs politiques échappent à la moralité universelle, elles ne sont que les valeurs de l’«autre». L’État qui institue la tolérance comme principe absolu renonce à ce que sa loi soit une lumière pour la conduite des hommes. Ses prescriptions d’ordre temporel ne relèvent plus alors que de l’opportunisme politique, de la complaisance ou, pire, de l’idéologie.

Qu’en dire ?

Devant ce discours rhétorique à l’emporte-pièce, on ne pourrait dire à première vue que : «Hélas, hélas, hélas !» et renvoyer le ministre à l’étude de la force et de la pesanteur des mots qu’il emploie.

Quant à nous, il nous faut respecter les idées qu’il n’a pas dites mais qui auraient dû être le fondement de son discours :
oui, la laïcité de l’État est un principe qu’il faut respecter. Le gouvernement doit respecter un ordre de valeurs qui garantissent les libertés fondamentales des citoyens qu’il gouverne. Parmi ces libertés, certaines, auxquelles l’humanité attache toujours un poids important, touchent à l’intimité de la conscience personnelle, mais elles ont une valeur universelle. Non seulement l’État laïque doit les respecter, mais il est chargé, au temporel, d’ordonner les actes des hommes pour qu’elles soient atteintes. C’est son rôle propre. Si l’État cède aux tentations du côté obscur de la force politique, c’est lui qui devient obscur. Ce ne sont pas les citoyens qui, avec leurs propres moyens, tentent de résister à cet empire de l’Intolérance.

Rédaction SRP

Photo : Havang(nl) / Wikimedia Commons

 

Télécharger le texte de cet article

>> Revenir à l’accueil